écrit le 01/03/2010 à 02:00
par Frédéric Davoust

CINÉMA - Ensemble c'est trop de Léa Fazer : En effet, c'est trop !

Léa Fazer, réalisatrice suisse, avait signé deux films convaincants. Son premier opus, Bienvenue en Suisse, était une comédie fraîche et revigorante, le second, Notre Univers Impitoyable, sur le conflit homme/femme dans la vie moderne était lui aussi une réussite. Ensemble c'est trop, est franchement raté et navrant malgré un casting de premier choix : Nathalie Baye, Pierre Arditi, Aïssa Maïga, Jocelyn Quivrin, Jacques Weber, Laurent Laffite, Françoise Berthet et Eric Cantona.

Une famille soudée bourgeoise et tolérante se réunit pour fêter les 80 ans de la grand-mère. La soirée vire au drame quand Marie-France découvre qu'Henri, son mari, la trompe. Le temps de laisser passer la crise, par compassion (et par gentillesse) Sébastien, son fils, et sa femme, acceptent de l'héberger quelques temps. Mais voilà, le provisoire dure, et maman fait sa crise d'adolescence, ruinant la vie sexuelle et professionnelle de son fils, annihilant son autorité parentale... Pendant ce temps, son futur ex-mari découvre les affres d'une paternité sur le retour avec sa maîtresse. La situation s'embourbe, et le film s'envase.


Un comique de situation désolant

Nous avons affaire ici à une comédie de situation, proche du vaudeville, garnie de quiproquos, d'ironies dramatiques et de conflits, à l'excès. Trop c'est trop. On assiste alors à une suite de séquences mal amenées, mal fichues, sans rythme et pas très originales. Un vaste foutoir auquel même les acteurs ne semblent plus croire. Le scénario, comme le film qui malheureusement en découle, manque de précision, de conviction et de tempérance. L'art du vaudeville (au théâtre comme au cinéma) réside pourtant dans ces trois qualités totalement absentes du film.

Dans le fond l'idée était bonne. Permuter des situations classiques : la mère retourne chez ses enfants entraînant une joyeuse inversion des mentalités générationnelles, les jeunes se stressent au boulot, sont vieux avant l'âge, trop polis, trop lisses, tandis que les "vieux" retrouvent une seconde jeunesse pleine d'insouciance et de désir pour l'avenir.

Mais voilà, à part deux ou trois petites choses bien trouvées (notamment par le personnage de Jacques Weber en vieil homo anarchiste acoquiné à un jeune plutôt coincé et de droite surnommé justement "le petit gouvernement"), tout le reste ne paye pas.

Même la morale est franchement fumeuse : les trentenaires seraient une génération de gentils cons à cause de Casimir (le monstre gentil), qui ne savent pas profiter de la vie, qui ne savent pas dire la vérité... bref une belle bande de naîfs un peu niais sur les bords. Léa Fazer nous avait habitué à mieux.

Le plus grave, c'est qu'au bout de 10 minutes de film on ressent déjà les maux que le spectateur va subir pendant les 76 minutes restantes s'il ne quitte pas le navire avant. A aucun moment la réalisatrice n'arrive à se sauver du naufrage. Ca prend l'eau de toute part, vire au grand n'importe quoi, un festival de mensonges (le fils qui porte les pulls hideux de sa mère pour ne pas lui faire de peine, la fille hyperactive et lesbienne qui s'est réfugiée en Chine pour mieux cacher son homosexualité) et de gifles.

Je n'ai d'ailleurs pas pu m'empêcher d'avoir une pensée pour Sautet, qui quand un de ses co-scénaristes était bloqué sur une situation entre deux personnages, leur disait toujours qu'une gifle débloquerait l'affaire. Dans ce film, il y en a un certain nombre, tout le monde gifle tout le monde : un problème de scénario ? Finalement tout cela n'a pas grand intérêt.

 

A qui profite le crime ?

Vu l'état du scénario qui se déroule sous nos yeux, je me suis longuement interrogé sur ce qui pouvait pousser un producteur à produire un tel film ?

1) On prend le spectateur pour un con, on l'attire avec un résumé alléchant, une floppée d'acteur de premier choix en espérant qu'il suive. Lors de ma séance de projection : une quinzaine de sorties de pistes.

2) Les producteurs ont vraiment cru lire un bon scénario, drôle, rythmé et enlevé et ils se sont fait avoir sur la marchandise. Le film est pourtant produit par Chez Wam, à qui l'on doit notamment Rien dans les Poches et Prête-moi ta Main. On peut logiquement penser qu'ils savent lire et développer un scénario.

3) Le scénario était bon mais la réalisation, la direction d'acteur et le montage ont tout fichu par terre. Ce qui voudrait dire que même avec un bon scénario on peut faire un film médiocre.

Les courageux pourront se faire une opinion sur la question. Reste tout de même la réelle et généreuse idée du film : Aïssa Maïga qui joue la belle-fille débordée par sa belle-mère sans qu'à aucun moment ne soit fait référence à sa couleur de peau, l'un des rares points vraiment positif du film.

 


TAGS : QUIVRIN , MAIGA , BAYE , GAVALDA
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