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AVATAR - Il était un petit Na'vi
Sorti sur 14461 écrans dans 106 pays, récoltant près de 160 millions de dollars en 5 jours, Avatar est d'ores et déjà un succès commercial. Mais le visionnage de l'œuvre, étape certes annexe dans un tel ballet de marketing, laisse frustré et même assez déçu, pour qui attend du cinéma un minimum d'humanité, de crédibilité, de capacité à explorer les mille et une facettes de l'âme humaine. Doit-on accepter une telle médiocrité d'histoire et de personnages au motif qu'on nous montre en 3D des images exceptionnelles? Scénaristes de métier, nous ne le pensons pas. Titanic du même Cameron ou La Guerre des Etoiles (épisodes 4 à 6, les premiers sortis) ont montré que grosse machine hollywoodienne et bonne tenue scénaristique pouvaient aller de pair. Raison de plus pour signaler quand la médiocrité est au rendez-vous. (lire également sur notre site la critique beaucoup plus élogieuse de Frank Beretta)
On ne croit vraiment à rien, on s'ennuie pas mal, on passe l'essentiel du film à imaginer la grande œuvre que cette grosse confiserie indigeste, fourrée à la crème aux bons sentiments et surtout mal cuisinée, aurait pu être... Avatar est un film involontairement bien nommé, un ersatz de film avec une pâle photocopie de photocopie de ce qui aurait pu être un scénario, si on s'était donné la peine de le confier à quelqu'un qui eût autre chose à faire que de régler des problèmes de 3D, d'informatique et de technique de tournage.
L'auteur de Terminator, D'Abyss et de Titanic a pourtant montré qu'il savait raconter une histoire, créer des personnages attachants, construire une solide progression dramatique. Mais ici, il s'est visiblement totalement investi dans les problèmes techniques - qui furent himalayesques - et a délaissé le scénario, sans avoir le courage de le confier à quelqu'un d'autre. Cameron est peut-être le "roi du monde" encensé par le Hollywood Reporter, mais sa royauté ne s'exerce que sur le territoire du box-office. Au plan du récit, on a affaire à un manant brouillon et pressé.
Le scénario d' Avatar souffre d'abord d'un gros problème de dispositif : la présence du héros sur la planète Pandora est virtuelle, puisqu'effectuée à travers le corps d'un Avatar qui n'est au fond qu'un robot. Jake, le véritable héros de chair et de sang (qui est paralysé des jambes) ne risque rien (contrairement à ses homologues de Matrix, qui subissent tous les dommages vécus par leur double virtuel). Si sa version Na'vi se faisait écrabouiller par un des nombreux para-dinosaures mutants qui parcourent le film, notre brave ex-marine se réveillerait et irait, sinon gambader, du moins vaquer à de nouvelles expériences. Le personnage censé être protagoniste ne peut donc se mouvoir dans l'univers dramatique créé par le film. C'est tellement un problème que Cameron consacre beaucoup de temps et d'énergie à gérer les aller-retours entre Jake et son avatar, et surtout la façon dont le méchant colonel peut (ou ne peut pas) agir sur le corps original, dont la localisation est à géométrie variable, abîme la crédibilité de tout l'édifice.
L'exposition de ce film beaucoup trop long est longue, et même après l'incident déclencheur (Jake, en version avatarisée, se perd dans la jungle de Pandora et est sauvé par la future héroïne indigène), on doit encore se taper cinquante minutes de documentaire sur Vivre à Pandora, certes truffées d'images en relief, magiques pour qui apprécie la lumière noire et les effets de phosphorescence nocturne, mais qui lassent assez vite dans leur vacuité dramaturgique.
Les personnages d'Avatar sont faibles, superficiels et/ou incohérents. Le héros, Jake, parcourt l'histoire comme dans un rêve éveillé, sans qu'on comprenne vraiment jamais ce qu'il ressent, à part dans la dernière partie où il bascule joyeusement du côté des Na'vis, sans le moindre regret pour son ancienne espèce. Celle-ci, il faut le dire, n'est véritablement incarnée que par deux abrutis méchants et monolithiques, un vendeur inculte prêt à tout (qui pourrait être le distributeur de Cameron?), et un colonel bobybuildé tout droit sorti d'une caricature de Rambo. Sigourney Weaver, vieille complice de Cameron depuis Alien 2, joue une savante écolo dont la réticence de départ n'est qu'un artifice scénaristique vite évaporé. L'héroïne du film, la belle Na'vi Neytiri, a de jolies incisives et une sacrée droite, mais ses aller-retours émotionnels vis-à-vis de Jake sont proprement risibles. Fille naturelle de Chimène, elle l'excommunie rageusement après qu'il ait contribué à la mort de son père (écrabouillé par l'arbre-famille détruit par les méchants humains), mais retombe instantanément amoureuse de lui lorsqu'il revient sur le dos d'une créature ailée mythique, avant le combat final. On est dans du western des années 40.

Mais le plus embêtant, c'est le propos, ou plus exactement la façon dont le propos affiché du film - une sorte de millefeuille d'écologie, chamanisme, humanisme, qui affirme que l'esprit et l'âme valent plus que la matière - est cruellement démenti par sa facture artistique : dans Avatar la technologie et l'informatique (la matière) écrasent joyeusement l'esprit (les personnages, le scénario, la vision du monde). C'est un peu comme tous ces films contre la guerre qui investissent l'essentiel de leur énergie dans la qualité des combats et l'excitation qui en résulte.
On est loin de la sauvage provocation de Starship Troopers, dans laquelle Paul Verhoeven trouvait plus d'humanité chez des insectes géants homicides que chez des humains beaux et droits; Avatar est un point de vue sur le monde habité des meilleurs sentiments, volontariste, propre sur lui, dont le meilleur effet possible est l'indifférence, plus probablement une perte de repère, puisque ce porte-avions boursouflé d'un discours culturel dominant, déguisé en manifeste de contre-culture et d'audace, rafle la mise dans le monde avec en prime le sourire des Gazettes. Mais certainement pas de la nôtre.
►►► Découvrez ici un point de vue tout à fait différent.
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