écrit le 02/03/2010 à 02:00
par Frédéric Davoust

CINÉMA - La Reine des Pommes écrit et réalisé par Valérie Donzelli : La candeur des premières fois

Premier film frais et original (et totalement fauché) de la comédienne Valérie Donzelli, vue dans Martha... Martha de Sandrine Veysset (pour lequel elle obtint le prix Michel Simon) et 7 ans de Jean-Pascal Hattu. Elle signe ici une comédie légère, musicale, à la maladresse touchante.

Adèle, une jeune trentenaire maladroite et désoeuvrée, est quittée par Mathieu, l'amour de sa vie. Anéantie, totalement déprimée, Adèle ne veut qu'une seule chose : mourir. Chose qu'elle ferait assurèment si elle n'avait pas raté sa première (et unique) tentative de suicide. Rachel, une cousine éloignée et névrosée (et quelles névroses !!!) la prend en charge. Elle décide d'aider Adèle en essayant de lui trouver un travail, lui redonner goût à la vie, et la coacher sentimentalement. Son principal conseil : coucher avec d'autres hommes afin de désacraliser sa relation avec Mathieu. Adèle rencontre alors Pierre, Paul, Jacques qui ressemblent tous à Mathieu...


Un film original et fantaisiste

Difficile de définir ce film, ce n'est pas un OFNI, mais un essai. Un essai sincère que ses originalités et la précision dans l'écriture scénaristique sauvent.

La première orginalité du film est de donner les rôles de Pierre, Paul, Jacques et Mathieu à un seul et même comédien : Jérémie Elkaïm. Ce dernier peine un peu à donner une vraie épaisseur à tous les personnages, mais il ne s'en sort pas si mal. Sa relation au film est double, puisqu'il a aussi collaboré au scénario (avec Dorothée Sebbag), c'est notamment lui qui a donné l'idée du titre en référence à la chanson-titre de Lio.

L'autre originalité provient de l'imbrication de séquences de comédie musicale orchestrées par Benjamin Biolay, Gonzales et quelques autres. Dans le ton on est plus proche de Christophe Honoré (dans Les Chansons d'Amour et La Belle Personne) et de Ducastel/ Martineau (Jeanne et le Garçon Formidable, Coquillages et Crustacés) que de Jacques Demy.

La Reine des Pommes possède une fantaisie salvatrice, une espèce de folie douce pleinement assumée à travers des petites trouvailles scénaristiques (les affiches, l'utilisation du portable, les conséquences inattendues d'un orgasme...) Cette fantaisie se révèle également dans les dialogues issus de la tradition rohmerienne, exprimant dans un français parfait et légèrement désuet la compléxité des sentiments, des émotions, des désirs, des doutes...

Il y a une très belle écriture sur le scénario, comme si le manque de moyen était comblé dès le développement par la qualité d'un scénario méticuleux à tout point de vue, en porte à faux avec le caractère un peu brouillon de la réalisation. Ici, il n'y a pas de ventre mou dans la complication dramatique, le climax est parfaitement amené et rythmé, drôle à souhait... Quant à la chute, elle est surprenante et éclaire tout le film.  Le tout est porté par des comédiens qui se font vraiment plaisir : Béatrice de Staël (Rachel)  en tête !

"Moi c'est mon oeil qui est pourri, vous c'est votre sperme, chacun son boulet"

 

Des limites pleinement assumées

Le film est fauché et cela se voit à l'image. Il fleure bon les bouts de ficelles et l'urgence. On peut lui reprocher un manque d'uniformité au niveau de la photographie (3 directeurs photos au générique) mais il se dégage du film une belle énergie communicative. On comprend, dès lors, la présence des copains : Laure Marsac, Dominik Möll, Gilles Marchand, Philippe Barassat, Serge Bozon... qui viennent tous donner un coup de main à cette drôle d'entreprise. On peut être désorienté par le petit côté intello-sophistiqué issu de l'intelligentsia artistico bobo parisianniste qu'on ressent à certains moments, mais Valérie Donzelli a une personnalité suffisamment affirmée pour s'en dégager avec une certaine indolence, d'un revers de main. Le film a les limites de ses moyens, c'est un premier long-métrage. Mais la jeune réalisatrice, pleine d'envie, de désir pour son film, assume ces limites avec une certaine candeur. Elle ose tout, elle s'amuse et nous avec !

Vous l'aurez compris, La Reine des Pommes est un premier film certes maladroit, mais tellement généreux. A croquer !

 


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