écrit le 03/01/2010 à 12:00
par La Rédaction

ECONOMIE - La crise ? Quelle crise ?

Aux Etats-Unis, les entreprises du secteur Media/Entertainement  - informatique, internet, musique, cinéma, TV - n'ont jamais réalisé autant de profits qu'en 2009. Même la musique et la presse, secteurs donnés comme moribonds en raison du piratage et de la profusion de sites d'information gratuits, ont vu leurs actions bondir cette année. Ce bilan dressé par le Hollywood Reporter ne concerne évidemment que les plus grosses entreprises, mais compte tenu du nombre de licenciements dans ces secteurs (en France comme aux Etats-Unis), et de la médiatisaton de la crise telle qu'elle nous est présentée depuis l'été 2007, on est en droit de s'interroger sérieusement. Quelqu'un s'est fait avoir, mais ce n'était visiblement pas les actionnaires des grandes entreprises de media... Voilà qui explique peut-être pourquoi lesdits medias ont tant parlé de la crise !

Dollars
La grande majorité du Top 50 des entreprises liées à l'entertainment ont vu leurs profits et le cours de leur action s'envoler, nous apprend le Hollywood Reporter, dans sa livraison du 1er janvier. Les penny stocks, ces valeurs ultra-spéculatives dont le cours de base de l'action est très bas, sont à l'honneur : Sirius, opérateur de radios numériques par satellite (125 radios, 25 chaînes de TV locales) a vu son action grimper de 400% en 2009. Netflix, star de la VOD en ligne ou par courrier, a grimpé de 84%. Les valeurs plus traditionnelles ne sont pas en reste : + 102% pour Google, et + 147% pour Apple (grâce à l'iPhone).

On pourrait croire que c'est l'audace et l'initiative technologique qui sont rémunérées par le marché. Erreur : Belo Media (créé en 1846 au Texas, depuis 20 ans opérateur de chaînes câblées) a par exemple gagné 275% et Entercom (115 radios dans 23 villes des USA) a engrangé + 475%. Les analystes financiers peinent visiblement à dégager une tendance qui permettrait de catégoriser cette hausse vertigineuse. A l'examen, dans le top 50 des entreprises du secteur, seules quelques-unes (Crown Media, Blockbuster et Cumulus) ont vu leur cours baisser, et pour des raisons liées aux entreprises concernées et non au marché.

Même la musique a permis aux actionnaires de faire de bonnes affaires : Warner Music, donné comme mort au pic de la crise de 2008, a gagné 87% en 2009. Les grandes entreprises de presse, régulièrement considérées comme agonisantes vu la profusion de sites d'information gratuits, ont suivi la tendance générale de l'année : + 77% pour CBS (ex-Viacom), + 69% pour News Corp (dont Rupert Murdoch est le patron, et Jose Maria Aznar, ex premier ministre espagnol, le Président) et + 44% pour Disney.

Rappelons que la moyenne du profit des 500 plus grosses entreprises américaines, tous secteurs confondus (S & P 500), a été de 24% en 2009.

Selon le Hollywood Reporter, la tendance lourde qui se dégage pour 2010, au niveau des attentes du marché, fera plaisir à James Cameron, puisqu'elle se résume ainsi : " les consommateurs veulent de la 3D". Un analyste cité par l'hebdomadaire parle d'une augmentation de 2% sur la fréquentation des salles 3D, et 6% d'augmentation du prix des tickets dans toutes les salles, qui permettra de battre en 2010 le record déjà battu en 2009 (+ 8%). La 3D a représenté environ 1 milliard de dollars des recettes du box-office US, soit 9% de pdm, qui pourrait grimper à 20% en 2010. Il y a eu une augmentation de 150% du nombre de salles équipées en 3D en 2009, ajoute le journal.
Le secteur qui a connu des perfomances inférieures à la moyenne du marché, curieusement, est celui du jeu video, avec des croissances limitées - si on ose dire - à une fourchette de 10 à 33%. Le Reporter pense que ce secteur sera largement en croissance en 2010.

Même si les analystes cités par le journal parlent de reprise "fragile", on ne peut s'empêcher de mettre ces résultats mirifiques en parallèle avec les déclarations des uns et des autres (défenseurs et adversaires du capitalisme le plus sauvage) en 2007-2008 : n'en déplaise aux uns, le capitalisme ne s'est pas du tout moralisé; hélas pour les autres, il ne s'est pas non plus du tout fragilisé. Il se contente d'engranger.


 


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