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FRANCE TÉLÉVISIONS - La Cour des comptes déteste la création française et les producteurs (trop) indépendants.
Suite au rapport de la Cour des comptes sur France Télévisions, épinglant les « privilèges » (sic) des producteurs indépendants à France Télévisions, l’USPA, (Union Syndicale de la Production Audiovisuelle) et le SPFA (Syndicat des Producteurs de Films d’Animation) ripostent…
Dans un courrier de cinq pages, les deux organisations critiquent le rapport de l'institution dirigée par Philippe Seguin. Elles soulignent les “assertions surprenantes, implicitement ou explicitement critiques à l’égard des producteurs audiovisuels indépendants” que l’on peut lire au chapitre IV du rapport - consacré aux achats et à la politique de production de programmes du groupe... L’USPA et le SPFA jugent les recommandations de la Cour “très contestables” et constatent que “ni les producteurs individuellement, ni leurs organisations représentatives, n’ont été entendus avant la finalisation de ce rapport”.
Le nouveau COM (Contrat d'Objectifs et de Moyens) prévoit que France Télévisions devra consacrer de 18,5% (en 2009) à 20% (en 2012) de son chiffre d'affaires à l'achat d'œuvres audiovisuelles originales françaises (fictions, documentaires de création, dessins animés, captations ou recréations de spectacle vivant). Lors de la présentation du rapport à la presse, Philippe Seguin a estimé que cette somme garantie apparaissait comme « une corne d'abondance réservée aux producteurs privés », qu'il estime ainsi « à l'abri de tout aléa, du moins pour les mieux introduits d'entre eux ».
Bref historique : en 2008, après l’annonce de la réforme de France Télévisions, s’est créé « l’Appel du 2 juin ». Le mouvement, initié par l’USPA, l’UGS et le Groupe 25 images, a fédéré une quarantaine d’organisations lors d’une soirée au Théâtre des Folies Bergères, afin d’alerter le gouvernement et la commission Copé sur les dangers de cette réforme. Soucieux de calmer le jeu, Nicolas Sarkozy a reçu une délégation le mercredi 4 juin. Lors de cette entrevue – qui s’est déroulée en l’absence de tout représentant du ministère de la Culture, surprenant, non ? – les producteurs ont obtenu du président la promesse (comme dirait le vieux Charles des Hauts-de-Seine, promesse qui n’engage que ceux qui y croient), d’une augmentation progressive, jusqu’en 2012, de l’enveloppe dédiée à l’achat d’œuvres audiovisuelles. Donc les critiques de Philippe Seguin épinglent directement une certaine politique culturelle du chef de l’état. Les créateurs de l’audiovisuel avaient pourtant de bonnes raisons de s’inquiéter et de négocier un tel accord, ne sachant pas avec quelles nouvelles recettes le service public serait financé. Taxe ? Dîme ? Gabelle ? Octroi ? Racket ? Pot-de-vin ? Augmentation de la redevance ? Ah non, certainement pas ! Pour l’instant c’est peau de banane, car les 450 millions d’euros promis pour compenser la suppression de la publicité se sont transformés il y a quelques jours en 415 millions d’euros. Méfions-nous des promesses de « compensation euro pour euro », ils viennent de refaire le coup pour la taxe professionnelle.
Mais alors, me direz-vous, avec cet accord les producteurs se gobergent ? Non, évidemment. Philippe Seguin le sait très bien, puisqu’il parle des « mieux introduits d’entre eux ». Décryptons, décryptons : il y aurait, si nous comprenons bien, quelques sociétés bien introduites auprès des dirigeants de France Télévisions, qui rafleraient une partie du marché ? Nous aimerions que le premier président de la Cour des comptes se montre précis, et qu’il cite nommément ces fameuses sociétés. Une lecture attentive du rapport nous apprend que « France Télévisions répartit ses achats auprès des producteurs indépendants pour éviter toute concentration excessive de ses investissements et l’objectif est atteint : aucun fournisseur de programme (flux et stocks confondus) ne dépasse les 8 % du volume d’achats annuel de France 2, tandis qu’à France 3, hormis la société Telfrance (qui produit la série quotidienne Plus Belle la Vie) qui approche les 15 % du volume annuel d’investissement de la chaîne, les autres fournisseurs en reçoivent chacun moins de 5 % ». Alors ? Philippe Seguin aurait-il mal lu son rapport ? Ou bien… Jeter les producteurs indépendants en pâture aux médias pourrait être une manoeuvre - politiquement habile - pour se mettre dans la poche les syndicats maison de France Télévisions ?
