Ex: France Télévisions | Guilde | Cannes | Formation
CINÉMA - Une petite zone de turbulence : une comédie à l'encre noire de l'humour british
Après Embrassez qui Vous Voudrez, Michel Blanc adapte une nouvelle fois un roman anglais, cette fois son dévolu s'est jeté sur Spot of Bother de Mark Haddon. On y retrouve le ton ironique et cynique, l'humour "so british" qu'il affectionne, mais le résultat est de qualité inégale.
Jean-Paul est en préretraite, et on ne peut pas dire que ça l'enchante : son meilleur ami vient de mourir (et il s'en fout), sa fille s'apprête à épouser un homme qui n'est pas de son goût (un brave gars surnommé "Bac moins 6" par son futur beau-frère), et son fils est homo. Ce qui n'est pas un problème en soi, excepté pour lui. Il faut rajouter à cela, l'apparition d'une plaque d'eczéma nébulaire que Jean-Paul, carrément hypocondriaque, va prendre pour une tumeur cancéreuse de la peau. Et cerise sur un gâteau déjà bien riche, il découvre que sa femme le trompe. En résumé, tout va mal, la névrose enfle, tout le monde veut sa peau, même lui.

Un premier rôle et des figurants
Le film s'ouvre sur Jean-Paul, brave homme qui se construit un petit abri à lui, sur une île au milieu de l'étang de sa propriété. Il a un air plutôt serein, mais les quelques réflexions à l'encontre de ses enfants laissent présager un mauvais virage dont on attend le paiement. Passées les quinze premières minutes, plutôt savoureuses, le scénario s'enlise petit à petit. La structure se fait des plus classiques : tous les conflits sont exposés et chacun est résolu l'un après l'autre, sans aucune surprise.
Ce qui fait défaut au scénario, c'est la caractérisation des personnages : Anne, sa femme, est lisse, trop lisse, jamais elle ne quitte son costume de bourgeoise étriquée. Cathie, la fille (surjouée par Mélanie Doutey) est une jeune bourgeoise, paumée dans sa vie et en passe d'épouser un videur de boîte de nuit légèrement beauf sur les bords (mais il fait le ménage !) Mathieu (Cyril Descours, trop tendre), le fils homo, ne sort jamais du carcan dans lequel il est gentiment enfermé. Seul le personnage de Jean-Paul est caractérisé à la perfection. A lui les conflits les plus aboutis, les dialogues cinglants et écrits au scalpel, comme si Michel Blanc tirait toute la couverture à lui. Et ça se voit ! En face de lui, personne ne fait le poids. On a la vague impression de voir une V.2 d'un scénario où tout est perfectible.

Reste les dialogues
Rendons à Michel Blanc ce qui lui appartient, l'homme est un grand dialoguiste, il suffit de voir les petites phrases qu'il distille ça et là, et qui à elles seules maintiennent le rythme de l'histoire. Finalement on perd de vue les conflits, les objectifs et les enjeux, et on attend le bon mot. La plupart du temps il arrive par Michel Blanc, dans la bouche de Michel Blanc, on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même ! L'acteur-scénariste se taille un costard sur mesure, 3 pièces et sans faux-pli sur tous les registres : le comique de situation grinçant, le cynisme, l'ironie dramatico-comique, le mot d'auteur... Il balaye large et ça marche.
Dommage que le scénario ne fasse pas preuve de la même rigueur et de la même originalité.

La responsabilité à tort partagé
Le réalisateur prend aussi sa part de responsabilité : sa caméra est trop fluide, son montage n'est pas assez sec, aucune originalité dans le casting, ni dans la mise en scène. Tout cela est très convenu, un peu lisse. Ce qui promettait une comédie grinçante à la française, se révèle devenir une comédie bourgeoise, sans rythme et sans originalité, mise à part deux ou trois séquences qui nous font regretter l'absence de rigueur générale.
Contactez-nous
Copyright 2009-2010 - Tous droits réservés