écrit le 13/02/2010 à 08:00
par Frédéric Davoust

CINÉMA - Percy Jackson, le Voleur de Foudre : Quand Homère rencontre Ruffo, Dolto and co !

Depuis le début de l'ère des pédopsys en tout genre et de feu Super Nanny, tout le monde sait que l'éducation parentale peut avoir des conséquences désastreuses sur le comportement de nos chères progénitures.Quand Homère est revisité par des scénaristes plus ou moins loufoques, et plus ou moins à cheval sur les conventions mythologiques et psychanalytiques, cela donne un grand bazar déconseillé à tous ceux qui sont sains d'esprits !

Un néopéplum à la sauce globalisée


Dans l'univers de la littérature pour les "djeun's" de tous les pays développés, et ceux en voie de développement, on connaissait Harry Potter adapté au cinéma d'après l'oeuvre de J.K Rowlings, les vampires de Twilight adapté d'après l'oeuvre de Stephenie Meyer, Les Chroniques de Narnia d'après C.S Lewis, c'est au tour de Percy Jackson de se voir adapter au cinéma. Héros de la littérature jeunesse américaine crée par Rick Riordan, Percy Jackson est un demi-dieu pure souche, le fils de Poséïdon, et bien sûr il ne le sait pas.

Dès les premières minutes du film, on sait qu'on va vivre un très grand moment: Poséïdon, dieu des océans, sort de l'eau sur une plage New-Yorkaise avec un look très particulier puisqu'on le dirait sorti tout droit d'un bar fétichiste cuir. Seul témoin, un pêcheur tout abasourdi par le spectacle : un mec de trois mètres habillé comme un fétichiste, ça a de quoi surprendre. Poséïdon troque sa cuirasse pour une tenue sportswear plus passe-partout et retrouve Zeus en haut de l'Empire State Building, là où se situe l'entrée de l'Olympe. Les Dieux ont viré capitalistes ! On imagine bien Zeus chanter Le Blues du Businessman ! Ligne rouge de toute la mythologie grecque, les conflits entre les Dieux sont toujours d'actualité : Poséïdon tire la tronche à Athéna, et à Zeus, Zeus à Poséïdon et  Hadès déteste tout le monde... Vive la famille. La source du conflit qui nous intéresse : quelqu'un a volé la foudre à Zeus. Si les Dieux ne peuvent se voler entre eux, leurs enfants, oui. Les soupçons du Dieu des Dieux se portent "tout naturellement" sur le fils de Poséïdon, ce pauvre Percy Jackson qui n'a rien demandé à personne. Il a jusqu'au solstice d'été pour prouver son innocence sinon ce sera la guerre (comprendre une suite de cataclysmes, la fin de l'humanité et tout le toutim). Les scénaristes nous font le vieux coup du compte à rebours.

Percy Jackson est un élève moyen, voir médiocre, hyperactif et dyslexique (en anglais uniquement, mais il sait parfaitement traduire le grec ancien!) dont le seul talent est de tenir plus de 7 minutes sous l'eau en apnée totale. Il  vit seul avec une mère douce et attentionnée, affublée d'un compagnon particulièrement anxiogène : un con dans toute sa splendeur, et en plus il pue. Ce détail peut se révèler insignifiant mais il a sa raison d'être et je ne vous la dévoilerai pas. Autre personne de son entourage, un jeune homme noir, Glover, dont le handicap l'oblige à marcher avec des béquilles. Au cours d'une visite avec sa classe à une exposition sur la Grèce Antique -on ne voit pas tout de suite la grosse ficelle qui se dessine - Mr Brunner (Pierce Brosnan paraplégique) le guide, essaye de lui faire comprendre l'origine de son prénom : Percy/Persée (vous la voyez la grosse ficelle??)... Sa nouvelle prof d'anglais se transforme alors en Furie prête à tout pour récupérer la précieuse foudre. Mr Brunner vient à son secour avec Glover. Les deux se connaissent et sont de mêche (c'est plus une ficelle c'est une corde à noeuds). Le temps de prendre la mère de Percy sous le bras, s'ensuit une longue course poursuite avec irruption d'un Minotaure champion du monde de lancer de vaches. Finalement Percy et Glover se retrouvent au Camp des Sang Mêlé (Tiens, tiens, comme dans Harry Potter...) dans lequel la mère, simple mortelle, n'a pas le droit de pénétrer. Le Minotaure l'emmène donc aux Enfers. Dans ce camps, Percy retrouve Mr Brunner qui n'est autre que le Centaure Chiron (censé être mort depuis qu'Héraclès l'a transpercé par erreur d'une flèche empoisonnée par le sang de l'Hydre de Lerne, mais on ne va pas chipoter pour des détails). Il découvre aussi le vrai visage de Glover: un satyre protecteur junior, donc sans cornes : déjà qu'il n'a pas de "biiipp", au sens propre j'entends. (Je me censure tout seul). Il fait la connaissance de tous les demi-dieux : la fille d'Athéna, le fils d'Hermès... une bande d'adolescents pubères qui jouent à la guéguerre et passent le plus clair de leur temps à tirer à l'arc et faire des acrobaties. Quand on connaît un tant soit peu les parents on ne peut que s'étonner de la normalité de l'apparence des bambins.

