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A Marseille, le 6 Novembre dernier s’ouvrait le premier séminaire sur la parité homme/femme dans les secteurs du spectacle vivant et de l’audiovisuel. Une rencontre organisée par la Fédération Internationale des Artistes-interprètes (F.I.A.) et placée sous les auspices du Conseil de l’Europe. Il y était question de trouver des solutions dynamiques pour résorber au plus vite l'inégalité des chances dans nos métiers.
Qu’ouïe-je !? Qu’entends-je !? Des inégalités entre les hommes et les femmes ? Dans la création ? En France ? On pensait pourtant le problème réglé depuis 1789, heu... non 1944, que dis-je 1968 enfin bon depuis bien longtemps. Et bien pour ne rien vous cacher, plus de quarante ans de féminisme militant n'ont pas changé grand chose à la donne. Même si l’on prend en considération qu’aujourd’hui 74% des hommes sortent régulièrement les poubelles, 73% rechignent toujours à manier le fer à repasser et 67% refusent obstinément de jouer les tambours major avec leurs balais à chiottes...
En majorité, les femmes continuent donc de créer en cuisine (sauf le Dimanche) pendant que les hommes eux continuent de créer des œuvres immortelles (le restant de la semaine). Un bilan pas très reluisant ! Dans un secteur a priori d’avant-garde, la parité n’est encore qu’un mirage flottant sur un désert de conventions sociales archaïques : un mauvais scénario macho ! Des chiffres accablants.
Dans le Spectacle vivant, la dernière étude sexuée remonte à 2005. Une année où les théâtres institutionnels sont toujours dirigés à 92% par des hommes ; les centres musicaux à 89% ; les centres chorégraphiques nationaux à 59%. Ce sont des hommes à 86% qui dirigent l’enseignement du secteur. Ils représentent, tenez-vous bien, 97% des compositeurs musicaux joués dans les établissements subventionnés et 94% de leurs chefs d’orchestres. 85% des auteurs de théâtre sont des hommes et 78% leurs metteurs en scène (1).
Dans le Cinéma et la Télévision, nous n’avons carrément aucune donnée statistique. Une honte ! Reine Prat, la chargée de mission « pour l'égalité et contre les exclusions » du ministère de la Culture, ne s’est toujours pas vue confier par sa hiérarchie l’ombre d’une étude complémentaire pour le secteur audiovisuel. Nous devrions faire pression sur le ministère de la Culture qui nous doit au plus vite cette étude sexuée pour notre secteur Audiovisuel. Cet instrument de mesure sera très utile à l’ensemble de notre chaîne de production pour évaluer notre comportement face à l’égalité des chances hommes femmes et faire évoluer la création dans le sens de la parité. La France du Cinéma et de la Télévision ne doit pas rester à la traîne du spectacle vivant.
La Fédération Internationale des Artistes-interprètes, elle, n’a pas attendu nos mâles ronflements d’aisance pour lancer une étude statistique à l’échelon Européen sur le thème de la « création des opportunités d’emplois pour les femmes dans le secteur du spectacle, de la télévision et du cinéma ». Cet objet d’étude a été confié en 2008 à Deborah Dean de la Warwick Business School. En voici l’argument et quelques conclusions :
« Contrairement à la plupart des métiers exercés dans notre société, la profession d’artiste-interprète intègre les deux genres (hommes/femmes) depuis plusieurs centaines d’années. L’examen de ce secteur est donc particulièrement intéressant et utile pour déterminer l’influence du genre et de l’âge. Cette étude s’inscrit dans le cadre d’efforts croissants pour comprendre la problématique en question au sein d’une Europe élargie, où les changements démographiques affectent le marché de l’emploi et la politique sociale. La Fédération Internationale des Acteurs a identifié des discriminations imposées de longue date aux artistes-interprètes féminines d’un certain âge. Elle a ensuite élaboré un projet visant essentiellement à explorer l’impact des stéréotypes sexuels et de la représentation des femmes sur les opportunités d’emploi des artistes-interprètes et sur l’image des femmes dans la société en général. »
Malgré la faiblesse des retours de cette enquête : 4,97% (pour sûr l’égalité passionne les Européens !) les réponses sont restées très homogènes sur l’ensemble du territoire et déclarées à ce titre pertinentes par la « so british » Université de Warwick : « Nous observons d’importantes disparités entre hommes et femmes au niveau de la longueur de la carrière .../... La principale concentration d’artistes-interprètes masculins se situe dans la tranche d’âge 41-60 ans. La principale concentration féminine se situe, elle, dans la tranche d’âge 20-35 ans. » (2)
L’inégalité est bien flagrante. Si les comédiens Européens avançant en âge trouvent de plus en plus de rôles (en nombre et en variété) pour leurs homologues féminins, c’est tout le contraire. En résumé : libertine à vingt ans, mère de famille ou flic à trente-cinq et « mamy-gâteau » à soixante-dix pour celles qui ne se sont pas mortes de faim entre temps! Les soins esthétiques pratiqués par les stars aggravent sans doute par ailleurs la discrimination chez les actrices vieillissantes tandis-que de « beaux » mâles sexagénaires halés continuent quant à eux de se promener de film en film au bras de jeunes starlettes... No comment !