Je ne résiste pas au plaisir de citer un autre passage du rapport (horresco referens !): « La croissance du coût de la grille ne traduit par conséquent en elle-même ni l’amélioration de la qualité des programmes, ni celle de l’efficience des investissements, les plus « rentables » d’entre eux correspondant à des séries télévisées acquises à faible coût sur le marché international. C'est ainsi qu’au cours de la semaine du 10 au 16 novembre 2007, une série américaine à succès telle que Cold Case a affiché un ratio, recettes publicitaires / coût de 1344%, alors que dans le même temps, le premier épisode de la coproduction internationale Guerre et Paix se contentait d’un ratio de 29 %. » Pas bête, de prendre en exemple la fiction française la plus chère de ces dernières années. Comparée à Cold Case, série US amortie sur son propre territoire et vendue à bas prix dans le reste du monde, ça peut faire des dégâts dans les esprits. On n’est pas loin du discours démago/populiste : ces artistes, ce monde de la culture, quelle bande de profiteurs ! Et les ratios de Plus Belle la Vie, Louis la Brocante ou PJ, on pourrait les avoir ?
Mais la suite n’est pas mal non plus : « Ces paradoxes sont bien connus des chaînes de télévision (…) ils révèlent à quel point les obligations d’investissements dans les programmes correspondent à une politique culturelle voulue par l’Etat qui dépasse – voire ignore – l’intérêt social de France Télévisions. S’il est incontestable que le groupe conserve l’initiative éditoriale de sa grille de programmes, en revanche il n’en maîtrise pas l’économie. » Plus loin, la cerise sur le sundae : « Cela signifie que pour France Télévisions, il devient indispensable de professionnaliser davantage sa politique d’acquisition, afin que la surveillance et la maîtrise des coûts soient au cœur de ses procédures. » Là on arrive au cœur du problème, dans l’idéologie de la rentabilité à tous prix, arrêtez de nous emmerder avec vos œuvres et contentez vous de remplir les salles, de faire de l’audience et du pognon ! Aux Etats-Unis, Philippe Seguin recommanderait aux grands studios d’acheter du Bollywood, ça reviendrait moins cher. Ces fonctionnaires n’ont toujours pas compris qu’il est utile, vital et urgent d’investir dans la culture française pour affirmer sur un plan national et international l’identité de notre pays. C’est tout de même rageant de devoir rappeler ces évidences à des énarques.
Toujours devant la presse, Philippe Seguin estime « qu’en assignant à France Télévisions le rôle d’agent de financement des producteurs indépendants, l'État va à l'encontre de l'intérêt social de l'entreprise". Selon le rapport de la Cour des comptes, mieux vaudrait fixer à France Télévisions des obligations de production en volume horaire plutôt qu'en dépenses monétaires. "France Télévisions serait, ainsi, mieux à même de négocier l'achat de programmes au moindre coût. Elle pourrait adapter ses dépenses à ses recettes." Formidable, monsieur le premier président de la Cour des comptes ! Déjà que les budgets sont ridicules et inadaptés pour la plupart au coût réel des fictions et documentaires, voilà que de surcroît vous demandez aux dirigeants de la télévision publique de fermer les yeux sur les méthodes que les producteurs sous-traitants devront employer pour livrer leurs programmes !... Ils y arriveront, nous en sommes certains ; inutile pour cela d’agrandir l’atelier, ils mettront simplement un peu plus de Turcs au mètre carré, et ils oublieront pour toujours la notion de temps de travail.
Les comptables de la République se moquent de la création française, ils sont prêts à laminer tout un secteur industriel, à paupériser des dizaines de milliers de salariés, pourvu que ça rapporte à France Télévisions. Au fait ? Tous ces conseillers confortablement nichés entre la Comédie Française et le ministère de la Culture, trônant dans leurs fauteuils Louis XVI avec vue sur les jardins du Palais Royal et les colonnes de Buren, ne serait-ce pas plus économique et rentable de les installer dans un immeuble de bureaux dans le 9-3 ? Pour éplucher des dossiers, douze mètre carrés, un bon néon, une table, une chaise un peu dure pour ne pas s’endormir, un casier, la cantine au sous-sol et le RER D pour rentrer à Paris, c’est amplement suffisant.
sources : Le Film Français - Le Point - la Tribune.
NDLR : Dans le rapport de la Cour des Comptes le passage sur les obligations de production et les producteurs commence page 158.
et voici la réponse de Philippe Seguin (source satellifax) à l'USPA et au SPFA, selon lui les producteurs investiraient de moins en moins dans leurs productions.
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