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Crédits : © Elie-G. Abécéra
MASTERCLASS - Truby three (or not to be)
Ça y est, ce soir, il nous l'a dit, avec une petite boule dans la gorge : "Bon, ben j'ai fini".
Longs applaudissements dans la salle, quelques uns - dont moi - debouts, même. Trois jours de séminaire Truby, ça laisse des traces. Et, je le sais : pour longtemps.
LIRE nos articles précédents :
- Truby one (Kenobi)
- (Too good) Truby two
"Voilà, continue-t-il. Pour conclure, j'aimerais vous dire qu'entre deux films, essayez d'écrire au moins un chef-d'œuvre." [NdlR: au sens Trubesque - oh comme c'est laid ! - du terme] [NdlR : d'ailleurs ne dit-on pas d'un succès musical que c'est un Trube ?] [NdlR : OMG, 'faut que j'arrête avec mes jeux de mots bidons.] Il reprend : "Peut-être que vous ne le vendrez pas, mais vous aurez au moins réussi deux choses : à vous faire plaisir et, à l'instar de votre héros, à changer votre vie. Pour moi, donner cette classe, c'est ma manière à moi de changer. Je ne suis jamais tout-à-fait le même, après."
C'est bien ce que je disais : tout pareil pour nous, John.
Tout pareil...
Allez dense !
Encore aujourd'hui, l'emploi du temps a été très compact : jour 3 - La série TV / Les genres

On n'a pas chômé.
En passant, on nous a même donné une vrai diplôme de Masterclass Truby. Et ça, ça jette !
Avis colorés
Comment conclure, alors ? Comme promis, en laissant la parole à quelques-uns de mes camarades de classe. Ce n'est pas un sondage, ça ne correspond à rien en terme de pourcentages, c'est juste l'avis de quelques personnes prises au hasard. Dont "Flore Kozinetz", oui, ma "Flore TrucBidule" de ma boulette de papier du premier jour ! (Mais oui, parce qu'on s'est finalement retrouvés ! La vie est magique !) (*)
- Bonjour, alors, trois jours intensifs de Truby, ça fait quoi ?
Serge Kribus
"J'écris depuis longtemps et c'est la première fois que je suis une formation de ce genre. J'ai beaucoup lu Stephenson, des ouvrages qui interrogent le "comment", Carver, Buzzati, Applefeld, ceux qui ont tenté de s'interroger sur le "comment on fait". Truby définit une méthode, des ressorts, mais moi j'ai l'impression qu'il ne les définit pas du tout, qu'il y a une grande confusion dans ce qu'il dit, voire qu'il est dans l'ignorance de la littérature et aussi de la manière dont le cinéma s'articule. Au fond, qu'est-ce qui est en jeu ? Quelles histoires on veut raconter, donc, quelles histoires on a envie d'écouter ?... Chez Truby, il n'y a pas du tout de questions sur cette articulation-là. Le savoir dépend d'un savoir-faire et nourrit le savoir. Il n'y a pas d'articulation sur le pouvoir. Et là, il y a beaucoup de pouvoir : je suis atterré. Par exemple, Truby dit : "Vous allez passer du temps sur une idée, et ce sera vraisemblablement une question de semaines. Du choix que vous allez faire en amont dépend la suite de votre développement, donc, ne vous trompez pas sur ce choix." Mais lorsque Buzatti écrit le "K", il découvre pourquoi il écrit au fur et à mesure qu'il l'écrit. Il arrive à des auteurs de livres monumentaux de découvrir à la fin, soit qu'ils se sont trompés mais que l'œuvre est fondamentale, soit qu'ils ne se sont pas trompés mais que l'œuvre ne correspond pas à ce qu'ils cherchaient. Or, c'est ce processus-là - celui où on se trompe - qui est intéressant. Et Truby ne propose pas d'outils pour cela."
Eric Rognard
"Je connaissais le bouquin de Truby, et j'ai utilisé son logiciel pour construire des structures. C'est un technique que j'applique depuis longtemps, et je suis plutôt fan. Mais c'est la première fois que je viens le voir. Parmi toutes les méthodes pour écrire un scénario, je trouve que celle de Truby est la plus intéressante, en ce sens qu'elle ne propose pas une recette précise de construction à suivre à la lettre. ce n'est pas une chose figée, mais ces 7 à 22 étapes aident le scénariste à cerner parfaitement son sujet avant de se lancer dans son premier draft. C'est un angle totalement différent de ceux proposés par les autres gourous du scénario. C'est une approche exigeante qui demande beaucoup de travail en amont alors qu'on aurait plutôt envie de très vite "faire des scènes" et de partir tout de suite dans l'écriture. Ecrire un scénario, c'est chevaucher un dragon. Truby, lui, il nous apprend à domestiquer le dragon pour qu'on ne se laisse pas complètement emporter par lui, afin de savoir où on veut aller et de l'y amener."

