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DEBRIEF - Vassili Clert (Le Chasseur) : "L'audace doit être de notre responsabilité."
Le Chasseur sur France 2 n'a pas fait des miracles pour sa seconde soirée de diffusion. Maigre consolation, les spectateurs présents la semaine passée étaient tous là pour suivre les dernières aventures du héros si singulier proposé par Son et Lumière. Le producteur Vassili Clert nous a accordé un entretien dans lequel il se déclare fier et serein.
Commençons par expédier la question des chiffres.
Dès 20h35, les trois épisodes ont réuni en moyenne 2,7 millions de téléspectateurs selon Médiamétrie, plaçant France 2 en quatrième position des audiences de la soirée. La part d'audience s'élève à 11,3%, contre 9,9% la semaine dernière. C'est très clairement un échec.
Pouvait-il en être autrement ?
Là aussi, très clairement : non. Face à The Mentalist sur TF1 (7,7 millions de téléspectateurs en moyenne et 44,4% sur les ménagères de moins de cinquante ans.) et à Bones sur M6 (2,9 millions de téléspectateurs soit 18,4% sur les ménagères.), Le Chasseur était condamné à ramasser des miettes d'audience. « Les jeux étaient fait d'avance face à ces deux armes nucléaires que sont ces séries américaines, et qui cherchent à draguer le même public friand de séries. » estime Vassili Clert. Pourtant dans d'autres cas, la fiction française arrive à résister. Alors ?
Alors, il faut tout de même signaler qu'il était difficile d'avoir de l'empathie pour le personnage principal. Et ce faible potentiel d'attraction se lisait en creux dans les résumés des hebdomadaires de télévision pas spécialement enthousiastes et vendeurs quant à la série. Ce manque d'attractivité a sans doute été l'une des premières raisons de cet échec.
Ensuite, comme nous l'avions écrit précédemment, France Télévisions avait donc choisi de torpiller sa propre série. Innover puis se tirer une balle dans le pied. Nouvelle stratégie... C'est le point de vue de bon nombres d'observateurs comme Alain Carrazé qui parle de "carbonisation", même si par ailleurs ces observateurs ont émis des critiques sévères quant à l'histoire et aux personnages (lire notre critique et la réponse des créateurs.)
Sur ce point, le producteur préfère ne pas commenter la politique de la chaîne : « Je ne comprends pas très bien et en même temps je ne récuse pas, je ne suis pas en position pour porter un jugement sur la programmation. »
Alors faisons-le pour lui... Si la télévision française commence tout juste de sortir de sa léthargie en proposant des programmes à l'écriture plus moderne (Braquo, Pigalle la Nuit, Le Chasseur…), il lui reste encore à mener une réflexion sur la façon dont elle diffuse ses programmes. Soirées entières consacrées aux Experts (par exemple) ou épisodes diffusés deux par deux, voire trois par trois, sans respecter l'ordre, mélangeant inédits et rediffs, faisant fi du feuilletonnant, du respect dû à l'oeuvre et par là-même au spectateur : en France, on n'est pas encore sorti des logiques de cases. On ne conçoit pas de créer un bouquet de séries différentes un même soir et d'en assurer la diffusion sur une saison, pour attiser l'appétit du spectateur et le fidéliser.
Du point de vue du producteur, Vassili Clert estime que « du one shot, ça peut peut-être fonctionner pour des docus comme Apocalypse, pour des événements, mais sans doute pas pour de la fiction... »
Malgré l'échec et ce sabordage en règle, « l'équipe de la série est déçue et fière d'avoir pris une tôle », nous assure-t-on. D'une part parce que « la série ne peut pas prétendre à faire 8 millions de téléspectateurs » et parce qu'après tout, cette équipe a osé.
Il est vrai que dans un contexte généralisé de marasme de la fiction, face à des séries au degré d'inventivité zéro, Son et Lumière a innové, et en télévision, ce n'est pas si fréquent. Certes cela s'est fait en commettant des erreurs, mais ils ont eu le mérite de proposer un produit jamais vu jusqu'à présent. "J'ai encore regardé hier, et j'ai trouvé ça beau, bien tourné."
Toutefois, on sait déjà que Le Chasseur ne reviendra pas sur France Télévisions qui a exclu toute idée de suite. Malgré tout, les auteurs et le producteur rêvent d'une seconde chance, qui leur permettrait de prendre en compte toutes les critiques constructives qu'ils ont « disséquées et lues attentivement » et qui ne les ont « jamais blessés » disent-ils. Un jour peut-être ?
La surprise vient d'ailleurs des canaux de distribution parallèle comme le téléchargement sur Itunes où Le Chasseur fait jeu égal avec le documentaire Apocalypse, preuve qu'il y a sans doute un vrai public pour le programme... « J'espère une seconde vie pour cette série, une vraie existence dans ces circuits parallèles où se trouve un public qui consomme de la télé autrement » explique Vassili Clert.
Le DVD sortira d'ailleurs prochainement, commercialisé par France TV Distribution.
L'expérience du Chasseur a beau être un échec (un peu voulu, donc) en terme d'audience, il ne faudrait pas que la chaîne jette le bébé avec l'eau du bain.
« Il faut que les diffuseurs – et pas seulement France TV- accompagnent les tentatives, et que chaque année, il y ait plus de Chasseurs, plusieurs essais. Une certaine idée de la fiction française est en train de se mettre en place... » estime-t-on chez Son et Lumière.
Une nouvelle écriture ? Quelles sont les attentes des chaînes sur ce point ?
« Je suis mal placé pour répondre car je n'ai pas de vision d'ensemble des demandes à France Télévisions par exemple, mais ce qu'il y a de sûr, c'est qu'on ne nous répond jamais non par principe. C'est le signe d'un vrai respect pour les créateurs sur le service public. Et c'est à nous de nous responsabiliser, de ne pas attendre toujours des commandes. C'est à nous de proposer et d'être audacieux.»
Mais l'audace, c'est quoi au juste ? Vaste question. Et Vassili Clert de citer Jeux de Pouvoirs de Paul Abott (BBC) par exemple... « Quoiqu'il en soit, l'audace est de notre responsabilité. »
En tout cas, cet échec n'a pas entamé la confiance du groupe qui a commandé une grande fresque historique qui se déroulera en Inde, écrite par Jean Van Hamme, intitulée Rami, et qui sera produite par Alain Clert.
Son et Lumière développe actuellement 3 autres projets en interne qu'elle souhaite proposer au groupe France Télévisions, des projets « tous très différents du Chasseur... parce que nous n'avons pas non plus vocation à ne prendre que des gadins. » affirme Vassili Clert.
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