écrit le 12/11/2009 à 14:00
par Frédéric Davoust

CINÉMA - La Religieuse Portugaise, écrit et réalisé par Eugène Green

Une fable moderne et baroque dans un écrin de fado. A réserver aux amateurs de cinéma d’auteur.

Eugène Green narre les pérégrinations d’une actrice venue à Lisbonne tourner un film intellectuel, ennuyeux, dont le scénario est une adaptation des Lettres Portugaises de Guilleragues (1669). Entre deux séquences de tournage, elle erre dans Lisbonne et se découvre au gré des rencontres.

L’intrigue est aussi fine que du papier à cigarette, et pourrait tenir sur un format moyen-métrage. Les rencontres sont inégales. Si celle avec l’orphelin, qui sert d’intrigue principale, est touchante, celle avec la jeune religieuse portugaise, est naïve et navrante. C’est pourtant cette rencontre qui serait, en termes purement techniques, le climax du film. Malheureusement, elle est amenée de telle manière qu’on se moque de la rencontre tant attendue. Mais Eugène Green comble notre frustration par un rebondissement final inattendu chez lui.

Sous les atours classiques et conventionnels du cinéma d’auteur - "un cinéma ennuyeux pour intellectuels", dit le film - Eugène Green est un auteur moderne qui ne connaît pas le consensus. Il y a une grande sincérité dans sa démarche. Il fait partager au spectateur une certaine fascination pour Lisbonne, prend le temps de filmer la ville (on compte une bonne dizaine de panoramiques sur Lisbonne, de jour comme de nuit), laisse la caméra s'attarder sur les visages des protagonistes et des chanteurs et chanteuses de Fado. Le temps semble suspendu dans une lente promenade désuète. Chaque plan se transforme en tableau vivant dans lequel Green peint la sacralité des sentiments, des émotions : la perte et la découverte de soi, l’éveil au sentiment amoureux, au désir de maternité. Il tente de capter un mystère (divin?) : la naissance du sentiment, d'une vérité sur soi-même.

La désuétude est la marque de fabrique d’Eugène Green. Dans son précédent moyen métrage (Correspondances), il prenait un malin plaisir à confronter une forme littéraire ancienne et une intrigue moderne (une romance épistolaire, où les mails remplacent les lettres). Il joue ici sur les mêmes contrastes avec d'autres moyens. Il passe la modernité des sentiments amoureux et du langage au filtre d'une prononciation d’un autre temps. Les dialogues déclamés, insistant sur chaque mot, chaque liaison, y trouvent une intensité et une résonance particulières. On retrouve ici le terreau baroque dans lequel toute l'oeuvre de Green s'enracine. 

La principale faiblesse du film réside dans son rythme, volontairement lent, posé et précis, qui conduit à l’ennui et au détachement. Eugène Green nous a pourtant prévenus, non sans une certaine espièglerie : "un film ennuyeux pour intellectuels". Le personnage du réalisateur, qu’il interprète, espère juste qu’on ne s’ennuiera pas trop. Au final, peu importe la résolution qu’il propose, l’intérêt est ailleurs. Le spectateur sort de la salle avec un vague sentiment d'ennui, mais des images, des intonations insistent et persistent, indiquant qu'on s'est tout de même laissé prendre au charme de la Religieuse Portugaise... 
 


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