Le John Truby's Blockbuster : un "grand" logiciel ?
Elisabeth Verry
"La première journée m'a fait bonne impression : il nous a fait découvrir des choses et revisiter des théories. En gros, il existe deux grandes théories : la structure d'Aristote, en trois actes - qu'il rejette -, et "le voyage du héros", de Joseph Campbell. C'est celle de Campbell qu'il reprend et personnalise. Cette méthode permet de retrouver ce qu'on utilise, nous, de manière plus ou moins instinctive. Cette première journée est plutôt destinée à des scénaristes d'expérience. Par contre, je pense que ça peut plonger un jeune scénariste en totale confusion. La deuxième journée m'a semblée décevante. Pour les scénaristes confirmés, il s'agissait d'évidences, c'est dommage. J'attendais quelque chose, une méthode plus poussée ou des outils, notamment sur les dialogues, mais je n'ai pas eu ma réponse. Idem sur l'analyse des séries télé, rien de nouveau pour un scénariste qui, justement, en écrit."
Olivier Doran
"C'est très utile. Quand on travaille depuis un petit moment dans ce métier, il y a des choses qu'on sait instinctivement. Mais - et c'est très américain - le fait d'appliquer une méthodologie presque scientifique, moi, ça m'aide à organiser mes idées. Il n'y a jamais de meilleure créativité que si elle repose sur une base suffisamment structurée. Et, pour arriver au bordel de la créativité sans s'y perdre, il faut une base structurante. La méthode que Truby nous propose me permet cette structuration, elle me permet de ne pas oublier les choses. Quand on est tout seul devant son ordinateur - finalement seul avec son cerveau, c'est très facile, par fainéantise, par refoulement psychologique, de laisser passer des choses importantes. Truby permet d'enrichir les histoires. C'est loin d'être un frein à la créativité, bien au contraire."
Piotr Kaliszek
"Beaucoup de choses m'ont intéressées, évidemment, notamment ce qui concerne la structure. Mais en même temps, cette démarche-là me fait un peu peur. Parce que c'est comme si on voulait mettre dans des cases des choses pas encore vécues, comme si on voulait créer des personnages en leur attribuant des caractéristiques avant leur naissance. Ça ne me parle pas. Il y a des choses que je vais utiliser, mais pas tout : je me servirai de ça une fois que j'aurai sorti ce qu'il y a au fond de moi. Parce que sinon, j'aurai l'impression de me censurer, je me sentirai un peu lié en remplissant les cases à l'avance. J'ai besoin de mon jaillissement émotionnel, de laisser libre cours à mon imaginaire sans savoir où je vais, de connecter plus en moi mon inconscient et ma démarche intuitive. Quitte à revenir à la méthode Truby : mais après, pour essayer de savoir de quoi je vais parler. En fait, je pense que je vais m'en servir, de la méthode Truby."

Sœur de l'ombre : l'interprète...
Sylvia Varagne
"Très bonne impression, il donne vraiment des outils clairs et précis. Je vois assez clairement ce qu'il veut dire. C'est une belle méthode pour écrire un scénario - même si moi, en l'occurence, c'est pour la ré-écriture que je suis là. Or, la structure, surtout ne pas oublier ce qu'on veut raconter, qu'il y ait un personnage principal fort : tout ça me parle parce que ce sont des problèmes que je rencontre quotidiennement. Le stage amène toutes les réponses aux questions que je me pose. Que demander d'autre ? De plus, j'ai "fait" Robert McKee, et je trouve que là, c'est moins rigide et ça laisse plus de place à la créativité de l'auteur."
Nicolas Bilder
"C'est un peu étourdissant. Je n'ai pas voulu écouter la traduction en français, je voulais "sentir" Truby, j'avais besoin de "sentir" ce qu'il raconte. Et bien, je suis content. J'ai assez de recul pour prendre ce qui me plaît et laisser le reste à d'autres. Le type est généreux, investi, et sa grille... Et bien c'est une grille, un filtre ! A partir du moment où on a déjà rencontré dans sa vie d'autres grilles et d'autres filtres, on sait ce que c'est et on est pas empêtrés dans la toile..."
Flore Kozinetz
"Trois jours de Truby, ça fait quoi ? Ça fait du bien. Parce que d'abord, on n'a pas toujours l'occasion de réfléchir sur son travail. On met à jour ce qu'on sait et ce qu'on ne sait pas : c'est très enrichissant, vraiment. On retrouve des choses qu'on connaît intuitivement, mais là, on met des mots dessus. Et puis, il y a toute une grammaire que je trouve particulièrement intéressante, notamment tout ce qui parle du genre : jusqu'à présent, je n'y avais jamais pensé. C'est très réjouissant, vraiment !"
Très réjouissant, oui.
Moi, c'est tout-à-fait ce que je pense.
A bientôt, John.
Nous, on vous promet, on va être fiers de nous et on va maintenant chercher à le faire pour de bon, ce chef-d'œuvre...
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Quelques liens :
Le site de la masterclass (en français)
John Truby's Masterclass sur Facebook
Le livre "Anatomie du Scénario"
(*) Je demande à mes interviewés de bien vouloir me pardonner, j'ai pris de très jolies photos d'eux que je comptais mettre dans l'article, mais il y a eu un bug lors de la synchro entre mes deux appareils. J'ai sauvé ce que j'ai pu, mais pour le reste, j'ai fait avec les moyens du bord, 'scusez...
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2010-02-03 02:45:25
Un exposé de haut niveau
Pour avoir suivi la formation Truby la première année (puis la journée supplémentaire l'année dernière) je peux dire que la grille de lecture Truby commence vraiment à prendre son sens quand on utilise son logiciel ou quand on lit son bouquin. Le stage en 3-4 jours est très dense, et c'est un peu compliqué de tout ingurgiter si vite. Il faut laisser décanter un peu.
Malgré tout, ça fait sens et c'est une masterclass des plus passionnantes ! Je la recommande chaudement, plutôt aux scénaristes qui ont déjà quelques bases.