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Crédits : Roman Polanski : Wanted and Desired - Roman Polanski © D.R.
POLANSKI - L'affaire Polanski ou les diabolus ex machina d'un mauvais scénario américano-suisse.
Depuis l’arrestation en Suisse de Roman Polanski le 26 septembre 2009 et la levée de boucliers des personnalités du cinéma à travers le monde, c’est l’embrasement médiatique et le déchainement démesuré de l’opinion publique.
Suite à un mandat d’arrêt américain émis en 2005, les conditions d’arrestation de Roman Polanski le 26 septembre 2009 sur le sol suisse, alors qu’il s’apprêtait à recevoir un prix pour l’ensemble de sa carrière au Festival du film International de Zurich, ont fait bondir le monde cinématographique. Une pétition internationale est lancée le 28 septembre par la SACD, le Festival de Cannes, la Cinémathèque française, l’ARP, la SRF en soutien au cinéaste. Plus de 700 personnalités à travers le monde ont déjà signé. Depuis, c’est l’embrasement médiatique. Une guerre d’opinions discordantes, virulentes, démesurées et passionnées déferle sur les sites d’informations et les réseaux sociaux. Recherché par la justice américaine dans le cadre d'une procédure ouverte en 1977 pour « relations sexuelles illégales » avec une mineure âgée de 13 ans à Los Angeles, l’homme et artiste divise. Voici les dates clés de l’affaire. Aujourd’hui, Roman Polanski est toujours emprisonné en Suisse. Sa demande de remise en liberté provisoire sous caution a été rejetée par l’office fédéral le 6 octobre, de crainte qu’il ne s’enfuie de nouveau. Il risque une peine de 50 ans de prison en cas d’extradition.
« PERSONNE N’EST AU DESSUS DES LOIS »
Les partisans de l’extradition sont pour une application stricto sensu de la loi, qui doit être la même pour tous. Une grande partie de la presse américaine : New York Times, Washington Post, Los Angeles Times, USA Today ont déjà sonné l’hallali, qu’il passe ou pas par la case procès. Car personne n’est au dessus des lois. Le viol d’un enfant est un crime grave imprescriptible. Est ce qu’impunité rimerait avec célébrité ? lance un bloggeur du NouvelObs. "La célébrité de Polanski l’a aidé à échapper à une peine significative pendant plus de trois décennies. Maintenant il est temps de montrer que la justice, pas la célébrité, a plus de poids" expose USA Today. La secrétaire d’État, Hillary Clinton, quant à elle, a rejeté la requête de Bernard Kouchner et de son homologue polonais pour solliciter la clémence des Etats-Unis envers le cinéaste : « Cela regarde la justice américaine ». Toutefois, dans un article nuancé du 28 septembre, le Los Angeles Times juge curieux que « le district attorney du comté de Los Angeles, alors que l'État de Californie est en proie à d'immenses difficultés financières et à une surpopulation carcérale « scandaleuse », cherche à boucler Polanski pour une affaire vieille de 32 ans et alors même que la victime a exprimé le souhait que les poursuites cessent ».
En France, ce sont principalement les politiques qui abondent dans le sens des américains, tel Daniel Cohn-Bendit rebondissant sur les propos de soutien, à chaud et maladroits, du Ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand : « c’est un problème de justice » dans la mesure « où il y a eu viol sur une jeune fille de 13 ans » (…) « C'est un problème de justice et je trouve qu'un ministre de la Culture, même s'il s'appelle Mitterrand, devrait dire : j'attends de voir les dossiers ». Chez les artistes français, le cinéaste Luc Besson prend le contre-pied de ceux qui soutiennent Polanski : « J'ai beaucoup d'affection pour lui. C’est un homme que je connais un petit peu. Nos filles sont très amies en plus. Mais il y a une justice, c'est la même pour tout le monde. Je n'y connais rien dans cette affaire mais je pense que, quand on ne se présente pas à un procès, on se met en faute ». Quant à l’opinion publique, dans sa majorité, elle condamne celui qui a commis un crime inexcusable, allant jusqu’à le stigmatiser violeur/pédophile, empreint d’un mal obsessionnel dérivé de ses œuvres cinématographiques répulsives et sataniques.
