écrit le 17/10/2009 à 22:00
par Christelle Dupays

TÉLÉVISION - Alain Carrazé : Les séries françaises sont restées bloquées dans les années 1970 !

Alain Carrazé est l'un des gourous français de la série TV. Autrefois animateur de la seule grande émission jamais produite sur les séries (Destination Séries), intervenant dans de multiples festivals, émissions et autres journaux et magazine, il tient également un blog vidéo savoureux et bien informé, qui vient de déménager du site de Canal+ à celui de sa société 8 Art City, 

Que pensez-vous de l’état de la fiction française ?
J’ai l’impression que tout le monde a compris qu’il y a une urgence à voir les choses changer. Et même s'il reste encore quelques considérations d’arrière-cuisine entre scénaristes et producteurs, concernant les contrats par exemple, la politique actuelle tend plutôt vers une réorganisation profonde du métier. D’un côté comme de l’autre c’est constructif.

Il est parfois question chez les scénaristes de la mise en place d’un code déontologique qui régirait la profession ?
C’est vrai que dans ce domaine il reste encore beaucoup à faire. Je suis souvent horrifié d’entendre que des synopsis ne sont pas payés, ou qu’il n’y a pas de budget pour le développement dans les chaînes. Cela me semble indispensable. Tout comme il me semble plus que nécessaire que l’auteur soit associé au producteur lors des réunions auprès des diffuseurs. Après tout, qui est mieux placé que le scénariste pour parler de son projet ? Il pense ses personnages, les incarne, vit son histoire. Alors oui, il me semblerait justifié qu’on lui demande son avis sur toutes les étapes du développement.
Si on ne fait pas ça au final c’est peut-être qu’on s’en fout, qu’on ne créé par une œuvre mais un produit de consommation.

Concernant les séries, est-on si mauvais par rapport aux productions étrangères ?
En fait je crois surtout qu’il faut arrêter de se plaindre. Beaucoup de pays, comme Israël par exemple, font de très bonnes séries avec peu de moyens. Quant au spectateur, peut importe que ce qu’on lui propose soit américain, australien ou autre. Tout ce qu’il veut ce sont de bonnes histoires. Point.

Comment analysez vous le fait que la télévision française ne tire pas la leçon des drama américaines ?
En fait, la drama américaine, créé il y a 30 ans était peu feuilletonnante. Tout le pari était de réussir à créer une fidélisation auprès du public sans pour autant avoir peur de le perdre, c’était compliqué.
Mais aujourd’hui la technologie a changé. Il y a le replay, le DVD, les enregistreurs numériques. Les spectateurs ne regardent plus la télévision de la même manière. Et ça les américains l’ont compris. Du coup, ils n’ont pas hésité à réinjecter du feuilletonnant dans leurs séries, à développer des personnages moins monolitiques, des histoires au long cours, du type de Lost.
En France on a bien fait quelques tentatives dont dernièrement avec Reporters. Ou même il y a quelques temps avec les sagas d’étés, mais globalement on est resté bloqués dans les années 70-80. Sur un concept d’épisodes rediffusables à souhait et dans n’importe quel ordre. Ceci dit, la question n’est vraiment pas simple. Parce qu’après tout, quand on sait qui a tué JR, on a pas envie non plus de revoir toute la série !


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