écrit le 15/01/2010 à 10:00
par Christelle Dupays

CINÉMA - Une vie toute neuve de Ounie Lecomte

Ce film franco-coréen écrit et réalisé par Ounie Lecomte, s’impose comme un formidable témoignage sur l’adoption, l’enfance et l’espoir. Sensible. Et incontournable.

1975. Corée. La petite Jinhee (magnifique Kim Sae Ron) a 9 ans. Avec son père, insouciante elle parcourt les rues de Séoul à vélo. Un restaurant. Une nouvelle robe. De nouvelles chaussures. Puis le bus, l’achat d’un gâteau et l’arrivée dans un étrange bâtiment en pleine campagne. Deux religieuses, des dizaines de petites filles, ombres enfantines, toutes semblables les unes aux autres, dans leur démarche, leur coupe de cheveux, leur regard…

Voilà Jinhee abandonnée là. Déposée, comme un paquet. Sans explication aucune. Ni pour elle, ni pour nous, touchés derrière notre écran, par le désarroi de cette gamine. Elle en est sûre Jonhee, son père va revenir. Et même si on se surprend à l’espérer nous aussi, nous savons bien que non… Et c’est cruel.
 
 
Une petite fille modèle
Jinhee entre alors en résistance. Elle n’en veut pas de cette vie toute neuve ! Ne pas ressembler aux autres, ne pas perdre cette envie de liberté qui la constitue. Alors elle lutte. Avec ses armes de petite fille. Refuse de communiquer, de manger. Tente de s’échapper. Mais rien n’y fait. Peu à peu, implacablement elle est assimilée, comme « digérée » par cet endroit.
Au fil des jours, entre les messes du dimanche et longues soirées d’internat à tenter de découvrir l’avenir dans les cartes, Jinhee se fait une amie. Sookhee (Park Do yeon). Une « grande » fille de 11 ans. Qui fait tout pour ne surtout pas le paraître. Qui fait tout pour se « vendre ». Formidable séquence que celle de l’arrivée de ce couple d’américains en mal d’enfant à la recherche de la petite fille parfaite.
 
Là où Jinhee n’a pas encore passé le cap d’accepter d’être adoptée, Sookhee s’emploie à séduire, à parler anglais, à promettre d’être sage, de travailler, de devenir médecin… Tout pour ne surtout pas finir dans cet internat. Les cartes lui ont dit d’ailleurs, c’est de l’autre côté de l’océan qu’elle grandira. Alors Sookhee part. Brise leur serment d’amitié. Elle saisit sa chance d’une vie ailleurs. Ce qu’elle deviendra en grandissant, le film ne le dira jamais. Pas plus, et c’est bien mieux !, qu’il ne donnera d’explication sur l’avenir de ces autres petites filles adoptées, ni sur les raisons de leur abandon d’ailleurs.
 
 
Racines
Jinhee, elle, est donc à nouveau seule. Et en colère. La danse des longues journées d’ennui, des repas, des messes, des chants de départ se remet en route, inlassablement…
Jinhee elle n’a plus qu’une idée en tête. S’enraciner (littéralement !).
Comme pour cet oisillon qu’elle n’a pu sauver et qu’elle a enterré, Jinhee creuse. Un trou. Une tombe. Celle de son enfance. De la petite fille qu’elle fut. Avant. Elle s’y glisse, se recouvre de terre, totalement. Attend. Attend… Et puis finalement, dans un souffle, elle respire ! Une longue inspiration… Et parce qu’il n’est pas si facile que ça de mourir quand on a 9 ans, Jinhee se relève. Dépose une petite croix de bois sur cette tombe où elle laisse son désespoir. Elle est prête cette fois pour sa vie toute neuve…
 
Toute la force de l’écriture et de la réalisation de Ounie Lecomte, qui s’est inspirée de sa propre histoire, est bien là. Dans cet évitement constant du pathos. Dans ces images, toutes simples, qui naissent derrière le regard pudique de sa caméra. Dans ces non-dits. Ces séquences sans paroles. Cette douleur mêlée d’espoir indicible. Une vie toute neuve, ou la promesse d’un film bouleversant…
 

TAGS : LECOMTE , CORÉE
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