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MASTERCLASS - Truby One (Kenobi)
Tout est organisé au petit poil. Quelques semaines auparavant, on a reçu par mail ses bons vœux, agrémenté d'un jipègue du plus bel effet. So nice : je vais enfin apprendre mon métier !
Aujourd'hui, j'y suis : Truby, me voici !
Auparavant, nous avons encore reçu trois autres mails tout aussi sympathiques, jusqu'à celui de notre convocation, qui fait huit pages et où tout est bien indiqué des fois qu'on se perdrait.
La Sorbonne Paris 17.
Un genre de revanche pour tout ceux qui n'ont jamais été plus loin que le certificat d'études. Et ouais, on est à l'université, mon gars, en amphi ! (Perso, moi, ma seule fois, c'était à la Sorbonne, Paris 6, pour écouter la soutenance d'une thèse du copain d'une amie vaguasse sur l'utilisation de la bande son dans les films de Wells, 900 pages de bonheur pointu, y a quand même des maniaques sur cette terre...)
Chaud dedans
Hall d'entrée. On regarde à droite et à gauche, on repère les copains, on se fait coucou, on apprécie l'installation, ça respire l'ambiance de début de cours, on a tous 17 ans et ça fait du bien. On descend, on prend son casque (deux traducteurs enfermé dans une guérite à crêpes) et on découvre la salle. Immense, belle, rouge, d'emblée on est dans le mood. Sur le rétroprojecteur, un document vierge ouvert sous "Blockbuster", un logiciel (assez moche) dont Truby nous affirmera, quelques instants plus tard, qu'il est plutôt bien fichu - entendre "en correspondance avec son enseignement". Et on en aura la confirmation au fur et à mesure de ce premier jour. Forcément, c'est lui qui en est l'auteur. Tout s'explique. (Profitez-en, c'est les soldes.)
Spécialistes
Laurent Lemarchand, l'organisateur, nous accueille lors de cette 5eme édition des masterclass (ça fait deux ans que John Truby vient à Paris), remercie les partenaires (oubliant "scenaristes.biz" dans l'émotion) et c'est parti pour le show : Truby arrive, on applaudit. Pour tout vous avouer, en ce moment précis, j'aimerais pas être à sa place. La pression doit être maximale. S'arroger la place de sur-spécialiste au milieu d'un aréopage de (justement) spécialistes - on est à peu près 300 dont pas mal de professionnels confirmés -, ça doit foutre les chocottes.
Mais il est plutôt humble. Et surtout, immédiatement, complètement possédé par son sujet. C'est clairement une histoire de passion, et comment pourrait-il en être autrement ?

Les trois actes ? Que nenni !
Et tout de suite, c'est la révolution : la technique des trois actes serait comme les "petites roues du vélo" quand on apprend à conduire. C'est pratique au début mais c'est très limité. Et il n'y va pas pas par quatre chemins, le bougre : "en fait, ça ne marche pas", conclue-t-il. Allez : poubelle Syd Field, exit McKee ! Une guerre d'écoles ? Peut-être. En tous les cas, il aura les arguments pour nous convaincre.
On a beau nous avoir remis gracieusement son bouquin, "L'anatomie du Scénario" (traduit nouvellement en français chez Nouveau Monde Edition), au bout d'un court moment, on ne résiste pas et on prend des notes parce que c'est dense. Très dense. Tout ça ressemble furieusement à un marathon :
JOUR 1 - Histoire & Structure
Ouf.

