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Crédits : Elie-G. Abécéra
MASTERCLASS - (Too good) Truby Two
Second jour du séminaire Truby.
Impression d'aller à l'école, cette (déjà) régularité dans les horaires ramènent à la jouvence. La veille au soir, visionnage-révision de "American Beauty", comme stipulé dans la notice d'emploi du stage.
Et déjà, à chaque séquence, les arguments de Truby résonnent : self-revelation, désir, la défaite apparente, la porte, la visite à la mort, crotte, on se dit, on pourra plus jamais regarder un film tranquillement.
Au secours, Truby, sors de ce corps !
LIRE l'article précédent :
- Truby one (Kenobi)
Salutaire
9h30, la master-class recommence. On a d'ores et déjà retrouvé l'amphi. La veille au soir, on a resongé à la journée précédente. On a parfois révisé en potassant le livre qu'on nous a offert (enfin, compris dans le prix du stage, 540 euros - un peu plus de 3 500 francs, quand même, ça fait cher le bouquin), mais bon, si ça peut bouleverser nos carrières...
On a aussi croisé dans le métro le voisin de travée qui nous explique qu'il réalise que ça faisait longtemps qu'il n'avait pas réfléchi au scénario en tant que tel. Et il a raison, le bougre. Quand on passe ses journées la tête dans le guidon, devant les délais déments qu'on nous impose en général, ça fait vraiment du bien. Au pire, c'est un exercice intellectuel et ça peut pas faire de mal. Au mieux, c'est salutaire.

Doutes
A coup sûr, la nuit d'avant, parmi l'assistance, il y en a qui ont douté d'eux. Comment ont-ils pu faire, "avant" ? Est-ce qu'on est un vrai scénariste avant Truby (Franck Daniels/Yves Lavandier/Robert McKee/Syd Fields, rayez la mention inutile) ? OMG, j'étions une merde, à peine capable d'écrire un épisode des Musclés (*) !
Je déconne, mais ça pose néanmoins le problème de la formation des scénaristes. Alors que nous demandons une complète reconnaissance officielle de notre existence professionnelle, nous sommes obligés pour l'instant de nous payer nous-mêmes nos petits stages de formation. Et ça fait quand même cher la séance de psychanalyse, voir plus haut. Reste que cette année, et pour la première fois, la SACD, dans le cadre de son action culturelle et de la télévision, relayée par l'UGS, a pu prendre en compte cette donnée et a financé un nombre non-négligeable d'auteurs au séminaire. On applaudit l'événement.
Si les pouvoirs publics pouvaient, désormais, et d'une manière générale, ouvrir complètement aussi aux auteurs l'accès à la formation, ça serait pas du lusque.
Donc : Jour 2 - Les 22 blocs de construction de tout bon scénario

Petites cases
Comme hier, l'esprit chaud et prête à en découdre, l'assemblée a encore noirci des pages, davantage pour bien mémoriser les précieuses paroles que pour se relire un jour de pluie hypothétique. Chez beaucoup d'entre nous, il y a pas mal de nouvelles petites cases qui s'allument avec - encore plus qu'hier -, des mots, des définitions, des explications, des réponses. On pense tous à nos projets persos au moment où John (on s'appelle par nos prénoms, tu comprends, on est hypra intimes, maintenant, tu penses...) nous parle : "bien sûr, qu'on est cons, mon personnage dans ma série, c'est en fait un faux-allié-adversaire" ! Et la femme du méchant, en fait, c'est elle qui fait au héros sa première révélation et donc, sa-décision-entraînant-un-changement-de-désir-et-un-changement-de-motivation" !!
Du coup, on a envie de rappeler très vite notre co-auteur qui est resté à la maison, lui, le pôvre, pour lui dire de retenir le projet qu'il finissait de ronéotyper avant de l'envoyer à la chaîne, afin de revenir dessus, puisque nous, maintenant, on sait ce qu'il manquait pour que ce soit tip-top aux petits oignons.
Enfin : "on". S'il y a des tracteurs, il y a aussi des détracteurs, ok, je sais, elle est facile, même pas honte. Mais ceux-là, je vous les réserve pour l'épisode de demain, à l'occasion du micro-trottoir réalisé pendant les pauses-café.