Dans le prolongement de son enquête minutieuse, la F.I.A. a donc décidé d'organiser un cycle de six séminaires sur le thème de la discrimination sexuelle dans des régions distinctes d’Europe jusqu’en Janvier 2010. Les conclusions de cette tournée seront portées au mois de Mai suivant devant le conseil de l'Europe lui-même. Conclusions auxquelles la future présidence Espagnole sera sans doute sensible puisque la parité homme femme est déjà une préoccupation avérée de José Luis Rodríguez Zapatero (3) le président socialiste du gouvernement Espagnol. Vous me direz que sur la péninsule Ibérique, 77 % des hommes descendent les poubelles ; c’est tout de même mieux qu’en France.
A Marseille se tenait donc le premier séminaire du genre consacré à l’Europe du Sud. Pour des raisons d’organisation, toujours obscures, seules les Espagnoles sont venues nous rejoindre. Une cinquantaine d'invités au total : 2/3 de femmes dont la forte délégation Espagnole, des actrices du Syndicat Français des Artistes-interprètes (S.F.A.) son délégué général, deux agents, un producteur, une représentante du conseil régional, une autre du ministère de la culture, une députée Européenne verte, un sociologue modérateur, le directeur du développement de l’Afdas (4) , un représentant de l’Union Guilde des Scénaristes - votre rapporteur -, et bien entendu le staff de la présidence de la F.I.A. Ah oui ! J’oubliais un rond de cuir de la mairie de Marseille qui est passé faire une sieste d’¼ d’heure dans notre salle d’audience avant de nous encourager de tous ses vœux et de disparaître sur la pointe des pieds.
Ce vendredi 6 Novembre 2009 donc, l’hôtel de région Provence Alpes Côte d’Azur dégageait un léger parfum d’enthousiasme révolutionnaire. Nous étions tous bien d'accord : en tordant le cou aux archaïsmes qui séparent le genre humain nous avons, hommes et femmes, beaucoup à y gagner. (Entre-nous soit dit, plus les femmes, mais je ne vais pas attiser inutilement de viles querelles qui appartiennent déjà à la préhistoire...)
Au menu des débats, il n’y eut aucune tentation ou tentative de discrimination positive en faveur des femmes, même si le mouvement féministe radical était solidement représenté dans la salle. Tous les hommes présents furent également favorables à un changement des mentalités en profondeur pour obtenir cette parité tant rêvée. (Secrètement les hommes rêvent tous à 99,99% de passer la serpillère tous les matins). En résumé, un accueil chaleureux, une ambiance studieuse, du punch et des éclats de rire partagés ; de bons travaux, très constructifs.
Je ne retiendrai dans cet article que le questionnement de la première table ronde qui concernait plus directement les scénaristes et les auteurs de théâtre. En voici le contenu :
« Comment créer une obligation d’aborder la représentation de la femme et de l’homme dans tous les domaines de travail à la télévision, au cinéma et au théâtre, mais sans entraver la liberté artistique ? Il s’agit sans doute de la question clé. Les recherches de la FIA dans le cadre d’un précédent projet européen sur la représentation du genre ont permis de souligner et de confirmer le problème bien réel du manque de possibilités d’emploi pour les actrices dites « d’âge mûr » et le mécontentement très marqué parmi les artistes-interprètes lié au fait que la représentation des femmes favorise un idéal de jeunesse et de beauté. Cette question cherche donc à examiner comment atteindre véritablement cet objectif sans sacrifier la liberté artistique et entraver le travail des auteurs, des réalisateurs et des producteurs. Il s’agit ici de trouver les moyens pour donner la place à de nouvelles approches, à de nouveaux projets, à la représentation de la femme. »
Autrement formulé : étant entendu que l’écriture d’un scénario ou d’une pièce de théâtre représente l’élément fondateur du processus de production, il apparaît que les producteurs rejettent souvent sur les auteurs la responsabilité de projets stéréotypés ou à prédominance masculine. Pour réussir à placer leurs textes, les auteurs, eux, ont la sensation de devoir répondre à une demande plus ou moins consciente de stéréotypes imposés par des producteurs, qui s’en défendent vertueusement. L’œuf et la poule ; un cercle vicieux. Comment peut-on alors changer cette perception et créer un autre type de demande ou de proposition dans la chaîne de production des œuvres audiovisuelles et théâtrales ? Tout un programme... J’invite tous nos lecteurs (trices) à y réfléchir.
