Je n’ai jamais ri en écrivant quelque chose de drôle
Joëlle Goron, scénariste : C’est très compliqué la comédie. Donner le ton et l’envie. Quand vous présentez un projet à un diffuseurs vous avez parfois l’impression de faire l’amour avec quelqu’un qui n’en a pas envie. Il faut peut-être se donner des moyens différents de présenter les choses. Moi je ne passe plus par l’étape synopsis, ou traitement. J’arrive directement avec un tiers du scénario.
Même pas drôle
Claire Lemarechal, scénariste : Pour Fais pas ci, fais pas ça, on a pas eu de soucis au stade des intentions. On promet d’être drôle, c’est facile. C’est quand on a donné nos dialogues que ça a été la panique et les questions du type : « Moi j’ai ri là, mais le public va t’il suivre ? » On a un problème avec la comédie qui est le décalage entre la promesse et le résultat. Si on doit expliquer ce qui fait rire, ce n’est plus drôle !
Promesses tenues
Alexandre Astier, scénariste : Peut-être qu’on doit aussi simplement arrêter de promettre d’être drôle. Moi ce que j’aime c’est les situations décalées. Difficile à pitcher. Alors la seule façon que j’ai trouvé de vendre Kaamelott c’est de le tourner. Un script de Kaamelott ce n’est pas drôle. Il faut montrer. Se débrouiller pour tourner 4 ou 5 épisodes. La chaîne là au moins peut juger sur du concret.
In Treatment
Hedi Tillette de Clermont Tonnerre, scénariste : Nous, au départ on a fait ce qu’on avait envie de faire. On a pris une caméra, on a tourné et il s’est trouvé que c’était drôle. Si on essaie d’expliquer et d’analyser notre propre rire, c’est dramatique. Une solution serait peut-être aussi d’arriver chez les diffuseurs avec quelques comédiens pour leur lire les scripts.
L’union fait la farce
Joëlle Goron : C’est très périlleux de se lancer sur une comédie. Ce n’est pas seulement un texte, mais aussi une réalisation. Il me paraît être indispensable d’être de la même famille, de rire au moins aux mêmes choses. Sans compter le rapport aux acteurs, aux rythmes de leur jeu. Imaginez un film de Louis de Funès sans Louis de Funès…
A la niche !
Alexandre Astier : La comédie mise à part, le gros problème des décideurs c’est le partage qu’ils font entre leurs fonctions de banquier et d’amateur, au sens propre du terme. Il ne faut pas se poser la question des cibles ou des niches. C’est une erreur. La seule façon de réussir quelque chose c’est de foutre la paix aux créateurs. Totalement !