écrit le 20/11/2009 à 23:00
par Vincent Solignac

COMBATS - Conférence d'Athènes: scénaristes du monde entier, unissez-vous!

Olivier Lorelle, co-président de l'UGS, était à la 1ère conférence mondiale des scénaristes, à Athènes. En exclu pour Scénaristes.biz, ses impressions sur le plus grand rassemblement de scénaristes du monde ! Big time.

On vous l'avait promis ici... L'interview d'Olivier Lorelle, c'est là ! 

Scénaristes.biz  :  Est-ce la première fois que l’IAWG (International Affiliation of Writer's Guilds) et la FSE (Fédération des Scénaristes Européens) font conférence commune ?

Olivier Lorelle : Oui. L'idée a été lancé par les irlandais et moi-même l'année dernière à la conférence de l'IAWG. Au départ les américains n'étaient pas très chauds pour s'unir avec les scénaristes du monde entier... Nous sommes malgré tout les clients de leurs films, et leur rapport à l'hégémonie hollywoodienne n'est pas très clair. Pour eux le cinéma c'est du commerce et donc un combat contre les concurrents... Cependant ils ont été très sensibles au soutien mondial lors de leur grève en 2007.

S.B:  Depuis combien de temps l’UGS fait-elle partie de l’IAWG ? 

O.L : Nous avons été approchés en 2002 par la SARTEC (Société des Auteurs de Radio, Télévision et Cinéma - Québec), qui souhaitait que nous fassions partie du tour de table. Notre approche de tout jeune syndicat, un peu iconoclaste, les intéressait beaucoup. Nous sommes membres associés depuis 2003. L'UGS et la SARTEC sont les seules organisations francophones de l'IAWG.

S.B :  Et la  FSE?

O. L :  L'UGS en fait partie depuis le début, puisqu'elle en est confondatrice en 2001.

S.B : Quelle est la différence entre la FSE et l’IAWG ?

O.L. : D'abord, une différence de moyens ! La FSE n'a pas les moyens financiers importants de l'IAWG, soutenue par les très puissantes guildes américaines de l'Est et de l'Ouest (NDLR : WGA East & West).
La FSE défend la diversité culturelle alors que pour les américains, il s'agit avant tout de défendre les droits des scénaristes dans le système actuel. Ils ne se responsabilisent pas vraiment sur la question de la diversité... Bien sûr, ça leur plaît de voir des films français en France, mais ils n'iront pas forcément se battre pour ça... Surtout, ils n'imaginent pas que des lois puissent aider le cinéma à vivre. Alors que le cinéma américain indépendant est moribond (ils l'ont déclaré après plusieurs échecs commerciaux et suite au regroupement des studios) ils n'imaginent pas un instant faire appel aux politiques pour soutenir un cinéma "différent", plus original et moins rentable que celui des studios.

S.B :  Est-ce que les scénaristes européens et américains rencontrent les mêmes difficultés que les scénaristes français ?

O.L. : Dans l'écriture pure, le rapport aux producteurs, aux diffuseurs ou aux studios, je pense que oui. Sur le plan des principes, ils ont eux aussi un problème avec ce qu'ils appellent le "vanity credit" (NDLR: "crédit vaniteux" : ces américains tout de même... ils ont un sacré sens de l'expression, non?). Ils militent contre l'indication "un film de" ("a film by") au générique. Certains américains, comme certains français, désirent en finir avec ça, et préfèrent demander la précision "un film écrit par, et réalisé par", mais n'osent pas toujours aller au bout de leur désir... 

S.B : Et sur le plan financier ? 

O.L. : Sur le plan financier, la France est un cas à part à cause de son système d'aide au cinéma. Pour les américains c'est la planète Mars. Par contre, face aux producteurs les américains sont plus armés car leur guilde regroupe absolument tous les scénaristes.

