Après la récente débandade de Services Sacrés, TF1 proposait hier soir, jeudi 7 janvier, un nouveau pilote, prologue à une série : Affaires Etrangères. Et ces Affaires Etrangères là se laissent regarder avec plaisir.
Sur le papier, l’idée est séduisante. Un flic rebelle et solitaire, Bernard Yerlès, - qui après Mes amis, mes amours, mes emmerdes, a décidément le vent en poupe-, est chargé de récupérer dans le monde entier des fugitifs qui ont commis un crime ou un délit sur le sol français.
A chaque nouvel épisode : nouvelle enquête, nouveau pays et nouveaux partenaires de jeu. Promesse de dépaysement assurée donc pour la ménagère de moins de cinquante ans et les autres… Et à l’écran, ça marche plutôt pas mal, il faut bien l’avouer !
Pour cette première enquête, voici donc notre héros David Mercier (et sa super panoplie de super héros, chemise et mèche au vent, écharpe et collier autour du cou, mauvaise foi et répliques cinglantes en bandoulière), parachuté en République Dominicaine afin de mettre la main sur un homme qui a tué sa comptable pour masquer un important détournement d’argent.
Passons d’ailleurs sur l’enquête, des plus classiques, et plutôt bien menée, avec son lot de rebondissements, parfois un peu téléphonés - mais sans que cela soit finalement si dérangeant que ça -, pour nous concentrer sur ce qui fait le charme de cette promesse faite au téléspectateurs : la rencontre.
Voyage, voyage…
Celle d’un nouveau pays à chaque épisode d’abord. Et en cela Affaires Etrangères, peut d’ailleurs rappeler une série créée sur TF1 en 1995, Passeurs d’enfants, dans laquelle, Pierre Arditi, le héros parcourait le monde à la recherche d’enfants enlevés lors de cas de divorces. Images splendides assurées.
Ce qui ne suffit pas à faire un film. Et c’est là qu’intervient le talent des scénaristes d’Affaires Etrangères. Bien plus qu’un pays, qu’une image carte postale sur papier glacé, Sergio Gobbi et Marc Quentin nous emmènent à la rencontre d’une culture, et surtout de personnages. Tous bien campés. Travaillés et donc séduisants. Surtout dans les détails. Si David Mercier est un héros râleur, légèrement perso, et surtout pas diplomate, on découvre vite que c’est un gros tendre qui carbure… au jus de carotte.
Son principal acolyte sur cette enquête, Stéphane Boucher, dans le rôle de Nicolas Duval, est lui un vieux flic ronchon, à six mois de la retraite. Respectueux de la hiérarchie, il ne veut surtout pas d’emmerdes. Il prendra pourtant des risques pour épauler son nouveau coéquipier. Chaque personnage se voit ainsi attribuer une ligne de progression. Et la suit. La caricature n’est pas évitée à chaque fois. Ainsi la « femme du méchant », Claire Lecuyer, campée par Sonia Rolland (ex-miss France à la plastique impeccable) est à deux doigts d’être horripilante de naïveté, le flic aux moustaches et à l’accent local n’est pas sans rappeler le « Mexicain basané » chanté par Marcel Amont, mais au delà cet écueil, chacun de ces héros, avec ses travers, ses zig et ses zags est avant tout humain.
Paroles, paroles…
Autre point, il semble d’ailleurs que cela soit un vrai travers des séries françaises, Affaires Etrangères a trop souvent tendance à sur-expliquer, et légèrement survendre les choses. Ce que l’on voit dans les situations, nous est en plus rapporté dans les dialogues. Ici les scénaristes emploient néanmoins un subterfuge plus subtil qu’à l’habituel, en faisant passer ce surplus d’informations par le biais d’échanges multimédias avec sa collègue, Mozart de l’informatique restée à Paris.
David Mercier - et c’est énervant ! - ne lâche jamais son i-phone. Et il communique David, il communique. Avec sa collègue donc, mais aussi sa supérieure, son coéquipier occasionnel, madame l’ambassadeur, le flic moustachu, le flic traître, la jolie Claire, une prostituée qui en sait trop… Mieux vaut plus que pas assez !
Une maxime qui ne s’applique pas en matière de personnages. Dans Affaires Etrangères, les seconds rôles sont nombreux, très nombreux, trop nombreux ! Ce qui amène parfois à se mélanger un peu les pinceaux si l’on ne suit pas attentivement l’épisode de bout en bout. Voilà l’un des derniers bémols (facilement) corrigeable pour la suite des aventures d’Affaires Etrangères.
Car oui, David Mercier, le beau râleur, est attachant. Et donnerait presque envie de le suivre au bout du monde. Le temps au moins de quelques nouveaux épisodes de cette série plutôt prometteuse. D’ailleurs, plus de 7,5 millions de spectateurs (29,3 % de PDA) ont tenté l’aventure hier soir.
Affaires Etrangères, écrit par Sercio Gobbi et Marc Quentin.
Réalisé par Vincenzo Marano.
Avec Bernard Yerlès, Stéphane Boucher, Sonia Rolland.