écrit le 18/10/2009 à 21:00
par Franck Beretta

FESTIVAL - Le diffuseur, ce grand malade, et ce grand absent !

Deuxième journée et fin du Festival Scénaristes en Séries. Le questionnement au sujet des bonnes pratiques du métier est au centre des discussions, avec en filigrane ou de façon ouverte, le « problème » des diffuseurs. Parfois animés, les débats n'ont pas pour autant apportés beaucoup de solutions concrètes à une profession en crise.

Jour 2. Beau temps, quelques nébulosités. Température : 11° le matin. Vent force 2. Un peu d'écume sur le lac...

Décidément, on regrette cette petite balade qui nous faisait traverser le parc pour accéder au Palais des Congrès et les palabres sous les arbres... Il faut encore s'enfermer au Casino pour écouter la profession. Ou plutôt les professions, car ce matin, on parle du couple scénariste/producteur.

L'objectif ? L'union. Trouver des points de convergence entre les professions qui ont un intérêt commun face aux diffuseurs : vendre. Dans les débats, ces derniers ont été à la fois le héros récurrent et les Robin Masters du Festival. Leur manque de créativité et d'audace voire parfois leur incompétence ont été soulignés dans la quasi-totalité des échanges du week-end.

Bien-sûr, on a émis beaucoup de souhaits, notamment celui que nos relations, soient des relations d'amour. Et pas du "Je t'aime... Moi non plus".

Je t'aime... Moi non plus !

Eric Kristy souhaitait que -chacun reste à sa place pour éviter le mélange des genres et le producteurs qui jouent au scénariste. Jean-Pierre Guérin quand à lui, soulignait que le couple prod/scénariste devait être uni devant les chaînes pour mieux défendre les projets. Pascale Breugnot rejoignait cet avis afin « d'imposer l'impertinence » mais dans la salle on s'étonnait de ce que les producteurs ne permettait jamais à un auteur de défendre lui-même son projet devant les conseillers de programmes...

Dominique Lancelot répondait qu'en général on avait peur que le scénariste perturbe les négociations souvent difficiles mais déplorait dans le même temps que le scénariste reste trop éloigné du plateau de tournage, des salles de montage, et qu'il n'y ait pas en France de « show runner », ce scénariste qui est à la fois auteur, scénariste sur le plateau, et producteur.

Dans le public, Marie Montarnal soulignait toutefois qu'elle ne se sentait pas l'âme d'un show-runner, tandis qu'une productrice émettait l'idée que le producteur est aussi là pour protéger les auteurs. Protestation diffuse...
Bref, à vouloir chercher les convergences, on trouvait bien vite les conflits, et il fallait bien admettre qu'un portrait robot du producteur comme du scénariste, ça n'était pas pour demain.

Depuis le début de ce festival, les organisateurs exhortent les auteurs à proposer des revendications concrètes. Patrick Vanetti (CEEA) aborde le problème des dédits des oeuvres en développement. Nicole Jamet (CDA, organisatrice du festival) se lève : « Ne parlons pas de ce qui nous oppose, faisons des propositions. On sortira les cran d'arrêts après ». La salle s'anime en soulignant que Vanetti avait fait là une vraie proposition. Nonobstant aussitôt enterrée.
Dans la salle on s'agaçait du fait que les débats soient clos avant d'être ouverts. Des échanges un peu vifs ? Polémiques ou un tant soit peu hors du politiquement acceptable ? On change de sujet... Tendance récurrente du festival. « Restons positifs » comme dirait Nicole Jamet.

Comment fonctionner ensemble ? Sur quelle base de confiance ? Le débat s'anime à nouveau :Alors on ressort les mots qui fâchent : « code de déontologie » de la profession « Les scénaristes sont obligés de réclamer les comptes d'exploitation des oeuvres aux producteurs pour obtenir leurs pourcentages... » ce à quoi Christine Miller répond « Il faut se battre pour obtenir de vraies rémunération proportionnelles et pas des rémunérations forfaitaires déguisées... »

En voilà, un bonne proposition ! Ah non, désolé, c'est déjà fini. Débat, vous avez dit débat ?