S.B. : TOUS les scénaristes ? (stupéfaction dans la salle)

O.L. : Oui, tous ! Les Guildes américaines, c'est comme si on réunissait en France l'UGS, le Club des Auteurs, la SACD et les AGESSA ! Tu imagines le monde et le pouvoir que ça représente? En plus, aux Etats-Unis, si tu n'es pas membre de la WGA, tu ne peux pas travailler, c'est inscrit dans la loi. 

(Là, l'interviewer pousse un soupir d'envie et se prend à rêver...  à un statut pour les scénaristes en France... A une carte professionnelle au CNC... A un intéressement sur les recettes... I dream en technicolor, quoi.)

O.L. (poursuivant son idée) : ... Ceci dit les studios américains développent dix films entièrement pour n'en réaliser qu'un seul. Il y a donc beaucoup d'argent dans le développement.

S.B. (se reprenant) : ... Et du côté européen?

O.L. : Les autres pays représentés par la FSE faisaient globalement un bilan assez noir, sauf la Pologne, qui affiche 70 films produits chaque année et un système d'aide qui semble performant.
Il y a une crainte que tous partagent : que bientôt les différents écrans (télé, ordi, ciné) n'en fassent plus qu'un seul. Le français que je suis s'est révolté contre la mort annoncée de la salle de cinéma, contre l'impossibilité d'accomplir cet acte qui consiste à partager (même en silence) un même spectacle...

S.B : Tu étais le seul à t'en inquiéter ? 

O.L. : Les américains sont pragmatiques. Ils s'adaptent. Si le monde est rond, ils courbent la tête. Ils ne pensent pas à révolutionner le système mais à trouver des solutions pratiques pour y survivre. Face aux difficultés de plus en plus grandes à faire distribuer son film, ils imaginent de le diffuser gratuitement sur internet puis de demander aux internautes s'ils désirent que le film soit programmé dans leur région, de jouer sur les blogs en fonction du sujet du film, de louer des salles dans les villes du monde où une communauté émigrée manque de films venus de son pays d'origine...Le français que je suis a parlé d'une volonté politique à interpeller, à réveiller. L'allemand à côté a plaisanté : "Les français font la révolution, les allemands achètent un ticket pour y aller !"...

S.B : Quelles sont les conséquences de la concentration du pouvoir de l’argent sur le travail de création ?

O.L. : En plaisantant, les américains disaient que pour faire des économies, les studios pensaient à supprimer l'un des trois sacro saints  actes... Mais lequel ferait faire le plus d'économies ? On n'a pas encore répondu à la question. La création (enfin, la création... ) se concentre sur les blockbusters, les indépendants ont de plus en plus de mal à survivre, il est très difficile à un film d'exister s'il n'a pas une très grosse distribution (d'où l'utilisation pragmatique d'internet). Une autre solution a été évoquée pour financer son "petit" film : penser déjà en écrivant aux jeux vidéos, aux exploitations possibles sur internet, etc., qui continueront à faire vivre le film pour ceux qui l'ont aimé.

S.B : Les rapports scénaristes/producteurs ont-ils été évoqués ?

O.L. :  Avec un des scénaristes anglais, j'ai poussé l'idée que le scénariste doit défendre et faire reconnaître son statut et sa dignité de créateur, pour l'occuper ensuite entièrement et assumer le fait d'être un auteur, c'est-à-dire "celui qui est le seul à pouvoir écrire cette histoire-là"... Pour le pousser à l'écrire donc, cette histoire, sans passer sa vie à servir celles des autres (on perd un créateur potentiel et tout l'univers qu'il aurait pu offrir à l'humanité), ou être obligé, pour obtenir une reconnaissance, de passer au roman ou à la réalisation (là, on perd un scénariste original qui aurait écrit des films que personne d'autre n'aurait pu écrire). Finalement, mon confrère anglais a émis une idée qui a été adoptée par tous : faire un classement des festivals en fonction de la façon dont ils reçoivent et honorent les scénaristes.

Plus d'info : le blog de la conférence en English

En bonus : les voeux d'Olivier pour la création en 2009. Une vidéo de la SACD qui totalise à ce jour 52 vues. Ça mérite plus. 

 

 

 


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