Tout nu
L'après-midi s'ouvre sur l'apprentissage de l'écriture des dialogues, selon Truby - après que Laurent Lemarchand ait, cette fois, convenablement annoncé que votre webzine préféré était partenaire du séminaire, ce qui n'a pas manqué de réveiller l'attrait de la salle, comme quoi, c'est malheureux, personne ne lit les docs, il y a pourtant notre logo partout, 'fin bref. Là, le parallèle entre la construction du dialogue et le mixage multipiste ainsi que la musique me semble légèrement tiré par les douilles, mais fondamentalement, c'est le risque, dans ce genre de cours magistraux : comme on n'arrive pas tous tout nus - calme-toi, c'est une image -, il y a forcément des pleins et des déliés dans notre adhésion. Il y a donc des choses qu'on apprécie, qu'on va solliciter dans le futur, d'autres moins. A moins d'avoir toujours écrit pour Hélène et les Garçons (**).
Public
La théorie pose cependant la question du discours unique - et du danger de celui-ci. Truby importe les méthodes de sa culture. Même si, du moins sur notre côté du globe, on raconte généralement les histoires de la même façon, il y a des micro-détails suivant les régions du monde où l'on se trouve, et notamment notre spécificité française. Truby le sait, et mentionne donc souvent Hollywood, pour noter ses exemples ("A Hollywood, les studios aiment les histoires linéaires"). Cela a comme heureux résultat 1) de nous projeter avec exotisme dans le pays magique du septième art, genre : on le touche du doigt, 2) de marquer la distance et de nous avertir que certaines choses sont valables là-bas, et pas forcément ici.
Et puis aussi - et ça, c'est quelque chose qui existe moins chez nous -, Truby parle constamment du public. Le public aime ceci, nous écrivons cela comme ça parce que le public aime cela, etc. Pour rejoindre le propos de notre camarade croisé dans le métro le matin même, oui, nous parlons de scénario en tant que tel.
Et du public.
Et ça aussi, ça fait du bien et ça nous rappelle à nos fondamentaux.
Blessure narcissique
Malgré nos déliés, le bon calcul voudrait qu'on joue le jeu à fond, et qu'on fasse au moins une fois l'effort de se couler entièrement dans la méthode en son entier, ne serait-ce que pour l'expérience. Il faudra alors un moment oublier ce que nous savions déjà pour appréhender - peut-être - une meilleure méthode que celle que nous pratiquions déjà et dont étions vach'ment fiers car c'est moi que chuis le plus fort des scénaristes. Et le fait d'avoir à apprendre des choses, encore et toujours, même si c'est la voix de la sagesse, ça peut être quand même vexant (car normalement c'est moi que chuis le plus mieux des scénaristes et que maintenant, c'est moi que normalement ch't'apprends la life). (Point com).
Ça, et le fait que Flore Chosebidule - ma magnifique co-auteuse de mes rêves de ma boulette papier d'hier - ne m'ait toujours pas contacté. Rhâ la la, vie de merde...
(A demain pour la dernière partie du reportage à chaud-bouillant.)
LIRE l'article suivant :
- Truby three (or not to be)
________________________
(*) Pour les moins de 20 ans, Les Musclés était une série qui se passait au VIe siècle dans un monastère chypriote. Les protagonistes s'interrogeaient à chaque épisode sur la maïeutique et Théétète de Platon. (Avec : Bernard Minet et Fraisier.)
(**) Hélène et les Garçons était une série historique sur la Grèce antique. Et les garçons. Diffusé sur Pink Tévé. (Avec : Bernard Minet et Fraisier.)
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