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CRITIQUE - Braquo: une fin de saison en demi-teinte
Eddy Caplan et sa bande de flics (un peu) ripoux ont clos lundi dernier, la première saison de Braquo. Les deux derniers épisodes de la création originale de Canal+, qui a battu les records d'audience de la chaîne, ont-ils tenu leurs promesses ?
Pour ces deux derniers épisodes de Braquo, les attentes étaient assez élevées. On voulait notamment savoir si les bœufs-carottes allaient coffrer la section, si Roxane allait choisir de balancer ses acolytes, comment Walter allait reprendre sa vie de famille après sa terrible séquestration dans les bois… Bref, on voulait un peu d’humain, du temps à passer avec les personnages, avant un final pour nous scotcher, nous émerveiller et nous faire attendre la saison 2 en mordant le cuir du canapé.
Et pour une fois, l’attente du spectateur fut (partiellement) honorée. En effet, l’épisode 7 recèle de bons moments de fiction qui nous ont (presque) fait reprendre espoir pour la suite de la série. Contrairement aux épisodes précédents, l’intrigue de ce chapitre (intitulé « Tangente », comme si les auteurs avaient voulu se démarquer du travail fait jusque-là) ne débute pas par l’exposition d’une nouvelle affaire. Les auteurs choisissent plutôt de se concentrer sur les personnages, d’expliquer leurs motivations et de définir leurs enjeux relationnels. Un choix judicieux, puisqu’il ouvre la voie à de jolies scènes, comme celle entre Eddy et Roxane, où leur relation ambiguë (celle d’un père et d’une fille de substitution) est enfin développée. On peut saluer le jeu de Karole Rocher et de Jean-Hugues Anglade. En revanche, on regrette que ce travail n’ait pas été fait plus en amont dans la saison mais bon, pour une fois qu’un épisode tient vraiment la route, on ne va pas bouder notre plaisir.
La suite est assez réussie et pose quelques jalons pour la saison 2. Un nouveau personnage est introduit : un flic (Samuel le Bihan) de l’OCRB (Office Central de Lutte Contre le Crime Organisé), qui enquête sur le fameux braquage auquel Eddy et Theo ont participé. Ce flic - nommé Marceau - est lié à deux intrigues différentes : il interroge Roxane sur son expérience dans le braquage cité plus haut (un bon point : les auteurs exploitent le suspense lié à son personnage. Balancera-t-elle ses camarades pour sauver sa peau ?) et il enquête aussi sur les agissements de Lemoine, le voyou qui avait piégé Eddy lors du braquage et qui est susceptible de faire tomber la section, s’il décide de révéler la culpabilité d’Eddy et de Théo dans l’affaire. Certes, le scénario est retors, mais pour une fois on suit sans trop de difficultés.
Enfin, on est heureux de voir que le cliffhanger de fin d’épisode accepte enfin la complication dramatique. En effet Eddy tient Lemoine en joug, et pour une fois, il ne cède pas à la tentation de lui balancer un bon pruneau pour le tuer (et par la même occasion, de débarrasser les auteurs d’un personnage devenu trop encombrant…) Lemoine est donc arrêté et devient une menace importante : entouré de flics qui cherchent à faire la lumière sur les événements du braquage, il a la possibilité, à chaque instant, de révéler qu’Eddy a enfreint la loi cette nuit-là… Applaudissements dans la salle ! La série aurait-elle enfin trouvé le rythme qui lui convient ?
Malheureusement non, car l’épisode 8 ne tient pas ses promesses. Les auteurs ont certes jugé important d’introduire de nouvelles pistes narratives pour la saison 2, mais tout cela se fait dans un brouhaha dramaturgique assez pénible. Les intrigues s’entrecoupent assez maladroitement (les bœufs-carottes, Lemoine, Marceau, Eddy, le commandant disparu : tous sont liés dans un traficotage peu crédible) tant et si bien que le spectateur n’arrive plus à respirer, assailli par un trop plein d’informations.
Certaines intrigues, qui auraient pu bénéficier d’un développement plus abouti, ne sont qu’à moitié résolues. On peut toutefois noter un bel effort avec la complication narrative faite au sein de l’intrigue de la police des polices, mais cet effort reste marginal.
Enfin, le climax de fin de saison manque cruellement de rythme. Eddy et sa section essaient de faire évader Lemoine (le plan d’évasion est d’ailleurs tellement simple qu’il en devient grotesque), toujours retenu entre les griffes de l’OCRB. Lemoine et Roxane (membre de la section chargée de faire sortir le malfrat du bâtiment) sont pris en chasse par Marceau, qui reste pendant toute la scène bien trop en retrait par rapport à ses proies pour créer un enjeu et une tension. Et, une fois qu’Eddy et sa section ont réussi à faire évader Lemoine, on se rend compte que ce dernier portait un micro censé renseigner l’OCRB. Ta-daaa ! Tout ce cirque n’était qu’un leurre. On s’est bien fait avoir quand même…
La vérité, c’est qu’on s’est surtout bien ennuyé, et qu’on en a un peu marre de ces rebondissements téléphonés et de ces bâclages récurrents qui parasitent la structure des épisodes, ou la création d’enjeux dignes de ce nom. C’est dommage, car Braquo était un projet ambitieux qui aurait vraiment pu symboliser une rupture au sein d’une fiction française un peu moribonde. Les auteurs rectifieront peut-être le tir lors de la saison 2, mais on est en droit d’en douter, au vu du peu de rigueur dramaturgique de cette première saison.
On verra bien en 2011, puisque la saison 2 à été confirmée pour cette date (on aurait quand même préféré une diffusion plus rapide.) D’ici là, on attend le premier épisode de Pigalle, la nuit (rendez-vous le 23 novembre) en croisant les doigts : aurons-nous enfin une série de Canal+ qui nous emballera ? En tout cas, on n’ira pas poser cette question à Eddy Caplan. Avec son tempérament, il pourrait nous coller une balle entre les deux yeux, pour avoir osé mentionner la concurrence !
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