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FESTIVAL - Rencontres Henri Langlois : jury, palmarès et découvertes
Les rencontres Henri Langlois ont fermé leurs portes et le jury a délivré son palmarès. Petit bilan des dernières heures du festival, en toute subjectivité.
Choix de la programmation ou bien vraie tendance des jeunes réalisateurs, le portrait est à la mode. Je portraitise, tu portraitises, ils portraitisent pourrait être le leitmotiv de cette sélection. Un filmage très proche des visages et des corps, un traitement axé sur la psychologie plus que sur l'action, une condition sociale reléguée à l'arrière-plan... La jeune génération commence à s'émanciper du réalisme social en vogue ces dernières années pour s'ancrer dans l'humanisme. Parmi les derniers films en compétition, les portraits ne manquent pas, mais ils sont servis par des histoires, beaucoup d'histoires, souvent touchantes, desservis parfois par des choix de réalisation sans nuance. C'est le cas de Détour de Lawrence Tooley, coécrit avec Miriam Bliese, issus de la Deutsche Film und Fernsehenakademie de Berlin. Un agriculteur lituanien en voyage de groupe en Allemagne pour se renseigner sur les nouveaux tracteurs est oublié sur une aire d'autoroute. Seule solution : rentrer chez lui à pied. On n'est pas très loin de Une Histoire Vraie de David Lynch. Comme chez son illustre aîné, le parcours est rythmé par les rencontres, les paysages, la captation de l'errance. Malheureusement, le parti-pris de la réalisation fondé sur des plans fixes (parfois agrementés d'un pano), plombe le rythme et oublie le spectateur au bord du chemin.
Autre road-movie, un film suédois de la Dramastika Institut, Janna et Liv de Thérèse Ahlbeck, écrit par Olivia Demant. Janna et Liv sont deux femmes enceintes, aux caractères totalement opposés, dont les chemins se croisent dans la salle d'attente comble d'un cabinet médical. Le scénario, le rythme qu'il impose, la qualité de jeux des actrices impeccables, font de ce film un bon moment.

Jury et Palmarès
Le consensus est la règle, l'objectivité naît du nombre. Comme tout palmarès, il ne révèle pas grand chose sinon quelques évidences et déceptions. Le jury de cette année était composé de Nassim Amaouche, scénariste et réalisateur (Adieu Gary), de Laurence Briau, monteuse (tous les films d'Arnaud Desplechin dont Un Conte de Noël, Peau d'Ange de Vincent Perez), Claire Burger, réalisatrice et scénariste (Forbach, grand prix du festival de Clermont-Ferrand 2008, second prix de la Cinéfondation à Cannes 2008, Prix Spécial du Jury à Poitiers 2008...) Sebastien de Fonseca, producteur au sein de Red Star Cinéma, et Alain Bontarelli, producteur, distributeur Suisse.
Le Grand Prix est décerné à Anna de Runar Runarsson, réalisateur islandais qui achève avec cette oeuvre ses études à la Danske Filmskole. Runarsson dresse le portrait d'une fillette de 12 ans qui, au départ de son père, reste seule avec sa mère. Anna est le portrait d'une colère, d'une incompréhension face à la séparation des parents et au départ du père chéri, dont la mémoire est entretenue comme un mythe, à l'image de ce vieux bateau qu'elle tente de maintenir à flot. Le scénario très bien structuré, construit superbement l'évolution du personnage. La mise en scène toute en sobriété est brillante. Bref pas grand chose à redire. Le réalisateur n'en est pas à son coup d'essai, puisqu'il a déjà été sélectionné au festival de Cannes et aux Oscars. Son grand prix s'inscrit dans la longue liste des récompenses qu'il a déjà reçues.

Le Prix Spécial du jury est attribué au documentaire Birds get Vertigo too de Sarah Cunningham, jeune anglaise issue de la section Images de la FEMIS. Elle aussi nous propose un portrait, celui d'un couple d'artistes voltigeurs au sein d'un cirque. Le synopsis : Barnz et Shaena vivent ensemble dans un cirque ambulant. Barnz fait contrepoids pour Shaena qui voltige dans les airs. Chacun s'appuie sur l'autre, sur scène et dans la vie. Le spectacle est au point, mais parfois, même les oiseaux ont le vertige. Il n'y a guère que dans le synopsis que ce titre d'une beauté remarquable trouve une réponse. Nous pensons voir une approche humaine et psychologique de la voltige, on s'attend à des doutes, des appréhensions, des peurs qu'il faut dépasser pour ne pas mettre l'autre en danger. Mais cette problématique occupe en tout et pour tout 3 minutes du film, et encore. Autant dire qu'on se sent floué. Pourtant on ressent l'attachement de la réalisatrice à ses personnages, un lien qu'elle nous fait partager avec générosité. Le regard bienveillant qu'elle porte sur eux s'éteint petit à petit pour se laisser dépasser par la force de la beauté esthétique de ses images. Au final, ne reste qu'une belle intention, ce n'est déjà pas si mal.

