écrit le 28/10/2009 à 09:00
par Martin Clément

SERIE - Braquo (5-6) : La gestion du temps dans la fiction

La saison 1 de Braquo continue sur Canal+. Roxane va-t-elle coffrer ses collègues ? Eddy paiera-t-il pour l’illégalité de ses méthodes ? Analyse des épisodes 5 et 6 avant le grand final, lundi prochain.

Les scénaristes de la série avaient réussi à nous tenir en haleine la semaine dernière : Eddy et Theo étaient obligés de participer à un braquo (utilisons l’argot maintenant qu’il nous est familier, c’est tellement plus classe !), afin de récupérer assez d’argent pour délivrer Walter, retenu prisonnier par une bande de psychopathes à cheval sur la torture (une chose est sûre, la noirceur n’a pas disparu !) En parallèle, Roxane recevait un coup de fil anonyme lui apprenant qu’un braquage allait avoir lieu. À la fin de l’épisode, la jeune femme emmenait une équipe annexe pour coffrer les bandits, autrement dit ses… propres collègues !

C’est donc sous tension que commence l’épisode 5 : Eddy et Theo s’apprêtent à braquer la banque, et Roxane commande son équipe pour faire capoter l’opération criminelle. Un bon point : on nage en pleine ironie dramatique, et c’est stimulant. Le rythme de la scène est enlevé et le parallèle chasseur / chassé, bien équilibré.

Ensuite, Eddy se rend compte que le casse est un traquenard monté de toutes pièces par Lemoine, le truand censé coopérer avec eux sur le braquage. Pour s’en sortir, Eddy décide de prendre l’un des faux truands en otage pour passer au travers du groupe dirigé par Roxane. Cette dernière finit par se rendre compte (sans en informer ses coéquipiers) qu’elle tient en joue Eddy et Theo. Elle offre donc de faire un échange d’otage, et ils arrivent à s’enfuir tous les trois.

La résolution de l’intrigue fait encore l’effet d’une pirouette un peu facile, ce qui est à mon sens, un des gros défauts de la série. En effet dans Braquo, dès qu’on tient une situation de suspense plutôt inspirée, l’auteur se rue sur la première trappe narrative qui lui permettra de passer à la séquence suivante, quitte à mettre en péril la crédibilité de son histoire. Ce qui nous rappelle à tous une des règles d’or du scénario : il faut savoir prendre son temps quand le récit nous l’impose.

On ressent toutefois cette semaine, une amélioration dans la construction des épisodes. L’épisode 5 se démène notamment pour recentrer son intrigue sur une seule arche, en y injectant des histoires parallèles qui s’imbriquent avec (malheureusement) plus ou moins de vraisemblance. Par exemple, lorsque l’épisode s’intéresse à la vie amoureuse de Roxane, les informations sont dévoilées à travers le prisme de l’intrigue concernant Walter, l’histoire centrale de l’épisode. Ainsi dans cette scène, on en apprend à la fois sur le sentiment de Roxane vis-à-vis de sa section (elle y est sincèrement attachée), sur son point de vue quant à « l’affaire Walter » (c’est ça qui l’empêchera de craquer face aux pressions des bœufs-carottes), et aussi sur sa relation avec son ami écrivain (qui s’accommode mal du mode de vie de sa compagne.) Et en bonus, on a même droit à une information complémentaire pour faire avancer l’arche de la saison : Vogel (le lieutenant qui enquête sur la section de Caplan) a Roxane dans le collimateur, et met un point d’honneur à la faire craquer pour qu’elle dénonce les méthodes peu catholiques de son commandant. Même si l’ensemble pêche un peu à cause des dialogues maladroits, c’est bien la première fois qu’on découvre une scène aussi riche dans Braquo.

Trop de problèmes scénaristiques perdurent néanmoins, comme certaines incohérences qui font tiquer le spectateur. Par exemple, le commissariat reçoit la copie d’un film de surveillance susceptible de prouver la participation d’Eddy et de Theo dans le braquage du début de l’épisode 5. La vidéo, représentant la voiture incriminée dans le braquage, nécessite l’analyse d’un laboratoire pour identifier le visage des passagers. Ce document (très important, inutile de vous le dire !) est remis à la commissaire, qui promet de le porter au labo dans les plus brefs délais (on a même droit à un bout de scène où elle nous dit clairement qu’elle va le faire dans la minute.) Et bien, le lendemain, la vidéo est toujours dans son sac à main (qu’elle garde ouvert sur une scène de crime, malgré la présence de malfrats potentiels autour d’elle.) et Theo n’a qu’à opérer un petit tour de passe-passe pour récupérer le film sans qu’elle s’en aperçoive ! Qui a dit « téléphoné » ?
Ce genre de problèmes peut paraître mineur, mais franchement, si on met bout à bout tous ces « bricolages dramaturgiques » tout droit sortis de Derrick, l’ensemble paraît peu crédible.

Ces deux épisodes auront-ils suffi à nous détacher de toute vie sociale lundi soir prochain, pour assister au final de la saison 1 ? Même si les cliffhangers se sont fait plutôt discrets cette semaine (ça n’est pas forcément plus mal, une surdose de cliffs étant toujours très malvenue), on a quand même envie de savoir comment se terminera l’arche narrative de cette saison : la section finira-t-elle par être jugée pour ses méthodes explosives ? C’est un peu le seul enjeu, le reste étant encore trop bancal pour qu’on y porte un intérêt fort. On espère juste que la résolution des déboires d’Eddy et de ses acolytes ne sera pas expédiée comme la plupart des intrigues depuis le début de la série.

Au final, peut-être qu’il est là le véritable suspense de Braquo : dans la capacité des auteurs à mener leurs intrigues à bien, sans nous décevoir. D’ailleurs en écrivant cette phrase, je me ronge un peu les ongles…

 


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