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WEB-SÉRIE - On craque pour le "Visiteur du Futur"
François Descraques lance, en avril 2009, une web-série qui s'appelle "Le Visiteur du Futur". Le pitch ? Un visiteur (du futur, donc), à moitié amoché (on ne sait pas trop par quoi) débarque à l'improviste dans la vie de Raph pour la lui pourrir systématiquement à coups de : "Ne fais pas ceci car sinon, voilà ce qui va se passer..."
Le but : s'amuser, sans autre ambition. Faire quelque chose de propre dont ils (lui et son équipe) pouvaient être fiers. Une envie vraie. Une envie pure, quoi. C'est drôle, c'est décalé à souhait, c'est redoutablement efficace.
Dont acte : nous, on a craqué pour Descraques.
Silence, on tourne
J'ai rendez-vous avec toute l'équipe pour assister au tournage du prochain épisode. Dans l'appartement de François (ou : comment faire une excellente série avec quatre francs cinquante-cinq). Malheureusement, d'importantes responsabilités m'empêchent d'arriver à l'heure (j'étais en train de battre mon record à Super Mario V), et donc, j'ai loupé le tournage. D'où l'explication de ces quelques clichés ésotériques au lieu du sublime making-off que je comptais faire, voir ci-dessous, râlez pas, j'aurai pu faire pire.

Du rosé, des chips et des potes nom de Dieu !
Reste que là, donc, on en est à l'apéro, et je sens que je vais devoir me sacrifier encore une fois. Je goûte au produit de l'année 2009 (un genre de thé froid façon Fruité pomme-cassis) (mais sans pomme ni cassis) (et sans thé) (mais avec une curieuse moisissure au fond du verre) (on dirait du Malabar, mais mâché, au niveau du goût) (d'ailleurs, "oh il était là, j'le cherchais partout !", m'avouera l'ingé-son après l'interview avant de se le recarrer dans les gencives) puis j'attaque les Côtes d'Anjou et je commence l'interview.
Je sens que ça va être chouette, parce qu'ici, il règne une vraie ambiance de camaraderie.
"Vraie" n'est pas un vain mot. Et d'abord, parce que c'est ça, le secret du "Visiteur" : un vrai noyau dur.
"Il y a Raphaël Descraques, le frère de François, qui joue le rôle de “Raph”." - et qui répond avec beaucoup de mal à un texto au moment où il me le présente. "Dans le rôle du “Visiteur du Futur”, comédien au Conservatoire National et en plus de ça mon ami d'enfance, il y a Florent Dorin.” - rien à voir avec Françoise Dorin, même si sa mère s'appelle Françoise, ça s'invente pas, allez, reprends donc une petite noix de cajou. "Et puis Anaïs Vachez, assistante-réal et femme de terrain." (comprenez "régisseuse-décoratrice-photographe-serveuse-d'apéro"), toute en discrétion et en efficacité.
Un meilleur pote, un frère, une fiancée, on peut difficilement appeler ça autrement qu'un noyau dur. Et pourtant, l'ouverture est quand même de mise : Didier Luton, l'ingé-son, lui, les a rejoint un peu plus tard, comme d'autres, se proposant bénévolement après avoir visionné - et adoré - le "Visiteur". C'est l'effet web-fiction : le public est en relation on ne peut plus directe et immédiate avec l'équipe de tournage.

Se faire plaisir avant tout
"Sur mon premier blog, m'explique François, avant le “Visiteur”, je décide de créer une petite web-TV - à moindre niveau. C'est Frenchnerd. Là, je m'oblige à poster deux vidéos par semaine, seul ou avec des amis. J'expérimente différents concepts, puis j'en fais la promo sur Facebook et sur des forums. Des fois, j'avais 2000 vues, j'étais content, mais c'était quand même tout petit. Le premier buzz réel est arrivé avec un détournement de “Dragon Ball”. Dès lors, on a arrêté de se poser la question du “qu'est-ce qui marche”. On a compris qu'il ne fallait pas chercher à faire des vues, mais juste se faire plaisir. Et ça s'est vérifié. Plus ce qu'on faisait nous avait fait kiffer, plus on était fier de le montrer, plus les gens le recevaient comme tel et plus les vues augmentaient. Lorsqu'on a créé “Le Visiteur”, on était sur cette idée-là. Et ça a marché : aujourd'hui, on compte environ 40 000 visiteurs par épisode (environ 1 000 000 de vues au total) et ça augmente encore."

