écrit le 25/01/2010 à 18:00
par Xavier Steenman

ANIMATION - PIXAR, l'animation au service du scénario

Pixar est un nom qui fait rêver dans le domaine du film d’animation et même au-delà… La société basée à San-Francisco (au cœur de la Silicon Valley) est en effet la plus grande réussite audiovisuelle des deux dernières décennies.


 

Dans les faits, toutes les dernières productions de Pixar se sont transformées en cartons internationaux : de Toy-Story à Là-Haut, en passant par 1001 Pattes, Monstres & Compagnie, Le monde de Nemo, Les Indestructibles, Cars, Ratatouille ou Wall-E… Désormais, chaque année, le public attend « le dernier Pixar », comme à l’époque l’on pouvait attendre « le dernier Disney ». Le champion de San-Francisco a remplacé celui de Los-Angeles, la 3D a éclipsé l’animation traditionnelle.

Créé en 1985 par le patron d’Apple – le très médiatique Steve Jobs – Pixar s’est, dès ses débuts, spécialisé dans l’animation en images de synthèse, se démarquant des productions de l’époque. Car depuis « Steamboat Willie » (le premier « vrai » dessin animé), qui mettait d’ailleurs en scène Mickey, l’animation était « traditionnelle ». C’est-à-dire que chaque image était dessinée à la main, avant que ces dernières ne soient mis bout à bout pour créer l’illusion du mouvement. Après des années de R&D, Pixar a donc révolutionné cette approche en utilisant l’outil informatique. Le dessinateur a commencé à travailler sur ordinateur et le mouvement est devenu le résultat d’algorithmes très poussés…

 

De 7 à 77 ans...

 

Mais, indépendamment du côté révolutionnaire de la technique utilisée, l’approche dramaturgique a aussi joué un rôle essentiel dans l’incontestable réussite commerciale et critique de Pixar… Jusqu’à Toy-Story, les films d’animation s’adressaient clairement aux enfants (à l’exception de certaines productions manga et de rares films d’auteurs, passant inaperçus auprès du grand public). Les « dessins animés » véhiculaient une image vieillotte, utilisant des recettes éculées (scènes musicales, personnages manichéens) et basées sur une dramaturgie simpliste. Disney, régnait en maître sur cet univers, piochant dans le patrimoine culturel occidental l’essentiel de ses histoires (Merlin l’enchanteur, Blanche-Neige…). Mais Pixar a révolutionné cette approche du marché. En effet, l’entreprise de San-Francisco a délibérément choisi de s’adresser à un public plus large, en prenant le pari de changer les mentalités en produisant des films plus modernes, plus inattendus, plus risqués, avec plusieurs niveaux de lecture… et donc susceptibles d’attirer en salles aussi bien les jeunes trentenaires ou les retraités que les familles. Et ce calcul s’est immédiatement avéré payant.

Pour réussir le tour de force de changer l’image désuète de l’animation, Pixar s’est bien sûr appuyé sur une incontestable maitrise technique de la 3D mais aussi sur des scénarios particulièrement aboutis.

Il faut dire que chaque scénario est développé durant trois ans et demi en moyenne et que plusieurs auteurs donnent leurs avis, retravaillent, réécrivent, critiquent, sans même parfois être crédités pour leur apport. On peut néanmoins distinguer un noyau dur composé de John Lasseter (l’homme aux 300 chemises hawaïennes, figure de proue de la compagnie et réalisateur de Toy-Story, 1001 pattes ou Cars), Andrew Stanton, à qui l’on doit le Monde de Nemo et Wall-E, Pete Doctor, réalisateur de Monstres & Cie et de Là-haut, Bob Peterson, co-réalisateur de Là-haut, Lee Unkrich, scénariste de Toy Story 2 ou encore Brad Bird, auteur des Indestructibles et de Ratatouille… C’est un petit groupe de créatifs polyvalents qui maitrisent parfaitement les contraintes et les potentialités de la production d’un film en images de synthèse. Avec eux, Pixar a adopté le fonctionnement des studios hollywoodiens des années 40 quand scénaristes, réalisateurs et techniciens partageaient le même lieu de travail et passaient indifféremment d’un tournage à un autre.

Autre exception made in Pixar : 100 % des idées développées arrivent sur les écrans. Cela prend le temps qu’il faut en réécriture, travail collégial, sessions de brain-storming, durée de développement mais aucune idée ne court le risque de finir au fond d’une poubelle… Le perfectionnisme synergique des différents talents de Pixar permet donc de particulièrement soigner l’écriture des projets du groupe.

L’étape du scénario est d’ailleurs essentielle car elle détermine tous les défis auxquels seront confrontés les équipes techniques (animation des mouvements d’eau dans Nemo, des ballons volants dans Là-haut…). En outre, Pixar a créé une envie, une attente parmi ses fidèles spectateurs et, chaque année, se doit de relever le défi en créant des univers à chaque fois plus inattendus, plus incroyables et plus drôles… Et chaque fois le défi est relevé haut la main : de la chambre d’enfant vu du point de vue d’un jouet dans Toy-Story, à la planète Terre polluée du robot Wall-E ou à la jungle de Là-haut traversée par un petit scout rondouillard et un vieux monsieur ronchon, les décors sont impressionnants et les personnages toujours attachants… C’est aussi ça l’animation : la possibilité de créer de toutes pièces des univers avec l’imagination pour seule limite.


En l’espace d’une quinzaine d’années, Pixar a donc révolutionné l’univers de l’animation et même plus largement du cinéma, en prouvant que des héros en 3D pouvaient aussi être aussi attachants que de vrais acteurs et en proposant des scénarios universellement fédérateurs… Et le rachat de l’entreprise par Disney en 2006 (pour un montant de 7,4 milliards de dollars) ne semble pas près d’arrêter la machine à rêves numériques !


TAGS : PIXAR , DISNEY
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