écrit le 08/12/2009 à 12:00
par Christelle Dupays

SÉRIE - Services sacrés : TF1 n’a plus la foi !

Lancé jeudi dernier, le pilote de la nouvelle série de TF1, écrit par le goncourisé Didier Van Cauwelaert, n’aura convaincu ni la ménagère, ni les directeurs de la fiction. Rien de paranormal dans tout ça…

Elle, est une ancienne pilote de chasse. Lui, est évêque à Rome. Elle ne jure que par le rationnel. Lui sait que l’invisible existe. Tout les oppose. Mais, ils vont pourtant enquêter ensemble… Tananananana, tananananana, nana…  ça vous rappelle quelque chose ?

Et bien non ! Il ne s’agit pas de Mulder et Scully et de leurs X-Files. Mais d’Eve Catraz et (Adam !), pardon Frank de Kern, feus les nouveaux héros de Services Sacrés, série diffusée jeudi 3 décembre dernier sur TF1.

Une première et une dernière apparition qui n’aura donc guère convaincu, TF1 ayant même été détrônée pour la première fois ce soir-là par Envoyé Spécial, avec 20,8% de part de marché contre 20,7%.

 

L’évangile selon Didier

La bible de cette nouvelle série ainsi que le scénario de l’épisode pilote, revenaient pourtant à Didier van Cauwelaert. Grand prix de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre, Goncourt en 1994 pour Un aller simple, auteur prolixe de nombreux romans... La genèse s'annonçait donc bien.

Malheureusement, un scénario ne s’écrit pas comme un roman. C’est l’un des principaux écueils que n’a su éviter Didier van Cauwelaert. Trop de dit, pas assez de montré, de mises en situation, sont l’une des causes probables de l’échec de cet épisode à la dramaturgie faiblarde.

Le teaser, portant sur l’enlèvement d’une fillette aux talents « paranormaux » en dessin, par un vieil indien dans la ville était pourtant accrocheur. Si, si…
Même si, et j’ouvre ici une parenthèse, trop de musique tue l’effet. J’explique. Les premières images montrent une sympathique fête d’école, recouverte par une armada sonore angoissante. Ah ah… Tremble spectateur puisqu’on te dit qu’il va se passer quelque chose ! Puis arrive le vieil indien, qui se révélera être le père de la fillette, et hop, sortez les violons ! Ce personnage est donc un gentil… N’aie plus peur spectateur, même s’il enlève la petite, il ne lui fera pas de mal ! Et ainsi de suite, malheureusement, sur l’ensemble de l’épisode. Agaçant au possible.

 

La bonne parole
Mais revenons à notre scénario. Parce que c’est après le teaser que les choses se gâtent. Et que l’on entre dans les longues, longues, longues tirades d’explications…

Eve (interprétée par Valérie Decobert) prend la tête du Groupe d’intervention sur les phénomènes psychologiques, et bla et bla et bla… Au fait, une fillette n’a pas été enlevée en début d’épisode ? Ah si, on avait failli oublier ! Et elle l’a été par une voiture du Vatican. Direction Rome donc. A la rencontre du second protagoniste Franck De Kern (sous les traits de Bruno Slagmulder). Et c’est reparti pour un tour de présentation. Blabla, blabla, blabla… Le tout souvent autour d’une table… Et parfois, dans un élan d’originalité, dans une voiture… Bref, tout ça est loin d’être vivant.

Quant à Eve et Franck, ils ont beau être mignons et propres sur eux, ils ne sont guère attachants. Paradoxalement trop propres et trop mignons ! On n'entrevoit pas assez de failles, de matière, de passif auquel s’attacher. De doutes à exploiter. Lisses à souhait nos deux héros !

Il faut pourtant bien reconnaître une indéniable qualité à Services Sacrés : bien que bavards, les dialogues sont souvent excellents et intelligents. Emaillés de double sens et de jeux de mots… Si seulement on n'en perdait pas la moitié dans la bouche de Valérie Decobert, qui les débite au rythme d’une mitraillette !

 

Etudier, purifier, enterrer…
Entre, dixit Services Sacrés, la grande Muette (l’armée) et la grande Sourde (l’église), les papotages vont donc bon train. C’est que c’est de la survie de l’église que l’on cause… Ah oui et de temps en temps aussi, l’un des héros se rappelle qu’il y a une enfant à sauver !

Et voilà bien l’un des autres problèmes de cette série. Avoir placé l’enjeu dans un objectif virtuel, sauver l’église, et non humain, sauver l’enfant.
Car après tout, l’avenir de l’église, la ménagère, -et moi la première-, ça ne l’intéresse guère ! La foi, ses ennemis, les méchants-méchants chevaliers de Fatima et tout le tralala, j’avoue, ça me laisse froide. Théorie que tout ça ! Alors que ce qui arrive à cette gentille petite fille, je voudrais comprendre, m’attacher à elle… Avoir peur avec elle, pour elle.
Mais non, rien. Ou si peu… Tout ces détails qui peuvent, dans un roman, nourrir une histoire, desservent ici le film. Et c’est dommage.

 

Pas de miracle !
Au final donc que penser devant Services Sacrés ?

Que c’est malgré tout une belle tentative, dont les dialogues font souvent mouche, mais qui aurait gagné en simplicité dans la narration. (Et encore, je vous ai épargné les théories sur les savoirs magiques de la religion aztèque, ovnis et autres pensées mystiques sur l’exorcisme, tout ça fait beaucoup en 90 minutes !)

Que vouloir dire, c’est bien, mais savoir montrer c’est mieux ! D’accord, il s’agissait d’un épisode pilote, et qui dit pilote dit exposition, mais tout de même...

Et que ce n’est pas parce que les deux héros sont beaux, jeunes et séduisants que l’alchimie avec le spectateur va fonctionner…

TF1 l’a bien vite compris, qui annonce déjà arrêter les frais. A moins d’un miracle, pour Services Sacrés, la vérité est désormais ailleurs…

  • Services Sacrés, écrit par Didier Van Cauwelaert et Christel Noir, réalisé par Vincenzo Morano, produit par Loribel.

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