Crédits : Jan Kounen lors de la présentation



écrit le 18/10/2009 à 14:00
par Nathalie Dassa

INTERVIEW - Jan Kounen : « Je ne peux pas aller à un festival qui sert de piège à la justice »

Entretien avec le cinéaste Jan Kounen, suite au retrait de son film Coco Chanel et Igor Stravinsky, le vendredi 2 octobre, de la programmation du Festival International du Film de Zurich, en soutien à Roman Polanski.

Scénaristes.biz : Quelles ont été vos motivations en retirant votre film du Festival ? Le Festival a-t-il eu raison de continuer et de maintenir l’hommage à Polanski ?

Jan Kounen : La raison principale du retrait de mon film « Coco Chanel et Igor Stravinsky » est simple. Je ne peux pas aller à un festival qui sert de piège à la justice, pour capturer un homme. J’ai lu les premières déclarations du festival. Ils étaient consternés, mais ne pouvaient s’exprimer sur une affaire judicaire. Le Festival a dû continuer et je n’y suis pas allé car je suis consterné par cette mollesse.

 

S.biz : Comment expliquez-vous l’embrasement médiatique et le déchaînement démesuré de l’opinion publique ? Cette attitude touche même ceux qui soutiennent le cinéaste…

JK : C’est assez triste et terrifiant, en fait. Le soutien massif qu’il a reçu, n’a pas aidé Polanski et a déplacé le débat vers « l’artiste est-il au dessus des lois ? ». Ce soutien a été perçu comme une réaction corporatiste. La réalité est autre. Seuls les gens du cinéma connaissent un peu cette affaire très complexe et la vie de Polanski. Il faut avant tout connaître l’histoire afin d’émettre un point de vue. Dans le grand public, la majorité n’était pas informée : c’était une affaire oubliée ou inconnue des nouvelles générations, présentée dans la presse en deux lignes. Malheureusement, l’hyper vitesse et la simplification des médias, ont complètement tronqué toute cette affaire.

 

S.biz : La pétition internationale et la levée de boucliers ont dérangé certaines personnalités françaises (Besson, Cohn-Bendit...) qui considèrent que « Personne n’est au-dessus des lois et que Polanski doit être jugé ». Qu’en pensez-vous ?

JK : Bien sûr, personne n’est au dessus des lois, et je suis sûr qu’aucun des autres signataires pensent qu’un cinéaste est au dessus des lois, mais ce n’est pas la question ici. Vu ce qui s’est passé et ce qui arrive aujourd’hui, la question est plutôt : l’artiste peut-il être en dessous de ces lois, c’est-à-dire finalement souffrir plus car il est connu ?

 

S.biz : La justice américaine ne se déclare-t-elle pas elle-même au dessus des lois puisqu’elle ne prend pas en compte la volonté de la victime qui, à plusieurs reprises, a demandé l’abandon des poursuites ?

JK : Effectivement, je connaissais ce point. La victime dit avoir plus souffert dans cette histoire, de la médiatisation qu’il y a eu à l’époque… Hélas, cette information a mis beaucoup de temps à arriver jusqu’au public. Elle aurait du être placée en premier.

 

S.biz : Pourquoi êtes-vous contre l’extradition ? Si Roman Polanski est renvoyé aux US et s’il y a procès, sera-t-il équitable ? 

JK : Je n’en sais rien, je connais mal les rouages de la justice américaine. Je suis contre l’extradition en premier lieu tout simplement, car je me range à l’avis de la victime. Ensuite,  je pense qu’après 30 ans, il faut regarder si l’homme est dangereux : pour moi  non. Et de regarder la situation. La victime a une famille ; tous vont souffrir du déchainement médiatique. Le prévenu, un homme de 76 ans, a  lui aussi une famille ; tous souffrent dans cette affaire. Et qu’il soit cinéaste ou boulanger, c’est une affaire de justice, un cauchemar kafkaïen. Je ne connais ni la victime ni Polanski. Mais j’espère pour eux que l’extradition n’aura pas lieu. Et j’espère qu’ils laisseront Polanski sortir de prison en Suisse. C’est simplement une question de respect humain.


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