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CINÉMA - Les Rencontres Henri Langlois, place aux écoles
Depuis le 4 décembre et jusqu'au 12, Poitiers accueille les élèves des écoles de cinéma du monde entier, 40 films en compétition, 21 pays, 32 écoles, un zoom sur les écoles asiatiques et sur Rithy Pan, de quoi faire un tour du monde des savoir-faire.
Tour d'horizon en direct du festival.
Pitch : seul mot que tout le monde comprend quelle que soit sa nationalité
Réaliser un film de fin d'étude n'est qu'un début et ne vaut que s'il est porteur d'une promesse d'avenir. Promesse pressentie lors d'une présentation de projets appelé à tort "pitch", mais pitch, tout le monde comprend. Les réalisateurs de la compétition européenne et de la section française étaient invités à présenter leur projet en l'état sous les regards croisés de professionnels. 3 producteurs : Céline Maugis (La Vie est Belle Films et Associés), Justin Taurand (Les Films du Bélier), et Ludovic Henry (Les Films au Long court), et une scénariste, Marion Doussot. Difficile de mettre des mots et de montrer une certaine assurance sur des projets inaboutis, encore en chantier.
Le sujet est posé, développé, une trame narrative plus ou moins floue, parfois presque invisible, des personnages à la caractérisation balbutiante. Les auteurs de documentaires parlent de leur matière brute, des premiers contacts avec leur sujet, des repérages, des rencontres qu'ils ont déjà faites... une masse d'information qu'ils partagent avec passion, essayant de ne pas s'y noyer.
La surprise est venue de Damien John Harper, étudiant américain à la Hochschule für Fernsehen und Film (HFF) de Munich et déjà auteur d'un documentaire plutôt brillant : Mother of Exiles. On sent le jeune homme rompu à l'exercice, une leçon de pitch, à l'américaine. En 5 minutes tout est exposé et bouclé. Il joue sa présentation, parle clairement, accroche son auditoire.
L'exercice recommence le lendemain, cette fois-ci avec les jeunes de la région Poitou-Charentes. Face à eux Franck Vialle, producteur, scénariste et réalisateur, Pascal Pérennès (directeur Poitou-Charentes Cinéma), Michaël Salado (accueil des tournages) et François Luciani, scénariste et réalisateur. Les pitchs ont la maladresse des débutants, l'intention prenant souvent le pas sur l'histoire et donc sur le fondement du projet. S'installe alors une drôle de master-class de pitch improvisée, chacun partageant son expérience avec les jeunes pitcheurs. Un échange enrichissant pour chacun.

La compétition : 40 films, 32 écoles, 21 pays... Tout est dit !
40 films réunis, fiction, documentaire, animation, 32 écoles, de la FAMU de Pragues à l'EICTV de Cuba, en passant par la Fémis, l'école de Lodz (Pologne), la HFF de Munich, et l'Ecole de Cinéma d'Uruguay (ECU), un beau melting-pot plein de diversité.Le film de fin d'étude n'est pas seulement une démonstration du savoir-faire acquis, il est un champ de recherche, d'expérimentation, d'essai. Désir de bien faire chez les uns, nécessité chez les autres, envie pour tous.
Les auteurs de documentaire nous offre certainement les plus beaux moments de cinéma. Mother of Exiles de Damian John Harper, issu de la HFF de Munich: le réalisateur place sa caméra au coeur de la rue la plus commerçante de Chinatown et trace le portrait de 3 personnages : Delfino, l'immigré qui lutte pour obtenir la nationalité américaine, hésitant entre la facilité (s'engager dans l'armée) et la difficulté (apprendre par coeur les réponses à une liste de 100 questions sur l'identité américaine, sa culture, son histoire, ses symboles). John, petit propriétaire se démène avec la mairie pour obtenir un permis de construire qui lui permettrait d'agrandir son champ locatif. Quant à Vito, il vient de toucher le gros lot. Boire, fumer, rester ou partir, le choix est cornélien, autant s'acheter une télé...
Dans Der Die das, l'Importance des Petites Choses, Sophie Narr de la HFF Konrad Wolf, place sa caméra dans une salle de classe. Première année d'école et début d'un apprentissage qui prendra toute une vie. Au-delà des leçons, il y a la vie, l'introduction à la société, à l'autre, le tout à hauteur d'enfants.
Ces deux réalisateurs savent capter les choses de la vie, l'humanité qui transparaît dans la moindre des situations, jusqu'aux tous petits riens. Ils construisent leur récit avec une grande rigueur, donnent à voir sans s'immiscer, trouvent une juste distance avec le sujet. Deux documentaires d'une qualité rare.

Côté fiction, le panel est large. Le point commun est que la plupart des films nous offrent une belle qualité scénaristiques avec l'approche de différents genres : la comédie avec The Last Page de Kevin Acevedo (Etats-Unis) sur les déboires d'un écrivain qui tente d'écrire la dernière page de son roman, le thriller avec Blackwater de Konstantinos Frangopoulos (NFTS, Royaume-Uni), le film fantastique tendance horreur avec Infirmières inès de Christiane Lilge (Allemagne).

On peut toutefois regretter l'absence de recherche ou d'expérimentation narrative. Les règles dramaturgiques sont maîtrisées et sont, sans faire de généralité, respectées de façon parfois scolaire. Il y a bien quelques tentatives comme Away de Margot Shaap (Pays-Bas) : une jeune fille part pour ses études et doit quitter le domicile familial. Il ne se passe pas grand chose, juste une suite de moments insignifiants mais remplis d'émotion, de sensations. La structure narrative suit une courbe minimaliste, dessinée avec soin et précision, l'élément déclencheur est hors champ, le climax gommé, mais ça fonctionne et c'est déjà ça.

Les rencontres Henri Langlois est un lieu de partage, d'échanges, d'écoute. Un lieu de rencontre d'élèves d'écoles de cinéma venus du monde entier. Un haut lieu de diversité.
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