écrit le 16/02/2010 à 08:00
par Quentin Lemaire

LES MOBILE VIDÉO DAYS - Les fournisseurs d'accès et les plateformes de diffusion se posent la question du contenu. Ils ont les tuyaux, on a les idées. Vive la conquête des nouveaux espaces de narration!

Ils ont de belles plateformes de diffusion, ils sont fournisseurs d'accès, fabricants de  matériels communiquants high tech et pendant deux jours ils se sont posés une question essentielle : Qu'est-ce qu'on va bien pouvoir mettre là-dedans sans que ça nous coûte?

Ils sont beaux nos tuyaux!

Organisés les 26 et 27 janvier dans un studio Plaine Saint-Denis, ces MVD rassemblaient des professionnels du mobile, du Web, de la TV, et de l'Ipad, pour beaucoup accrochés à leur Ipod ou leurs Blakberries, affamés de nouvelles technologies et d'acronymes divers, mais tous estampillés crête de la vague, attention nous voilà! On invente tous les matins votre environnement de demain!
Donc, à priori, pas un endroit où mettre un scénariste adepte du droit d'auteur à la Beaumarchais.

D'ailleurs le droit d'auteur n'a pas lieu de cité dans ces nouvelles technologies dédiées à nos mobiles, car ici, on ne parle pas encore d'œuvres, mais de contenu.
Et le contenu des Mobiles, cela peut être tout et n'importe quoi. Des vieux trucs rachetés aux Australiens aux Web-séries de qualité.

 

Les "UGC" vivent de création et d'eau fraîche!

Toutes ces belles enseignes, les 12 millions de videos de Dailymotion et ses 10 millions de VU (entendez visiteur unique), Youtube encore 10 fois plus gros sont bardés de fermes de serveurs ultra-performants, mais ne gagnent pas d'argent, ou pas encore, ou si peu qu'ils n'ont pas encore mis au point, ou pas voulu, une rémunération des auteurs. Ils se retranchent derrière leur logique de diffuseurs:
Vous avez produit, nous vous offrons la platerforme de diffusion. Vous, c'est-à-dire, l'UGC, "l'User Generated Content", l'utilisateur fournisseur de contenu, ça c'est vous et moi, tellement ravis de pouvoir diffuser nos œuvres sur la toile pour pas un rond.

L'UGC donc, c'est celui qui regarde, mais aussi qui fournit les images. Incidemment, qui écrit son scénario, fait le casting, réalise, éclaire, scripte, décore, monte, parfois avec mémé comme star et Youki l'épagneul comme guest.

L'UGC partout présent - celui qui prend tous les risques et qui est le fond de commerce des Youtube et consort - est un pur esprit. Il ne mange pas, n'a aucune fonction vitale et passe son temps à faire des petits films qu'il poste. C'est formidable, vive les geeks!
Rangez vos claviers!
 

Le post financement, un nouveau concept

Pourtant, pour Pascal Rogard, directeur général de la SACD, l'intérêt est de soutenir la création et donner aux auteurs les moyens d'être correctement financés au risque de voir les tuyaux acheter leurs programmes ailleurs, outre-atlantique par exemple. D'ailleurs il faut signaler quelques premiers pas effectués avec un accord de droits de diffusion entre Dailymotion et la SACD.

Sur ce marché, c'est l'attentisme total et tout le monde se cherche. Le premier qui bougera dans un sens ou dans l'autre définira le futur. Pour Thomasz Stachorko directeur marketing du portail VOdemotion, fort de 5000 vidéos et d'1millions de VU (donc un meilleur ratio que Dm!), l'écran, qu'il soit TV, portable ou mobile ne compte plus. Ce qui compte, c'est l'occasion d'émotion. Et VOdemotion se targue de rémunérer les auteurs. Alors!

(nda : j'ai essayé de vous mettre en lien VOdemotion, ce portail tant visité, mais c'est impossible avec mon Mozilla, vous n'aurez donc pour lien que le blog de VOdemotion.)

Bon, donc pour le moment, la manne tant espérée reste dans les énormes coffres d'Orange et consorts qui ne voient pas, ou refusent de voir, l'éclat d'un cerveau disponible briller dans l'œil de l'amateur de foot, sa priorité. (NDLR : les oursins dans les poches d'Orange, on vous en a déjà parlé ici)

Même si pour le dessin animé, le mobile semble être une nouvelle voie prometteuse. Payer les auteurs, les rémunérer en fonction du nombre de clics, pourquoi pas? Ben non.
Pour Patrick Raude de l'Arcep, nous sommes dans une logique de post financement, où la plateforme de diffusion n'est pas associée au risque économique de la production, et qui regrette l'absence sur ce créneau de diffuseurs comme Canal+. Aujourd'hui, l'Apple Store semble être le seul modèle économique viable.
 

Transmédia, racteur ou l'espace infini de la narration...

Au débat sur la spécificité du Mobile au sein d’un projet crossmédia, ou comment l’intégrer et comment adapter le contenu au format mobile ? Intervention de Michel Reilhac, Directeur Général Délégué d'Arte France Cinéma, et Directeur de l'Unité Cinéma d'Arte France qui nous a mis au fait du transmédia.
En opposition au crossmédia, adaptation d'un programme TV à l'écran d'un Ipod ou d'un téléphone ou inversement c'est pareil, le transmédia sert l'histoire et met en oeuvre de nouveaux acteurs.

Apparaît alors le racteur: L'acteur sur mobile réactif!
Sur votre PC ou la TV, on vous fournit un numéro. Vous l'appelez, et là votre correspondant vous plonge au coeur de l'histoire par un autre bout que celui devant lequel vous êtes. Et ce racteur, qui suit une trame de l'histoire différente, vous emporte dans une autre direction. À charge pour l'auteur de jeter ses filets assez loin pour que l'histoire reste compréhensible et passionnante.
Fumant non?
L'auteur devient alors un architecte narratif, il ne contrôle plus la narration mais lui offre de nouvelles pistes grâce à la transversalité des médias utilisés qui se doivent de servir l'histoire. De plus, la fiction que vous suivez est truffée de RabbitHole, des trous de lapin, des passages dans la narration qui vous plongent dans un autre univers.
C'est Raymond Roussel qui doit regretter d'être mort!
Pour Michel Reilhac le transmédia dépasse l'artisanat et la linéarité du cinéma et permet à l'histoire de se déployer avec des outils complémentaires les uns des autres. Une fiction se déploiera donc de l'Ipod au téléphone portable en passant par le Web et la télé. On ne fait plus des films, mais on raconte des histoires. Tiens tiens.

Message aux auteurs: C'est le moment de développer autre chose, autrement. Et nous en avons les moyens intellectuels. Pour ce qui est des moyens financiers on verra plus tard.
Ressortez vos claviers.



 


partenaires

Contactez-nous
Copyright 2009-2010 - Tous droits réservés