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SERIES TV - L'Internat, une série popcorn pas si mal fichue
Le visionnage des trois premiers épisodes de l’Internat (produite par Jean-Benoît Gillig pour le groupe Marathon, diffusée sur M6 le jeudi jusqu’au 10 décembre) constitue plutôt une bonne surprise. C’est un programme de genre, sans prétentions, qui vise à remplir une fonction assez précise, pour une cible assez précise, et y parvient presque. Ce n’est déjà pas si mal, même si l'audience des deux premières soirées ne semble guère au rendez-vous.
Comme toutes les séries de genre très ciblées, c’est une impasse d’analyser L'Internat sous l’angle du réalisme. Au plan sociologique, on ne croit à rien dans l’Internat, ni aux enseignants, ni aux élèves, ni aux rapports qu’ils construisent ou entretiennent entre eux, mais c’est sans importance car la série n’est pas du tout faite pour cela : elle crée un univers à part, une communauté de personnages enfermée dans un espace dramatique particulier, et elle les fait, comme elle le peut, bouger et vivre. Ils sont dans un Internat, ils pourraient être dans un hôpital, un petit village, une ferme ou une communauté hippie : la dramaturgie serait à peu près la même.
Des dialogues sobres et efficaces
Ecrite et produite sans prétentions, L’Internat est dialoguée de façon sobre, plutôt efficace, sans excès de mots d’auteur, et avec une grande cohérence (Daive Cohen, créateur de Putain de Série, a dialogué les 8 épisodes dont les arches et séquenciers avaient été écrits notamment par Yves Ramonet).
La construction des histoires m’a paru un peu plus désordonnée, surtout en ce qui concerne la progression dramatique des storylines, dont certaines restent durablement enlisées d’une façon inacceptable pour ce type de programme (la disparition du vieux Santini ou l'évolution du couple Cramoisan-Kaprisky par exemple). On trouve des doublons et des invraisemblances (les fugues à répétition de la petite fille notamment). Il est possible que ces quelques défauts soient partiellement dus au changement de format par rapport à la série espagnole originale (14 X 80’ ont été ramenés à 10 X 52).
Mais l’ensemble dégage une impression de joyeux sac à mystères certes pas très bien fagotté, mais dont la machine à rebondissements fonctionne tout de même. C’est une sorte de série popcorn, dont le caramel n’est pas encore parfaitement équilibré, dont certains grains de maïs font mal aux dents, mais enfin les amateurs de popcorn y trouveront quand même leur compte. En France, c’est presque un petit événément.
Les personnages ne brillent pas tous par leur profondeur (Elsa, interprétée par Valérie Kaprisky, est particulièrement mal servie) mais ils ne sont ni incohérents ni dépourvus d’empathie. Leurs interactions et oppositions sont dynamiques (particulièrement entre les deux garçons, Thomas et Yann), ce qui se révèle suffisant pour donner au moins un peu envie de voir la suite.
Flirtant avec une réminiscence vidéo-familiale de Poudlard, le collège d’Harry Potter, et avec la communauté du Village (celui de M. Night Shyamalan), L’Internat n’est pas trop écrasé par ces références, car elles sont cinématographiques et finalement très lointaines. Plus proche de nous, on songe à Disparitions, Retour aux Sources, série produite pour France 3 par le même Groupe (Marathon), et qui appartient à la même famille d'univers. Là, la comparaison se révèle nettement à l’avantage de L’Internat, avant tout pour une question de cohérence interne, d’empathie avec certains personnages et de crédibilité des situations. Au niveau visuel, on pense aussi au Projet Blair Witch, et cette pensée est cette fois dommageable à la série de M6, car ce qui était une esthéthique remarquablement maîtrisée dans Blair Witch respire plutôt le manque d’argent et de point de vue dans L’Internat. L’utilisation abusive du subjectif steadycam à tout bout de champ finit par faire rire alors qu’elle est censée faire peur, tout comme la probable bête asthmatique qui rôde dans la forêt.
Des jeunes comédiens convaincants
Mais ces défauts de mise en scène et surtout de filmage (assumés par Bruno Garcia, un solide mercenaire des séries de 52) n’achèvent pas le projet. D’abord parce que dans une série, l’adhésion se joue avant tout sur la cohérence de l’univers dramaturgique, qui est ici assez forte, et non sur l’originalité, la beauté ou la profondeur de l'esthétique (qui sont des « plus » qui créent les séries-culte, mais ne sont pas des sésames de l’audience) ; ensuite parce que la série est interprétée par une troupe de comédiens qui, sans pouvoir nous faire oublier pour certains l’étroitesse de leur rôle, arrivent à habiter leurs personnages.
Ainsi, on ne croit pas que Guillaume Cramoisan puisse être un « Directeur », mais il compose un personnage improbable et fragile qui, dans cette série paranoïaque où aucun adute n’est vraiment ce qu’il prétend être, fonctionne; Laure Marsac n’est guère à l’aise dans ce rôle de demi-folle en cavale à la recherche de son fils perdu, mais ce malaise ne tue pas complètement son personnage ; si Bernadette Laffont paraît cachetonner tandis que Valérie Kaprisky, malgré son potentiel, peine à sauver un personnage en gaufrette, les adolescents (Roby Schinasi, Kevin Antoine, Juliet Lemoinnier) se révèlent assez convaincants.
L’audience, sans être aussi mauvaise que ne le laisse entendre le site de Morandini, n’a pas été excellente : 10,6% de pdm sur le premier épisode. Mais la concurrence était forte (deux fictions françaises sur TF1 et France 3), et surtout il y a eu une nette progression au cours de la soirée, ce qui pourrait s'avérer décisif pour la suite. Le deuxième épisode fait 11,3 de pdm et le troisième 17,4. La déperdition de spectateurs est assez faible, puisqu'on passe de 2,69 millions à 2,56 et 2,26. Enfin, derrière les 10,6% de pdm du pilote, chiffre assez bas, il y a la pdm des ménagères, essentielle pour M6, qui frôle les 19%. De quoi nourrir quelque espoir pour l'avenir de Valgrange.
L'Internat, 10 X 52, une série écrite par Daive Cohen (dial), Yves Ramonet, Francis Nief (séquenciers), Emmanuel Bezier, Anne Viau, Clara Bourreau, réalisée par Bruno Garcia, produite par Jean-Benoît Gillig pour le groupe Marathon
• L'AUDIENCE DE LA DEUXIÈME SOIREE se trouve en page brèves.
• Signalons que la série espagnole orginale, El Internado, va faire l'objet d'une adaptation aux Etats-Unis, coproduite par la Fox et Globomedia.
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