Le public du "Visiteur"
"Le “Visiteur” est une parodie des codes de la science-fiction. De fait, la série est aussi bien suivie par les fans de sci-fi que par un public qui est là juste pour se marrer. Reste que le public de science-fiction est très difficile, très attentif. Ils regardent les épisodes plusieurs fois pour tenter d'en démontrer les faiblesses. L'autre jour, un d'entre-eux m'a écrit : “ton scénario est risible.” Je lui ai répondu : “J'espère bien : c'est le but !” Sinon, on sait, puisqu'on est en contact direct avec lui, que l'âge de notre public est très large. Il suffit juste de partager notre humour et nos références. Et ça, ça nous fait très plaisir. Aujourd'hui, les web-séries ne sont plus réservées aux geeks. De toutes façons, maintenant, tout le monde est un peu geek..."
Format court
"Pour un mec qui se destine à être scénariste et réalisateur, j'ai bien évidemment dans un coin de la tête l'envie de faire du long. Avec le “Visiteur”, si j'ai choisi de faire du format court, c'est parce que je me suis aperçu que c'était plus efficace. Plus tu fais long, plus tu dilues ton énergie et talent. Il existe trois épisodes de 40 minutes avec les mêmes comédiens que le "Visiteur" que personne ne verra jamais... Mais ça nous a servi : on s'est rendu-compte qu'il fallait ramasser, condenser, parler d'une seule chose et le faire bien, ce qui est loin d'être évident. Le format court, c'est moins un truc générationnel qu'une méthode pour apprendre dans l'ordre."
"En plus, c'est limite obligatoire sur le net, complète Didier, l'ingé-son. Quand on clique sur une vidéo, si on voit que la durée est importante, on peut être vite découragé."
"C'est davantage dû au fait que quand tu es devant un ordinateur, tu n'es pas censé faire que ça : tu réponds à tes mails, tu tchates, tu travailles, modère François. Il n'y a donc pas la même attention que quand tu es dans ton salon à regarder une série. Mais je pense que ceci est déjà en train d'évoluer..."
La génèse
"Raphaël Descraques, mon frère, et Florent Dorin sont vraiment à l'origine du projet avec moi. Un jour, j'ai appelé Florent et je lui ai dit : “Viens chez moi, on va réfléchir sur une idée de web-série dans laquelle j'aimerai que tu joues.” On a parlé toute l'après-midi et est sorti de là un concept très très compliqué, très SF, vraiment pointu. L'idée venait du buzz du moment, “The best job in the world”, un concours international sur le thème “vous pouvez avoir le meilleur job du monde en étant gardien d'une île paradisiaque en Australie”. On s'est dit que ça serait drôle de transposer ça. Et puis, au fur et à mesure, on a simplifié. Et on a gardé que ce qui nous faisait vraiment rire : un mec débarque du futur, dit de la merde et repart. Et ça, sans qu'aucun des protagonistes ne s'interroge sur sa présence ou son apparition/disparition. On s'est dit que les spectateurs avaient déjà intégré les codes de la SF, et qu'on allait pas s'embêter à les leur rappeler."
François écrit les trois premiers épisodes, tourne trois semaines plus tard (actuellement, la vitesse de croisière est d'un épisode en une après-midi) avec pour seule contrainte : un décor unique.
Et de la rigueur : "Tant que tout le monde n'est pas content, on continue de tourner, affirme François. Idem, une fois qu'on s'est mis d'accord sur le texte écrit, plus rien ne bouge : il n'y a pas d'improvisation."

La méthode Descraques
Même si rien ne bouge, Florent, Raphaël et les autres comédiens n'hésitent pas à proposer des idées, que François note avec attention, même s'il ne prend pas tout. Mais l'écoute et le respect mutuels est une des conditions de la réussite de l'entreprise Descraques.
"En tant que comédiens, on s'est sentis tout de suite très impliqués, explique Raph. On n'attendait pas sagement de recevoir nos textes, on avait envie de participer, on ne se cantonnait pas à notre seul rôle d'acteur."
Raphaël lui a ainsi envoyé environ 453 245 textos de suggestions.
A peu près. Idem pour Florent.
François balance les premiers épisodes sur le net : "Le jour où j'ai compris, grâce aux retours des spectateurs, que les personnages étaient attachants, j'ai alors réalisé qu'on pouvait faire une bonne web-série."
Le futur du "Visiteur"
Et c'est un fait : le "Visiteur" est un succès mérité. L'équipe est donc archi-sollicitée. Mais si François examine les différentes propositions, il ne voudrait signer qu'avec quelqu'un qui comprenne le projet.
Ou pas : "Aujourd'hui, j'ai suffisamment confiance en cette aventure et en la réponse des fans pour ne pas accepter n'importe quoi. Quitte à conclure que “Le Visiteur” n'a pas vocation à être diffusé sur un autre média."
Tout ce qu'on souhaite à François et son équipe, c'est de rester longtemps aussi sincère.
Notre conseil : ne manquez PAS le "Visiteur du Futur", car SINON, voilà ce qui risque de se passer...
Ce dimanche 10 janvier au soir, sortie d'un nouvel épisode du "Visiteur du Futur". C'est le début de la fin !
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