Bien entendu, la F.I.A. synthétisera l’ensemble des conclusions des différents séminaires européens qui jalonneront son cycle ce qui aura sans doute pour effet ou d’adoucir ou affermir nos premières conclusions marseillaises. Ce qui va suivre est donc à consommer avec modération. Ces premières conclusions pourront sembler un peu abstraites aux profanes du monde institutionnel, mais je rappelle qu’il s’agit de jeter les bases d’un nouveau pacte social dans notre secteur. C’est un moment important de la construction européenne à ne pas prendre à la légère - malgré mon humeur badine.
Nos préconisations pour l’Europe du Sud furent donc les suivantes :
1. Chiffrages sexués des personnels permanents des entreprises du secteur. Remontées des rapports jusqu'aux observatoires et aux organes institutionnels de décision.
2. Mesures coercitives & normatives mises en œuvre par les pouvoirs publics dans les entreprises publiques ou majoritairement subventionnées, visant à imposer la parité au sein du personnel permanent. (5)
3. Mesures d'encouragement à destination des projets artistiques qui promotionnent l'égalité. (6)
4. Mesures d'accompagnement : congés paternité ; frais de garde ; garderies in situ ; formation. (7)
5. Mesures d'éveil des consciences : campagnes médiatiques de sensibilisation financées par le Conseil de l'Europe. Lobbying politique.
Pour le Théâtre en particulier :
a. Promotion du répertoire contemporain qui expose mieux les rôles féminins.
b. Incitation à la parité dans les distributions.
c. Codirection mixte des Centres Dramatiques Nationaux.
d. Labellisation des entreprises égalitaires. (8)
Pour l'Audiovisuel en particulier :
Une fois constaté que la « convention naturaliste » (9) avait envahi majoritairement les écrans, il a également été admis que cette convention naturaliste ne reflète pas la réalité sociale et l'importance du rôle des femmes dans la société. Que cette tendance, outre le fait qu'elle prive les femmes artistes-interprètes de nombreux rôles, en en réduisant la variété, est dommageable à l'image de la femme en général. Pour inverser cette tendance, deux propositions :
a. Mesures d’encouragement à destination des scénarios égalitaires. (10)
b. Labellisation des entreprises égalitaires : distributions, équipes techniques & productions. (11)
Le soir même était organisée au Théâtre du Gymnase une restitution publique de nos travaux. Léger désenchantement devant un parterre conservateur mais attentif. Un gros pavé dans le Paf des sexistes de tous sexes!
(1) Ces chiffres ont été établis à partir des programmations de la saison 2004-2005 de 132 établissements.
(2) L’éclairage des revenus des artistes interprètes nous en dit encore plus : dans les bas revenus (moins de 7 500 euros) 24% d’hommes pour 38% de femmes. A l’opposé, dans les hauts revenus (plus de 75 000 euros) 4% d’hommes pour 0,4% de femmes.
(3) José Luis Rodríguez Zapatero a constitué un gouvernement paritaire (10 hommes & 8 femmes j’ai recompté : il y est presque ! Par contre les secrétaires d’état...). Il a fait par ailleurs voter une loi protégeant les femmes des violences conjugales.
(4) Fonds d’assurance formation des secteurs de la culture, de la communication et des loisirs.
(5) La question des quotas a été vivement débattue pendant le séminaire de Marseille. Pour mémoire les minutes du débat au Sénat du 20 Janvier 1999 à ce sujet..Il a malgré tout été constaté qu’aucune loi jusqu’ici n’avait réellement été appliquée en France. (Six lois prônant l’égalité depuis 1972 sans compter celle que prépare Xavier Darcos pour 2010).
(6) Concernant mon intervention au nom de l'UGS sur cette question, j'ai fait supprimer au nom de la liberté d'expression, toute trace de mesure coercitive (quotas) dans les cahiers des charges des projets, tout en acceptant le principe de bonus incitatifs.
(7) L'accès à la formation artistique dans nos secteurs est déjà majoritairement ouvert aux femmes du fait... qu'elles travaillent moins et / ou qu'elles doivent être surqualifiées pour travailler. Les formations techniques restent majoritairement dédiées aux hommes.
(8) Mesures en vigueur en Espagne dans plusieurs régions.
(9) Convention naturaliste : qui veut qu’un rôle de jeune soit interprété par un jeune; une femme par une femme; un vieux par un vieux... Cette convention propre au cinéma et à la télévision a déteint hélas progressivement sur les distributions théâtrales contemporaines.
(10) Mesure en vigueur en région PACA.
(11) Mesures en vigueur en Espagne dans plusieurs régions.
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