Dès le générique, Braquo se veut garant d’une certaine rupture avec bon nombre d’opus de la fiction française. Esthétique noir et blanc qui emprunte aux comics américains et musique métallique aux accents sibyllins pour souligner l’atmosphère « couillue » de la série : le montage fait tout pour nous montrer qu’on est bien sur Canal+ et pas devant une énième diffusion de Julie Lescaut ! Et dès les premières minutes du pilote, on enfonce le clou, avec une scène d’interrogatoire musclée entre un commandant au bout du rouleau et un jeune dealer suspecté d’avoir violé et tué une femme enceinte. L’accusé finira avec un œil crevé, hurlant dans une flaque de sang. Ambiance.
Changement de décor avec d’autres flics de la brigade, en mission pas très légale pour faire chanter un avocat sado-masochiste en pleins ébats avec une prostituée dominatrice. Bon là c’est sûr, on n’est vraiment pas sur TF1 ! Ou alors : ils ont enfermé Navarro et ses confrères dans le placard avec les sex-toys de l’avocat ! Noir, c’est noir : ils osent tout sur Canal, quand même !
Les premiers problèmes arrivent un peu plus tard, lorsqu’on apprend que le policier de la première scène (en fait, le commandant de la section sur laquelle la série va se focaliser) est arrêté par les bœufs-carottes. C’est l’injustice du siècle pour les héros, alors que nous, le bonhomme, on l’a quand même vu crever l’œil d’un suspect (dont la culpabilité reste très incertaine), qui est menotté et nu comme un ver, au milieu d’une cellule sombre et froide ! Un peu difficile pour le spectateur de crier à l’erreur judiciaire et donc de comprendre les motivations des autres membres de la section.
Et très vite, le traitement des personnages paraît léger. Par exemple dans le pilote, la « backstory » des personnages principaux est lacunaire pour certains, et inexistante pour d’autres. Il faut attendre le second épisode pour que la question de la morale d’Eddy Caplan, l’autre commandant de la section (incarné par un Jean-Hugues Anglade tout en retenue), soit abordée. Pour une série qui place justement la morale comme thème central de sa propre réflexion, il est dommage de ne pas laisser ses personnages s’y confronter franchement dès le préambule.
Enfin, la propension qu’ont les personnages à juste péter les plombs pour faire avancer l’intrigue est confondante. Un flic sous pression menace son supérieur avec une arme et, se rendant compte du caractère irréparable de son acte, se suicide. Passe encore. La section tue par erreur le suspect qui a fait plonger leur commandant dans la folie. Un peu grossier. Mais lorsque deux flics, aux prises avec des dealers qui les font chanter, s’en sortent en les tuant parce que l’un d’entre eux a encore perdu son sang-froid, on se gausse ! Surtout que cette situation de chantage (dans l’épisode 2), pouvait engendrer des pistes dramaturgiques intéressantes pour les épisodes à venir : donnez les mêmes éléments aux scénaristes de Breaking Bad, et ils vous en tirent deux épisodes menés tambour battant. Dans Braquo, on a juste droit à un anti-climax…
Pourtant, après le visionnage de ces deux chapitres de Braquo, l’analyse de certains éléments nous assure que l’exercice n’est pas vain. L’esthétique de la série est réussie, la mise en scène est forte et plutôt humaniste (les gros plans sur les visages sont très inspirés), et la volonté de rupture avec certaines séries françaises vieillissantes, est bienvenue. Néanmoins, une certaine paresse dans la dramaturgie et l’exposition parfois bancale des personnages et de leurs motivations, empêchent de conclure à une réussite artistique aussi brillante que celle de certaines séries étrangères. Dommage.