écrit le 04/12/2009 à 10:00
par Franck Beretta

HADOPI - Kassovitz : "A partir du moment où un film est amorti, il devrait devenir gratuit."

L'acteur, réalisateur et producteur Mathieu Kassovitz anti-hadopi lâche quelques bombes dans un entretien accordé à SVMmac. Pour lui, la loi Hadopi, "c'est une connerie." Il estime que le film devenu produit de consommation n'a plus de valeur marchande après son amortissement...

Dans une interview à SVM Mac, Mathieu Kassovitz nous prouve qu'il est un féru de nouvelles technologies. L'installation de Mac OS sur son PC n'a plus de secret pour lui, et son Iphone est "jailbreaké" (c'est à dire qu'il a retiré le système "Mac" pour pouvoir utiliser des fonctionnalités et des programmes non vendus par Apple, grâce à un logiciel pirate.)

Il s'exprime aussi largement sur la loi Hadopi qu'il considère être "une connerie".

"L’industrie s’est baisée depuis qu’elle est passée au numérique. Ils n'ont pas vu que le VHS et la cassette audio, c'était très bien. A l'époque, je copiais des VHS avec deux magnétoscopes. La qualité se dégradait à chaque copie, mais c'était acceptable puisque gratuit. Avec le numérique, l'industrie ne s’est pas projetée dans dix ans avec un internet dix fois plus rapide, des ordinateurs cent fois plus puissants et des DVD copiables en quelques minutes", explique Mathieu Kassovitz.

Hadopi est une connerie !

Mathieu Kassovitz raconte qu'il a discuté de la question avec des réalisateurs américains dont Steven Spielberg. L'industrie dépense des centaines de millions de dollars en pure perte afin de trouver des systèmes de protection parce que, selon lui,  "...des petits mecs de quatorze ans démonteront leur DRM en quelques minutes !"

Pointant du doigt l'obsolescence de la loi avant même sa sortie, le réalisateur précise qu'"Hadopi ne peut fonctionner, car le vrai piratage consiste à se refiler des disques durs remplis de vidéos ripées".

Avec le haut-débit, la consommation de films se fait maintenant la plupart du temps par streaming, c'est à dire en consultant la vidéo comme sur une plateforme Youtube ou Dailymotion, mais sur des serveurs pirates basés à l'étranger. Le spectateur n'a donc plus la copie du film en sa possession et la loi Hadopi n'est plus applicable... "La loi Hadopi devait servir de mesure éducative pour apprendre aux internautes à se détourner du peer-to-peer au profit de plateformes légales, rémunératrices pour la création. Pour le moment, c'est raté, et en beauté..." comme le rappelle Numerama.

Ajoutant sa voix au concert des anti-hadopi, MK estime que "ce ne sont pas les artistes qui en prennent plein la gueule. Ils perdent un peu, mais ils restent très bien payés". Sans doute le réalisateur parle-t-il pour lui...

Il assène: "L'Hadopi ne protège que l'industrie."...

Oui, d'ailleurs, qui pourrait-elle protéger d'autre ? Le consommateur ? Et de quoi ? De voir des navets comme Babylon A.D. par exemple ? Protéger l'industrie, c'est aussi protéger les gens qui travaillent pour elle. Tout un secteur audiovisuel qui subit deux crises : la crise économique d'une part (c'est encore plus vrai en télévision, avec 50% d'investissement en moins en 2009), et la crise du numérique qui risque de s'amplifier, à l'instar de ce qui se passe dans l'industrie du disque : -53% entre 2002 et 2008. La croissance faible du numérique légal (3%) ne compense pas la baisse des supports qui s'élève à 21%, soit une perte de 50 millions d'euros sur le premier semestre 2009. (Source : Snep).

Mais ce n'est pas la seule bombe lâchée par le réalisateur qui ajoute : "à partir du moment où un film est amorti, il devrait devenir gratuit". Selon lui, "au lieu de faire de la répression, on devrait améliorer l'offre et la rendre accessible à tous".

Se pose alors la question de l'amortissement. A quel moment un producteur peut-il décréter qu'un film est amorti, quand notamment tout une partie des créateurs, au premier plan desquels les scénaristes, sont payés également en pourcentages sur l'exploitation commerciale du film ?

Déclarer qu'un film doit être légalement téléchargeable et diffusable gratuitement, c'est facile. Mathieu Kassovitz n'aborde pas le versant patrimonial d'une oeuvre, ni ne se préoccupe des auteurs. Ces derniers sont les seuls à ne pas avoir de statut social, n'ont pas droit au chômage, ni aux formations conventionnées.

L'unique salaire du scénariste, c'est l'argent qu'il touche à la remise du scénario et ses droits sur l'exploitation commerciale du film, qu'il a souvent d'ailleurs bien du mal à récupérer auprès du producteur. La profession bruisse, en effet, d'histoires de scénaristes qui ont du réclamer des comptes d'exploitation pour établir leurs droits eux-mêmes, ou engager des experts-comptables pour prouver que les comptes étaient truqués à leur préjudice...

"Si tu fais un chef d'oeuvre, il sera piraté, mais le public ira quand même le voir en salle." selon le réalisateur. Pourtant rien n'est moins sûr. Si le public peut rester intéressé par une expérience en salle, il est peu probable qu'il se déplace pour voir un film dont il connait déjà le dénouement parce qu'il l'a téléchargé. Le spectateur réservera donc son argent à des films à grand spectacle, qui "méritent" l'expérience du grand écran, ou des films en 3D, dont par ailleurs Mathieu Kassovitz reconnaît qu'ils sont peu intéressants : «Je n’ai aucun intérêt à payer 8 euros pour voir des gens en 3D voler dans tous les sens» avait-il déclaré au quotidien 20min. Bien évidemment, compte tenu du large public attiré par les block-busters, il y aura toujours un volant de clientèle pour les salles, mais l'amortissement de grosses productions risque d'être rendu plus difficile, alors que c'est la course au plus gros budget en matière d'effets spéciaux. A l'autre bout de la chaîne, il y a fort à parier que bon nombre de films qui ne sont pas de l'ordre du spectacle visuel, boiront la tasse.

"En ce moment, les films ne sont plus que des produits de consommation (...) il ne s'agit que de fichiers que l'on copie, déplace ou supprime". Mathieu Kassovitz explique même en fin d'interview qu'il souhaiterait diffuser ses films gratuitement, et qu'il était "à deux doigts de le faire" sur Babylon A.D., où il était en conflit avec la production...

Voilà encore le mythe du "gratuit, c'est sur internet" entretenu par un professionnel de la profession. Un modèle économique de dupes, dont tout le monde revient. Nombre de quotidiens en ligne (et de sites comme nous) ont choisi par exemple de trouver un équilibre budgétaire entre l'info diffusée gratuitement et un modèle payant. Si le web permet l'émergence de nouveaux talents nés dans le système débrouille (cf Paranormal Activity, pourtant bien décevant...), il apparaît aussi comme un fossoyeur pour beaucoup de créateurs.

Chaque internaute derrière son écran n'a pas forcément conscience de l'enjeu quand il visionne un film piraté. Et sur ce point, la loi Hadopi n'a toujours pas réussi sa mission éducative.


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