On est chiants, hein ?

Sans vraiment d'appétit et faute d'alternatives – le nombre de sessions a été volontairement réduit – on se dirige ensuite vers la table ronde « Peut-on faire de la comédie drôle à la télévision ». La réponse est dans la question. Gérard Hernandez commente au bout de 20 minutes d'échanges : « On peut plomber une soirée à tenter d'analyser et parler du rire. ». 5 minutes plus tard : « On est chiants, hein? ». Rires dans la salle. Grâce aux échanges entre Astier et Tillette de Clermont Tonnerre et Hernandez on évite le naufrage mais on n'apprend pas grand chose.

Le glissement s'est opéré assez tôt et à nouveau la responsabilité des diffuseurs apparaît : « Il faut cambrioler la télé » rappelle à nouveau Alexandre Astier comme il l'avait fait 2 ans plus tôt ici même ! « Quand le succès d'audience est là une fois, après on fait ce qu'on veut à la télé... ». Les auteurs comme Joëlle Goron s'insurgent « les diffuseurs me disent que j'ai droit à une héros positif, mais c'est quoi un héros positif ? Est-ce qu'on peut faire de la comédie avec des héros positifs ? ». On nous crie de toute part que la volonté de contrôle permanent des oeuvres par les chaînes empoisonne la fiction française.

Et quand Isabelle Morini-Bosc cite hilare des morceaux de dialogues de séries tv françaises, c'est dans la salle qu'on lui répond: « Je n'aimerais pas laisser supposer que c'est à cause des scénaristes qui écrivent mal. Ce sont les chaînes qui nous demandent ça ! ». Les exemples pleuvent soudain. Le public d'Aix découvre un peu les coulisses de la fabrication de ce qu'ils ont à l'écran.

Une partie des intervenants précédents est restée pour « Le héros récurrent » et à nouveau, on indique à quel point il est compliqué de créer en France des héros qui ont du chien et ne sont pas forcément positifs. « Ici, on aurait jamais pu produire Dr House, mais on achète volontiers les épisodes! ».

Mais voilà : les diffuseurs sont absents. A l'exception d'Arte et d'Orange. Et de quelques conseillers de programmes qui se font très discrets et n'interviennent presque jamais. Le climat ne les y engage certainement pas, à leur décharge. Mais la vérité est là: les intervenants, les comédiens, les journalistes, les producteurs et les scénaristes boxent dans le vide à Scénaristes en Séries.

Les scénaristes boxent dans le vide...

Peut-être plus pour longtemps cependant. Si les débats ont été plutôt policés et si au fond l'on a rien appris de nouveau, ce festival en demi-teinte s'achève tout de même sur un espoir. Le nombre de scénaristes présent a augmenté et la fronde était partout. On a parlé d'impertinence, de lutte, de grève, de déontologie, de tenir tête, de faire front. En clair : on a observé les prémices d'un mouvement qui pourrait s'amplifier largement chez les créateurs.

Les scénaristes apparaissaient divisés. Ils sont en train de comprendre qu'ils ont intérêt à se serrer les coudes et à se regrouper. En coulisses, les organisations syndicales mènent de plus en plus de négociations communes, et nombre de scénaristes ne cachent plus leur souhait de créer un syndicat unique, à l'image de la WGA. Mais le chemin est encore long.

Il y a urgence pourtant : moins 44% d'investissements dans le fiction pour les diffuseurs. La crise touche durement toute la chaîne de production. C'est dans ce contexte des plus moroses que s'est achevé Scénaristes en Séries, festival maintenu à bout de bras à cause des subventions en baisse mais qui conserve une remarquable qualité d'accueil, qui n'a pas faibli, bien au contraire.

Après une soirée en boîte où tout le monde a pu se déchaîner (on a les noms !) et le déjeuner du dimanche au restaurant La Plage, dans le cadre idyllique du lac du Bourget, c'est la convivialité qui l'a emporté. Une fois de plus !


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