brève

écrit le 06/12/2009 à 11:00
par Vincent Solignac

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Lu un très bon article dans les Inrocks, comment meurent les séries américaines : « à Hollywood, décembre et janvier servent chaque année de cadre à la “saison des pilotes”. Soit deux mois d’hystérie, où les scénaristes peaufinent leurs projets et convainquent les chaînes hertziennes d’en tourner le premier épisode. Cela débouche sur une petite centaine de tournages à la fin de l’hiver – un peu moins cette année (72) pour cause de crise. Un écrémage radical a lieu durant les mois suivants : au moins 60% des pilotes tournés pour les chaînes grand public terminent en DVD sur l’étagère de leur créateur. »

On ne peut s’empêcher de faire la comparaison avec les séries françaises et la pratique de nos métiers. Ici quasiment tout ce qui est tourné est diffusé, question de moyens évidemment, nous pouvons difficilement rivaliser avec cette industrie du spectacle qui n'hésite pas à commander des prototypes en grand nombre pour ne garder que les meilleurs.

Mais si nous regardons bien ce qui nous arrive des US, surtout sur les chaînes d’Orange cinéma Série, nous constatons que les diffuseurs américains ne manquent pas d’audace. Il suffit d’énumérer quelques pitchs de série pour prendre toute la mesure de notre retard :

Breaking Bad : un prof de chimie fauché découvre qu’il est atteint d’un cancer. Pour mettre sa famille à l’abri du besoin, il se met à fabriquer et dealer des métamphétamines.

Hung :  un prof de sport fraîchement divorcé décide de se prostituer pour mettre en valeur son seul vrai atout dans la vie : la taille de son sexe.

Et les Anglais, avec Party Animals, sur les coulisses de la chambre des Communes, font une description au scalpel des mœurs politiques anglaises.

Pour un scénariste français, avoir un tel choix à portée de télécommande, c’est à la fois enthousiasmant... et profondément déprimant quand vous vous remettez au travail le lendemain :

- un prof de l’éducation nationale deale du shit pour calmer ses élèves turbulents ? Non, ça va pas le faire.

- La lutte au couteau entre Martine Aubry et Ségolène Royal entre les deux élections présidentielles ?

- Un jeune député socialiste fraîchement élu à l’assemblée nationale se découvre de droite et échangiste?

- Un médecin soucieux de combler le trou de la sécu devient  tueur en série ? Non Il vaudrait mieux proposer Landru, surtout si c’est pour le service public.

Ce qui nous manque le plus finalement c'est un langage commun. Ici, créateurs et diffuseurs ne parlent pas la même langue.

Il nous faudrait pour commencer un mot... Un mot qui transformerait profondément le paysage et les mentalités... Un mot qui, quand on le prononcerait, évoquerait  à la fois le désir, la création, le mouvement, l'industrie, le professionnalisme... "Entertainment?"

Ca va beaucoup mieux depuis que je me dis que je fais de l'entertainment. Pas vous?
 

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