Boulettes
Vers 11 h 20, séance de questions avant la première pause de la journée. On en est à peine à la fin de la structure classique (et pas en trois actes, donc, vous aurez compris). Le micro se balade, tout est fluide, l'auditoire super concentré.
Avant de nous relâcher, Truby nous demande de prendre une page blanche. Ce qu'on fait, sans comprendre. Puis, il veut que nous écrivions notre nom dessus. On s'exécute mais on ne pige toujours rien... Alors il nous explique que scénariste, c'est souvent être seul, et ne pas beaucoup communiquer entre nous. "Froissez cette feuille avec votre nom, faites-en une boule et jetez la à l'exact opposé d'où vous êtes..."
On s'exécute et la première partie de la matinée s'achève donc sur un lancer général et bon enfant de centaines de boulettes de papier froissé dans le grand amphi de la Sorbonne.
17 ans, je vous dis...
Le but : ramasser la boulette la plus proche de nous et tenter de retrouver son auteur d'après son nom...
Enthousiasmes
On se retrouve dans le hall, des tables de régie sont préparées avec du café, des sodas. On salue les gens qu'on a loupé, on vanne un peu. En laissant traîner l'oreille, on entend surtout que "c'est génial de pouvoir mettre des mots sur ce qu'on sait", ou alors "il y a des choses sur lesquelles on galérait mais sans pouvoir les expliquer. Là, on commence à identifier pourquoi..." L'enthousiasme est visiblement là.
Dazibao
Avant de réintégrer le grand amphi, on passe devant le mur des enveloppes. Le "mur des enveloppes", c'est un genre de dazibao inventé par l'organisation des sessions Truby. Cela permet de se laisser des messages, soit directement à la vue de tous, soit dans des petites enveloppes scotchées au mur... Why not, je laisse la boulette que j'ai ramassée (Flore Jesaisplus), avec mon numéro de téléphone. On verra bien : peut-être le destin fera que je rencontrerai LA partenaire d'écriture. Ou ma pire ennemie. Ou pas. Be curious...
On repart vers la seconde partie de la matinée, qui verra les premiers extraits de films malheureusement pas sous-titrés - et la traduction simultanée, c'est pas le pied pour de la fiction... Truby s'appuie évidemment sur ces exemples pour étayer son propos. Sur ces exemples ET son logiciel, qu'on trouve décidément bien fichu. Une heure de déjeuner, on choisit parmi la liste des restaus que l'équipe a sélectionné pour nous, et on reprend jusqu'au soir. A 18 heures, nous levons l'ancre. Truby, crevé, nous témoigne de son impatience à nous retrouver le lendemain.
Tout pareil. Crevés mais impatients.

Pierre philosophale
Une question : est-ce que cette méthodologie va réellement nous servir ? Est-ce qu'on saura l'utiliser à bon escient ? Est-ce qu'une méthode est un piège, ou un outil ? C'est l'argument qu'émettent ceux qui sont contre l'enseignement du scénario.
Franck Daniels, grand script doctor maintenant décédé, avait coutume de commencer ses master-classes par une jolie histoire : celle de l'apprenti alchimiste qui demande à son maître comment on fait pour fabriquer la pierre philosophale. Le maître répond : "C'est très simple. Il te faut la grande marmite, là-bas, de l'eau, du plomb, des branches d'acacias, du safran et de l'huile." L'apprenti est scié : "C'est tout ?" Le maître, amusé : "C'est tout." L'apprenti n'en croit pas ses oreilles : "Vous dites que pour fabriquer la pierre qui transforme tout en or, il suffit de suivre une simple recette idiote ?" Le maître répond oui puis se ravise : "En fait, non. Pas seulement. Il faudra prendre la grande cuiller en bois qui est derrière la porte et remuer sans jamais s'arrêter pendant huit heures." L'apprenti est goguenard : "Ouais, ben ça, je saurais faire, je crois..." Le maître considère alors l'apprenti, puis : "Je n'en suis pas si sûr, mon jeune ami. Car, pendant ces huit heures, vous ne devrez jamais penser à une marmotte..."
Funny, isn't it ?
Nous quittons la salle jusqu'au lendemain.
Au sol, il y a encore plein de boulettes. Le jeu n'a pas pris. Il est peut-être pas très adapté à la mentalité française. Dommage, mais le dazibao de l'entrée est quasi-vierge. Seules cinq enveloppes ont servi.
Et la mienne, elle, elle est encore accroché au mur : Flore Machintruc est passée devant sans jamais la voir.
(A demain soir pour le résumé à chaud de cette seconde journée.)
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- (Too good) Truby two
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