Le Prix de la mise en scène est attribué à La Chanson des Enfants Morts de David Pablos issu du Centro de Capacitation Cinématografica (CCC) du mexique.
Le Prix du scénario est attribué à Roma, écrit et réalisé par Elisa Miller issue elle aussi du CCC du Mexique et déjà lauréate de la Palme d'or du court-métrage à Cannes en 2007 pour Ver Llover. Roma est une jeune fille voyageant clandestinement dans un train de marchandises qui s'arrête aux abords d'une usine de savon. Elle descend s'y réfugier. Là, quelques moments de solidarité l'aideront à poursuivre sa route. Une gêne certaine m'étreint à savoir que ce film a reçu le prix du scénario. Non pas que le film soit mauvais, mais le scénario est sûrement ce qui empêche le film d'être parfaitement abouti. Le principal défaut du scénario, et pas des moindres, réside dans la caractérisation du personnage principal. Une belle jeune femme qui émigre clandestinement, que cherche-t-elle ? Que veut-elle en descendant du train ? Simplement prendre une douche ? Jamais on ne sait pourquoi elle agit de la sorte. La seule chose qui crée l'empathie, c'est sa condition de "clandestine". On a alors la vague impression que la réalisatrice joue avec la compassion naturelle du spectateur. Restent de très belles séquences souvent dénuées d'émotion. Visuellement c'est réussi, mais un brin ennuyeux.

Deux films ont reçu une mention spéciale du jury : Suzanne de Julien Monfajon et Baptiste Janon (Institut des Arts et Diffusion de Louvain-La-Neuve) et Racines de Eileen Hofer (Université de Genève- Médias Unis).
Le Prix découverte de la Critique Française est décerné à un film d'animation : Never Drive a Car When You're Dead de Gregor Dashuber (HFF Konrad Wolf). Un film d'animation un peu fouilli mais plein de recherches et de fantaisie.

Le Prix du Public est attribué à The Last Page de Kevin Acevedo (Chapman University Dodge College of Film and Media Art - Etats-Unis), une comédie détonnante qui raconte les déboires d'un jeune écrivain qui tente par tous les moyens d'écrire la dernière page de son roman. C'est drôle, très drôle, cruel, burlesque, une comédie rythmée, enlevée, parfaitement maîtrisée. Ce que certains appellent, avec un peu de dédain, un film "de scénariste", à ceci près que le rythme de la réalisation suit parfaitement l'action sans trop en faire, ce qui n'est pas sans rappeler Mel Brooks, Barry Sonnenfeld ou, un peu plus loin de nous, Chaplin.

Quant au Prix du Jury étudiant, il revient à Elkland de Per Hanejford du Dramastika Institut de Suède, une sombre histoire de famille, sous forme de règlement de comptes.
Comme tout palmarès, il déçoit ceux qui n'ont pas participé au jury. Sur le coup, je n'ai pas compris l'absence au palmarès des documentaires Der Die Das de Sophie Narr et de Mother of Exiles de Damian John Harper, à qui j'aurais sans hésiter remis le prix du scénario. Pour un documentaire, ça aurait eu de l'allure, et aurait été amplement mérité. J'aurai peut-être même poussé le bouchon jusqu'à remettre une mention spéciale au scénariste de Blackwater, Ryan Baxter, qui a su me mener en bateau en mêlant intelligemment ironie dramatique et fausse piste, et à me surprendre par son twist final, brillamment préparé.
Ce festival mérite parfaitement le nom de Rencontres par la richesse des échanges qui se créent en son sein. Il y a un réel plaisir pour le spectateur à découvrir autant d'univers, de formes de narration, de réalisation, de montage... de tout ce qui compose un film. A voir les deux films mexicains primés, issus tous deux de la même école, on peut se demander si le défaut de l'école n'est pas le risque du formatage. Il y a entre ces deux oeuvres beaucoup de similitudes dans l'appréhension de l'histoire et la manière de mettre en scène : des plans longs, à l'image très travaillée, qui vire parfois à l'abstraction. Les écoles délivrent avant tout un savoir, après, tout est une question de culture, de goût mais surtout d'émancipation par rapport à l'acquis. Chez les artistes, l'inné reprendra le dessus, à un moment ou à un autre. C'est à cela qu'on reconnaît les artistes : à leur capacité à se détourner des règles pour se soumettre à la création d'une oeuvre originale et personnelle.
http://www.rihl.org/palmares2009.php
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