« PERSONNE N’EST AU DESSOUS DES LOIS »
Les partisans du cinéaste, eux, pointés du doigt et accusés de complicité, se sentent contraints de se justifier. Leurs revendications, plus en nuance, se déterminent sur les conditions de l’arrestation, la remise en question de l’équité du procès en 1977, les interrogations sur les véritables motifs de la justice californienne et du procureur zélé Steve Cooley, friand de dossiers de célébrités et impatient d’être sous les feux de la rampe pour redorer le blason de la Californie en faillite déclarée. Sur son blog, Serge Toubiana, Directeur Général de la Cinémathèque française, a dû censurer certains messages à caractères « haineux, insultants, caricaturaux », suite à la pétition lancée et approuvée par la plupart des internautes, car comme il le formule « question de style ». Outre le fait que le Festival, dont la présidente du Jury, l’actrice américaine Debra Winger a affiché son soutien au cinéaste, ait maintenu son hommage, l'association suisse des scénaristes et réalisateurs de films a dénoncé cette arrestation : « c’est une farce judiciaire et un énorme scandale culturel (…) juridique qui nuira à la réputation de la Suisse à travers le monde » et une « claque dans le visage de tous les acteurs culturels dans notre pays ». Le quotidien Financial Times, du 28 septembre, établit l’hypothèse d’un lien entre « les graves soucis de l'Union des banques suisses (UBS) aux États-Unis et l'empressement inhabituel de Berne à exécuter la demande d'arrestation formulée par la justice américaine à l'encontre de Roman Polanski ». De son côté, France 24 interroge : « À ceux qui disent que l'Oscar du meilleur réalisateur et Palme d'or à Cannes pour "Le Pianiste" n’est pas au-dessus des lois, Me Kiejman répond : « Il n’est pas en dessous des lois non plus. Si la Suisse se rappelait qu’elle a adhéré à la Convention européenne des droits de l’Homme, dont la lettre et l’esprit sont tout à fait contraires à l’idée du procès inéquitable qui risque de lui être fait aux États-Unis, il devrait, au moins pour des raisons juridiques, être relâché ».
IMPRESCRIPTIBILITÉ ET EXTRADITION
L’accord d’extradition entre la Suisse et les États-Unis a été signé en 1990 et mis en vigueur en 1997. Les américains disposent officiellement de 40 à 60 jours pour faire leur demande. Selon ses deux avocats, Me Temime et Me Kiejman, cette demande serait limitée au seul délit pour lequel Polanski a plaidé coupable lors du procès en 1977 : relations sexuelles illégales avec une mineure. Plusieurs tentatives d’extradition ont été lancées par les Etats-Unis sans jamais être suivies d’effet : au Royaume-Uni en 1978, au Canada en 1986, en Allemagne, en Suède, au Danemark et au Brésil en 1988, en Thaïlande en 2005 et sur le sol israélien en 2007. Le journal suisse Le Temps nous éclaire sur la prescriptibilité. Aux Etats-Unis, le délai de prescription pour des abus sexuels sur des mineurs, même consentants, n’existent pas. En revanche, il y en a une pour celui qui commet un meurtre !? Il ajoute qu’un « référendum helvète récent a aboli toute prescription pour les crimes sexuels commis sur des mineurs. Cela offrait un terrain juridique favorable à une éventuelle extradition de la Suisse vers les Etats-Unis ».
« POURQUOI UN FUGITIF AUSSI « VOYANT » N’A-T-IL PAS ÉTÉ ARRÊTÉ AVANT ? »
Selon le journal 20minutes, le mandat d’arrêt américain, émis en 2005, n’a pas interdit à l’Office Fédéral de justice (OFJ) d’autoriser, quelques mois plus tard, à Roman Polanski l’acquisition d’un chalet à Gstaad. On peut noter que ce même mandat international lancé par Interpol, a contraint cette fois la Suisse le 26 septembre 2009 à avoir une attitude pragmatique et non politique pour l’appliquer. Le journal poursuit dans un autre article que le cinéaste s’acquitte de la taxe foncière sans bénéficier d’un quelconque traitement de faveur pour riches étrangers. Le quotidien anglais, Financial Times, quant à lui, précise que « Depuis des années, Monsieur Polanski est propriétaire d’un chalet à Gstaad, la station de ski VIP adorée par les personnalités d’Hollywood. Cette année, il y a passé plusieurs semaines à travailler sur son dernier métrage. Les « locaux » disent qu’il n’a nullement cherché à se dissimuler. De plus, la Suisse est un pays où le passe temps national consiste à surveiller ce que font les étrangers. Donc pourquoi un fugitif aussi « voyant » n’a-t-il pas été arrêté plus tôt ? ». Ou comme dirait le cinéaste Terry Gilliam « Polanski traité comme l'ennemi public n°1, comme s'il était John Dillinger !" (...) "Roman Polanski venait de passer deux mois à Gstaad, et personne n’a rien trouvé à redire ». C’est donc clairement en Monsieur Tout-le-monde et en homme libre qu’il pouvait circuler. On peut alors se demander quelles sont les réelles motivations de la Suisse à décider de procéder à cette arrestation aujourd’hui.
