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CINÉMA - Une affaire d'état : écrit par Alexandre Charlot et Franck Magnier. Bienvenue chez les pourris !
Quand les scénaristes de Bienvenue chez les Ch'tis et Astérix aux Jeux Olympiques s'essayent au thriller politique, cela donne un résultat étonnant. D'autant plus étonnant que le hasard du calendrier donne à ce film une résonnance particulière alors que le dossier de l'Angolagate est arrivé devant la justice.
Des armes, une caisse d’armes, des caisses d’armes, un avion rempli de caisse d’armes qui explose en plein vol au dessus du golfe de Guinée. A Paris, dans le salon mondain tenu par Mado (la trouble et troublante Christine Boisson), les hommes politiques cohabitent avec les capitaines d’industries, et partagent leurs points de vue entre alcôves et call-girls. Victor Bornand apprend l’attentat. Désappointé, il en fait part à Flandin, capitaine d’industrie œuvrant dans l’armement. Une crise politique couve et Bornand doit agir, discrètement. Homme de l’ombre et proche du président de la République, obscur «Monsieur Afrique» de l’Etat, il avait mis en place un système pour libérer les otages détenus par des rebelles dans un pays d’Afrique de l’Ouest, en les échangeant contre des armes. L’explosion de l’avion le menace. Plus grave encore, seule une fuite peut être à l’origine de cette catastrophe.
Il met son homme de main, Michel Fernandez, sur l’affaire, à charge pour lui de trouver l’origine de la fuite et de faire ensuite le nécessaire.
Nora Chahyd, jeune fliquette rageuse et ambitieuse, aux méthodes musclées, qui n'a pas l'intention de jouer le beurette de service, prend son affectation dans un commissariat de quartier. Elle est placée sous la coupe de Bonfils, flic désabusé qui n'a pas l'intention de faire du zèle.
Michel Fernandez trouve assez facilement l'origine de la fuite : une call-girl travaillant pour Mado.
Quand la jeune inspectrice commence son enquête sur l’assassinat d’une jeune call-girl retrouvée morte dans un parking, elle ne sait pas encore qu’elle a mis le doigt dans une affaire d’Etat. Qu’à cela ne tienne, la justice n’a que faire des affaires d’Etat.

Une intrigue à tiroir
L’enchaînement des événements, depuis l’incident déclencheur est plutôt habile et rondement mené. La structure est efficace. Enjeux, conflits, tout est en place… L’intelligence du scénario réside dans la manière très brillante dont les personnages agissent. Plus ils tentent de régler un problème, plus ils s’enfoncent. Plus la jeune flic avance avec obstination et entêtement dans son enquête, en bravant notamment la loi, plus elle provoque des catastrophes. Plus Bornand veut étouffer l’affaire, plus il s’étouffe lui-même. Plus le tueur, rêvant de liberté, tue, plus il s’enferme dans une spirale infernale… Une ronde à trois qui se transforme en quadrille quand Mado s’en mêle, sous le regard « amusé » du patron des renseignements extérieurs.

L’adaptation du roman de Dominique Manotti, Nos fantastiques années fric se base sur les éléments narratifs plus que sur les personnages. On pourrait reprocher aux scénaristes de ne pas avoir suffisamment approfondi la caractérisation. Or, il y beaucoup de personnages, et chacun a de multiples facettes que les scénaristes tentent d’exploiter au mieux. Il y a de l’humain, mais de psychologie, très peu. Au-delà de son rôle dans l’intrigue, chaque personnage joue sa vie, sa carrière, sa morale. Du moins c'est ce qu'on déduit, car les caractères manquent de complexité et paraissent artificiels.
Ce défaut est récurrent dans le genre. Dans les films de Boisset, par exemple, un trop plein de psychologie prenait le pas sur l’action. Ici, l’action prédomine aux dépends de la psychologie. Il manque au scénario cet équilibre précieux que l’on retrouve dans certains films américains comme L.A Confidential (Curtis Hanson- 1997) ou encore Lord of Wars (Andrew Nichols - 2005).
Une histoire de morale
La question de la morale est au centre du film. Elle touche au plus profond chaque personnage. La morale politique, l’éthique, les limites de chacun. Nora brave la morale, l’éthique et la déontologie au nom de la justice. Ses actions conduisent à la catastrophe, et la poussent encore plus loin dans sa démarche, jusqu’à flirter avec la ligne jaune, le point de non retour. Bornand se débrouille tant bien que mal avec sa conscience. Derrière ses sombres activités, les ventes d’armes, les assassinats, il y a une noble cause qui prédomine : la libération des otages. Fernandez tue, non par plaisir, mais par nécessité, il n'a rien à faire avec la morale, mais il a des rêves, des espoirs. Quant à Mado, elle est sûrement celle qui a le moins de morale, ses intérêts financiers primant sur son amour pour Bornand.

Le fond est intéressant, et le réalisateur le place au centre de sa démarche filmique. Malheureusement, si les intentions sont louables, elles sont souvent mises à mal par la volonté de ne pas faire un film trop politique, ni « à thèse », mais un polar efficace.
Une réalisation trop plate
Le défaut majeur du film ne se situe pas dans le scénario mais dans la réalisation. Certes la mise en scène d’Eric Valette est efficace, rythmée, fluide, mais elle manque d’envergure et ne surprend pas. Il joue sa partition sans fausse note mais sans prise de risque. Les comédiens sont toujours là où on les attend, sans surprise aucune. André Dussolier est parfait dans le rôle de Bornand, Rachida Brakni impeccable dans le rôle de Nora, et Thierry Frémont fait du Thierry Frémont (parfaitement sombre et inquiétant) dans un rôle relativement proche de celui qu’il tenait dans Les Brigades du Tigre. Seule Christine Boisson, la touche glamour du casting, toute en subtilité dans l’ambigüité, intrigue et surprend.
Les moyens mis en œuvre ne sont pas en cause. Il manque à Eric Valette cette capacité à capter le fond des personnages. Trop centré sur le rythme et l’action il ne prend pas le temps de surprendre le spectateur, de placer sa caméra pour apprivoiser ses personnages, leur donner une épaisseur qui surgit ça et là pour peu que les acteurs aient le temps de donner toute leur dimension.

On peut toujours ressortir les petites phrases du genre : « un bon scénario ne fait pas un bon film, mais un bon scénario ne fera jamais un mauvais film »… Il est néanmoins rassurant de voir que certains scénaristes français font leur boulot avec une certaine réussite. Finalement, ce film est le parfait exemple de l’intérêt d’avoir un scénario bien écrit, avec une intrigue solide : même quand la réalisation n’est pas à la hauteur des enjeux dramaturgiques, le film conserve son intérêt.
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