Rendons à César, ce qui appartient à César
Cette idée saugrenue ressemble à une envie de satisfaire les égos de certains, dont les films ont été boudés dans les nominations, et de rebooster l’audience TV* de ce rendez-vous annuel, en répondant au critère d’une tendance populaire. Car sur quelle base les membres choisiront-ils d’élire LE film parmi les 7 nommés, « devenu tout à coup, un événement social » ? Quantité rimerait-elle avec qualité ?
La vocation première de feu Georges Cravenne, en créant l’Académie des Arts et Techniques du Cinéma, était de « récompenser les réalisations et les travaux artistiques les plus remarquables du cinéma, afin d'avoir un équivalent français aux Oscar américains ». La « logique » serait donc de récompenser des catégories fondamentales qui feront le cinéma de demain pour ainsi reconnaître ceux qui contribuent à la fabrication d’un film, plutôt qu’à son phénomène social.
Des catégories inexistantes depuis 1976
Dès les débuts du cinéma il y a plus d’un siècle, Méliès nous montrait déjà l’exemple incluant des trucages et effets spéciaux dans ses films tel
Le voyage dans la lune. La cérémonie des César, elle, existe depuis 1976 et les catégories Meilleur Maquillage et Meilleurs Effets spéciaux n’ont jamais été créées. Pourtant, elles existent chez nos homologues anglais (Bafta), italiens (David Di Donatello) et espagnols (Goya). D’aucuns (professionnels et spectateurs) savent qu’un bon Maquillage fera toute la différence : Marion Cotillard métamorphosée dans
La Môme (Oscar du Meilleur Maquillage pour Didier Lavergne). Quant aux effets spéciaux, ils s’intègrent dans tous les genres cinématographiques et aujourd’hui,
quatre des plus grosses sociétés du secteur en France, spécialistes en la matière, commencent à s’imposer. Le Club du Vendredi 13 a déjà soumis l’idée de créer ce prix en vue de stimuler l'innovation technologique et lui donner la reconnaissance artistique.
Recherche César du Meilleur Film d’Animation désespérément
A l’heure où l’animation et la 3D prennent une place prépondérante, fondamentale et stratégique dans l’industrie hollywoodienne, dans laquelle tout est repensé et converti en numérique, cette idée d’élire le champion du box-office incite également à penser que l’Académie des César a des difficultés à se projeter dans l’avenir. Et pourtant, les pionniers français du genre tels Paul Grimault (Le Roi et l’Oiseau), René Laloux (Les Maîtres du Temps, sur des dessins de Moebius), Michel Ocelot (les Kirikou) sont les références pour bon nombre d’auteurs-réalisateurs, directeurs artistiques et designers français qui investissent de plus en plus et exportent outre-Atlantique un talent certain dans le secteur de l’animation. Persépolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud en est l’exemple également. Au-delà des César de 2008 du Meilleur Premier Film et Meilleure Adaptation, le film a reçu en toute logique une nomination à l’Oscar du Meilleur Film d’Animation. Mais même deux ans plus tard, cette catégorie ne semble toujours pas dans les sujets de réflexion de l’Académie…
*Audience TV de la Cérémonie des César
2009 – 2,18M (11,4%), présentée par Antoine de Caunes
2008 – 2,4M (12%), présentée par Antoine de Caunes
2007 – 2,3M (11,9%), présentée par Valérie Lemercier
Record d’audience en 2005 avec 3,3M de téléspectateurs, présentée par Gad Elmaleh