écrit le 29/12/2009 à 14:00
par Claude Scasso

DISPARITION - Dan O'Bannon (1946-2009) : Mort d'un scénariste de genre

Rares sont les scénaristes de films fantastiques qui sont parvenus à se faire un nom à l’ombre des grands réalisateurs du genre. Dan O’Bannon, l’auteur d’Alien, disparu peu avant Noël, était de ceux-là.

Ses débuts sont ceux d’un jeune fan de cinéma. Touche à tout, il s’initie aux effets spéciaux en autodidacte. En digne fan de 2001 : l’Odyssée de l’Espace, il s’acoquine avec un jeune étudiant en cinéma de l’UCLA pour qui il rédige un script impossible. Dark Star  raconte l’histoire de l’équipage d’un vaisseau spatial chargé de détruire des planètes avant qu’elles ne deviennent des supernovas et qui vont se retrouver confrontés à une menace étrange.
L’étudiant s’appelle John Carpenter et il définira lui-même ce film fauché mais réussi de « En attendant Godot dans l’espace ». En plus d’avoir écrit le script, Dan O’Bannon y interprète un des rôles principaux et en signe les nombreux effets spéciaux.
 
Mais surtout, Dark Star se présente comme le brouillon du film qui va marquer la carrière du scénariste : Alien, le 8ème passager.
Avec le recul, on pourrait se dire que cette histoire de grosse bébête extra-terrestre qui décime les passagers d’un vaisseau spatial n’a rien de très original. Mais en se resituant dans le contexte, on revoit tout ce que le projet avait d’original.
Nous sommes en 1979 et le cinéma fantastique n’a que depuis peu droit de citer auprès du grand public. Rosemary’s baby a ouvert la voie en 1968, L’Exorciste a terrorisé les foules en 1973 et La Malédiction a achevé d’établir le genre en 1976. Côté science-fiction, aucun film grand public n’a suivi la voie tracée par 2001 en 1968. Or, voici qu’Alien prétend confondre ces deux genres réputés antagonistes, l’horreur et l’anticipation.
Il fallait oser également présenter l’équipage du Nostromo comme des camionneurs de l’espace, parlant l’argot, discutant leur solde, des gens humains en somme, à mille lieues des pilotes de la NASA policés proposés par Kubrick.
 
La suite, on la connaît : Alien  va définitivement marquer l’histoire du cinéma et Dan O’Bannon continuera à être crédité aux meilleurs comme aux pires scénario de la série au titre de concepteur des personnages, en l’occurrence l’Alien et Ripley. 
 
Dan O’Bannon ne renouvellera évidemment pas ce coup d’éclat mais il va tout de même réussir d’autres tentatives intéressantes. Si Dead and Buried (Réincarnations) réalisé par Gary Sherman offre des raccourcis peu convaincants entre vaudou et psycho-killer, il propose au second plan un personnage facétieux de croque-morts ravi de la vague de crime qui s’abat sur sa ville. Tonnerre de Feu de John Badham remplit pleinement sa fonction de blockbuster avec pour héros improbable un hélicoptère silencieux. Lifeforce de Tobe Hooper est trop souvent cité pour la plastique nue de la jeune Mathilda May alors qu’il s’agissait surtout d’une tentative originale de transplanter le mythe des vampires dans l’espace – toutefois, le roman d’origine était bien supérieur au scénario d’O’Bannon. Total Recall de Paul Verhoeven réussissait pour sa part là où Blade Runner avait échoué : transformer en blockbuster un roman (une nouvelle) de Philip K. Dick.
 
Si d’autres films fantastiques mineurs ont émaillés la carrière de Dan O’Bannon, les fans du genre se souviendront enfin de sa seule tentative d’auteur-réalisateur, Le Retour des Morts-Vivants. Longtemps demeuré la propriété de George Romero, les morts-vivants venaient d’être remis au goût du jour par des cinéastes italiens. Dan O’Bannon prit tout le monde à contre-pied, délaissant la noirceur de Romero et la surenchère de gore de Lucio Fulci pour leur préférer un humour noir décapant. Ses morts-vivants sont doués de parole et ils ne se prive pas delancer la réplique qui tue avant de… dévorer leurs proies. On se souviendra longtemps de ce zombi qui, après avoir décimé une escouade de flics avec ses congénères, lance un appel au micro d’une voiture de police : « Bring more cops ».
 
Souffrant depuis une trentaine d’années de la maladie de Crohn, Dan O’Bannon est décédé à l’âge de 63 ans. Il ne verra jamais le nouveau volet d’Alien sur lequel il était en train de travailler, un prequel que devait réaliser Ridley Scott.

partenaires

Contactez-nous
Copyright 2009-2010 - Tous droits réservés