LES ANNÉES 60-70 : AUTRES TEMPS, AUTRES MŒURS
Rappelons tout de même que la société et la justice des années 60-70 n’étaient pas les mêmes que celles d’aujourd’hui. Elles ne répondent plus aux mêmes critères. Comme le mentionne un journaliste sur son blog du Figaro : « En réalité, au-delà du cas Polanski, c'est le procès des mœurs des années 60 et 70 que certains voudraient aujourd'hui intenter. Or, pour le mener à son terme, il faudra prévoir des box d'accusés très spacieux car, comme le souligne le quotidien britannique The Daily Telegraph (conservateur) : « Le crime de Polanski contre Samantha Gailey était totalement condamnable, mais les années 70 étaient une autre époque, et son comportement n'était pas aberrant au regard des normes qui prévalaient alors dans ce milieu (...) Si tous les rockeurs britanniques ayant séduit une mineure lors d'une tournée en Amérique avaient été arrêtés, notre secteur musical aurait été décimé ».
Preuve de ce changement de perception : le cliché controversé de Brooke Shields, âgée de 10 ans, très maquillée et posant nue dans une baignoire, pris en 1975 par Gary Gross et reshooté en 1983 par Richard Prince, a été retiré au tout début du mois d’octobre, d’une exposition à la Tate Modern de Londres. Aujourd’hui, jugé indécent, ce cliché avait été exposé à la BNF de Paris et au Guggenheim de New York pendant des années. Le Figaro indique qu’en 1983, la justice américaine, elle-même, avait établi que cette photographie n’était ni sexuellement provocante, ni pédophile ou encore pornographique. Force est de constater que ce qui passait à l’époque ne peut plus se passer aujourd’hui. La justice américaine d’aujourd’hui saura-t-elle prendre en considération dans son jugement contre Polanski les mœurs américaines de l’époque ?
Quoi qu’il en soit, la responsabilité de Roman Polanski est engagée et il n’est nullement question de le nier. Mais qu’en est-il de la protection des parents ? Peut-on laisser son enfant de 13 ans seule, toute une soirée et toute une nuit, pour une séance de photos semi-nue, même s’il s’agit d’un magazine aussi réputé que Vogue Homme ?
ET LA VICTIME ?
Le documentaire Wanted & Desired de Marina Zenovich, diffusé actuellement au Reflet Medicis à Paris, relate et éclaire sans concession ni parti pris le procès de 1977. Il met en exergue la place relative de la victime, Samantha Geimer (née Gailey). L’ensemble des interviewés remet en question l’équité du procès du juge Rittenband, décédé en 1993. La victime confirme que le juge s’intéressait davantage à sa publicité et sa cote de popularité qu’aux deux plaignants. Aujourd’hui, Samantha Geimer a refait sa vie. A plusieurs reprises, elle a demandé l’abandon des poursuites pour pouvoir mener une vie normale. Même 30 ans plus tard, cette affaire prend une dimension qui dépasse largement la victime et Polanski, « condamnés à perpétuité tous les deux ». Sa vie et celle de ses proches sont constamment éclaboussées par l’acharnement des médias et de la justice américaine. La justice ne se déclare-t-elle pas elle-même au-dessus des lois car elle se trouve en droit de poursuivre une affaire sans besoin du consentement de la victime ? Et quelle valeur donne-t-on à cette justice américaine aujourd’hui si elle ne reconnaît pas les bases de l’accord des trois parties il y a trente ans ?
Samantha Geimer a pris position publiquement par deux fois : dans un article publié par le Los Angeles Times à l’occasion de la cérémonie des Oscars en 2003 et lors de la sortie de Wanted & Desired. Quelle valeur peut-on donner à cette arrestation aujourd’hui, si la victime, mariée, 3 enfants, a accepté l’accord d’indemnisation et demandé l’abandon des poursuites à plusieurs reprises ? Hollywood, de son côté, a déroulé un véritable tapis rouge au cinéaste lors de la cérémonie du 23 mars 2003 pour « Le Pianiste » primé (Oscar du Meilleur Réalisateur, Meilleur Acteur et Meilleure Adaptation) et ce, en toute connaissance de cause. Depuis sa fuite en 1978, le cinéaste a tourné dix longs-métrages, mis en scène des pièces de théâtre et un opéra sans se cacher. Aujourd’hui, ce même Hollywood, qui a produit et distribué certains de ses films, le condamne. Alors, si Roman Polanski, âgé de 76 ans, est extradé vers les États-Unis, aura-t-il cette fois réellement un procès équitable sans qu’il n’y ait un quelconque traquenard économico-politico-judiciaire basé sur l’unique acharnement à condamner un fugitif célèbre et friqué ? A suivre…
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