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FESTIVAL - Fallait-il venir au festival Scénaristes en Série ?
Année de disette pour la quatrième édition du festival d'Aix-les-Bains... En arrivant certains festivaliers se demandaient encore si l'on s'était exilé deux jours et demi pour passer son temps à se flageller. La question de l'intérêt du festival reste posée.
Certes, le festival d'Aix les bains est sans doute une jolie opération de com pour la profession de scénariste. Pendant 3 jours, de nombreux médias nationaux et locaux relaieront l'événement parrainé par Olivier Marchal (Braquo, Canal+) et le public d'Aix aura l'occasion de côtoyer stars et paillettes tout en assistant à des projections de séries, plutôt bien sélectionnées, qui ont peu de chance d'atterrir un jour sur leur télévision.
Toutefois pour les habitués du festival, il faut bien le reconnaître, la désillusion commençait à l'ouverture du programme qui avait maigri de 50% par rapport aux éditions précédentes. Dommage que le prix de l'accréditation (130 euros) n'ait pas suivi la même pente !
Enfin on s'apercevait du même coup que le festival allait déménager et prendre ses quartiers entièrement au casino. Confiné là pendant cette première journée, le programme promettait notamment un débat sur les formats, mais les diffuseurs ayant soigneusement ignoré le festival à l'exception d'Arte et de Orange, la discussion a été annulée et remplacée par un atelier avec Frédéric Krivine, venu présenter « Un village français » un peu plus tôt dans l'après-midi. Plus exactement, TF1 et France Télévisions sont là, mais ils ont refusé de participer aux débats. Eclairant, non ?
L'absence des chaînes a pesé sur le débat consacré à l'état des lieux de la fiction, exercice d'auto flagellation récurrent à Aix. Résumé : « La fiction française est nulle. Nous avons de bons projets mais les chaînes sont bouchées à l'émeri et ne prennent aucun risque. Sans parler des budgets. Encore moins des pilotes. Quand aux programmateurs qui accomplissent leur coupable activité en coulisses, ils sont la puissance occulte contre qui tout le monde lutte; même les directions des chaînes.. ». Tout le monde s'y met en choeur.
Vient ensuite la période « si... » où chacun rivalise d'idées pour changer tout ça jusqu'au moment où il y a bien quelqu'un dans l'assistance qui prononce le mot tabou « la grève ». Et puis toutes ces idées, on nous dit qu'elles finiront dans un joli compte-rendu qui sera envoyé aux chaînes. Qu'elles ne liront pas, puisqu'elles s'en foutent. Sinon elles seraient venue, tu penses.
L'année prochaine, vous assisterez au même débat. Tout pareil. Nicole Jamet qui assurait cette année que le festival serait une force de propositions concrètes vous dira que les idées ont été entendues par les chaînes et on lui fera remarquer que rien n'a bougé depuis. Ce ne sera pas de sa faute, non, bien-sûr, elle aura eu le mérite d'essayer.
Malheureusement, ce festival aime faire se morigéner les scénaristes. Débat d'après : les tabous. Vous les connaissez déjà, vous qui travaillez en France : sexe, politique, humour noir, argent & showbusiness, mauvais esprit, religions.
Un sociologue nous dit que c'est mieux ailleurs, en nous montrant les extraits des séries anglaises, américaines, israéliennes, espagnoles, allemandes -oui, allemandes : Derrick est loin !- et l'on en ressent une once de culpabilité -est-ce un peu notre faute quand même ?-, surtout quand le représentant des éditions Michel Lafon, qui n'avait pas grand chose à faire dans ce débat, à part prouver qu'il sponsorise l'événement, enfonce le clou en nous disant « qu'il n'a aucun problème avec les tabous en tant qu'éditeur », que tout ces problèmes « c'est parce que vous travaillez pour la télévision, dans mon métier tout va bien ». Hors sujet total.
Alors on se dit qu'il était temps de sortir. Que venir ici – budget moyen : 350 euros le week-end par tête de pipe – c'est quand même vraiment abusif pour écouter dire ce que tout le monde sait depuis déjà plus de dix ans, et ce qu'on rabâche depuis 4 ans à Scénaristes en Séries.
On tente sa chance dans la projection qui a lieu au théâtre. In treatment est l'adaptation américaine d'une série israélienne. Un face à face entre un psy et une jeune femme. Champ. Contre Champ. Plan large. Gros plan. Pendant 15 minutes. On s'endort deux fois, on baille et on ressort.
Errant dans le hall pour les mêmes raisons, les copains se disent que vraiment, c'est n'importe quoi. Et on va manger une crêpe.
Je fuis d'avance la soirée d'ouverture, avec les discours convenus, les sourires obligés aux diffuseurs qui se sont défilé dans l'après-midi mais qui seront là pour présenter leurs programmes avec un sourire commercial en prônant le dialogue avec les auteurs.
Fallait-il venir à Aix ? La journée de demain nous le dira.
En tout cas, cette première journée n'a pas prouvé son utilité.
Edit le 21/10 : Pour être juste et vérification faite, le programme a maigri d'un tiers et non de 50% comme je l'écrivais dans ce billet écrit à chaud sur le festival.
Par ailleurs, l'organisation du festival nous indique que le prix de l'accréditation couvre juste les frais notamment des repas, diners et déjeuner du dimanche (inclus dans l'accréditation cette année, grâce au soutien de la SACD). Dont acte.
La qualité d'accueil et les prestations sont à la hauteur des éditions précédentes (irréprochables) comme je l'écris dans un second billet, mais l'idée était de souligner la distortion entre le coût du week-end resté identique et l'intérêt du festival qui pour moi, en toute subjectivité, a beaucoup diminué pour les raisons que j'explique.
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