Dans ce lieu, Percy se révèle, et montre l'étendue de ses pouvoirs. Hadès en profite pour venir passer un marché avec lui : il lui rendra sa mère en échange de la foudre de Zeus. Un second conflit se dessine donc pour Percy. D'un côté retrouver la foudre de Zeus, de l'autre sauver sa mère, et dans le même temps montrer à son père qu'il est digne d'intérêt.
Percy se lance donc dans une quête infernale en compagnie d'Annabeth, la fille d'Athéna (qui est dans la mythologie une déesse Vierge, comme Artémis et qui aurait donc perdu sa virginité, preuve que le scénariste ne respecte rien), et de Glover direction les Enfers, avec l'aide de Luke, le fils d'Hermès qui leur fait présent d'un bouclier et de Converses volantes (quand je vous dis que c'est Homère version globalisation). Première étape pour les rejetons divins : trouver les Perles de Perséphone qui leur permettront de sortir des Enfers. Au cours de cette quête ils seront confrontés à Méduse (Uma Thurman) (une des ex de Poséidon et qui est censée avoir été décapitée par Persée) dans une lutte moderne à coup de IPhone (qui servirait donc à quelque chose) ; à l'Hydre (elle aussi devrait être canée depuis Héraclès) et aux Sirènes (de Casino à Las Vegas). Pour finalement trouver la porte des Enfers (au niveau du H du Hollywood, Hollywood = Hell= Riez, il paraît que c'est drôle) où ils devront faire face à Tonton Hadès (qui lui aussi aime le cuir), avec l'aide d'une Perséphone black...

    

 

Homère 1 - Cray Titley 0

Cray Titley, le scénariste, n'a pas fait preuve d'un grand talent pour l'adaptation, il se contente du service minimum en se fondant sur une structure dramaturgique des plus classiques (qu'importe c'est avant tout l'efficacité qui est recherchée) et se joue des détails avec parfois beaucoup de drôlerie. Il n'en demeure pas moins que le scénario souffre d'approximations (sur la nécessaire puanteur du beau-père) d'inexactitudes et d'incohérences (mais la cible marchande, les jeunes prépubères, se cognent de la mythologie grecque). Il suffit de connaître un tant soit peu les mythes grecs pour connaître le fauteur de troubles et sortir du film en attendant sagement la fin.

 

 

Là où se situe la plus grande désinvolture scénaristique, c'est dans l'origine même du personnage et de sa relation à son géniteur. Dans la mythologie, Persée n'a rien à voir avec un mauvais fils qui voudrait obtenir la reconnaissance de son père. C'est son grand-père qui en fait les frais. En effet, un oracle prédit à son grand-père qu'il n'aurait pas de fils, mais que s'il avait un petit-fils celui-ci le tuerait. Il fit donc enfermer sa fille, Danaé, dans une tour de son château. Zeus s'éprit de la belle et se changea en pluie d'or afin de la séduire. De cette union naquit Persée. Incapable de tuer sa fille et son petit-fils, le roi les enferma dans un coffre et les jetta à la mer. Ils échouèrent sur une île, et furent recueillis par le roi de l'île qui s'enticha de la belle. Ici Percy (Persée) devient le fils de Poséîdon, et c'est son beau-père qui en prend pour son grade. Le choix du héros est donc surprenant d'autant que le fond de l'histoire est rattaché à la relation parent/enfant. Dans le film, Les dieux, êtres puissants et particulièrement égoïstes, abandonnent leur progéniture (suite à une décision de Zeus)  et se montrent particulièrement absents dans leur éducation. Comment s'étonner après qu'ils tournent mal? C'est de la pédopsychiatrie primaire. Le scénariste commence à poser le problème sans s'y appesantir, sauf pour justifier le vol de la foudre qui est, quand même, l'élément déclencheur. Dans tout récit initiatique digne d'intérêt, il y a un sous-texte psychologique approfondi, c'est le cas dans Harry Potter. Si il y a un reproche à faire à ce film c'est bien de ne pas avoir été au bout de cette idée et de l'avoir utilisée uniquement en prétexte à une conclusion plutôt calamiteuse: "Papa préfère les soirées cuir, mais il pense quand même à toi fiston, il est toujours là !" C'est un peu léger. Le scénariste aurait du relire, en plus d'Homère, les ouvrages de Daniel Ruffo et de Françoise Dolto pour approfondir un tant soit peu cette problématique.

 

La démarche du film est assez étrange, l'oeuvre dont il est adapté a connu un succès d'estime, mais pas la razzia comme Twilight ou encore Harry Potter. On peut alors soupçonner les producteurs d'avoir voulu surfer sur une double vague : d'un côté les succès populaires pour la jeunesse : Harry Potter et Narnia en tête (Chris Columbus, le réalisateur, a d'ailleurs signé deux volets de la saga du magicien accroc à la baguette), de l'autre le succès de Troie et le retour au peplum. Succès qui sera suivi prochainement par les remakes du film  Le Choc des Titans par Louis Leterrier avec Sam Wothington (vu dans Avatar) en Persée, tiens encore lui! Il serait bon de se poser la question sur l'attrait des producteurs américains pour ce Héros plutôt qu'Ulysse, Héraclès, Enée ou encore Thésée.

 

 

Percy jackson, le voleur de Foudre

Réalisation: Chris Columbus

Scénario: Cray Titley d'après Rick Riordan


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