écrit le 06/03/2010 à 08:30
par Christelle Dupays

M6 - Victoire Bonnot : Peut mieux faire !

Mercredi soir, M6 diffusait l’épisode pilote de Victoire Bonnot : les aventures nombreuses et « complexes » d’une conseillère principale d’éducation incarnée par Valérie Damidot. La future série porte bien son titre, puisque 4,7 millions de spectateurs étaient au rendez-vous. Meilleur score pour une fiction française sur la petite chaîne qui monte depuis 2007. Correction des copies.

En guise de préambule, Victoire Bonnot démarre sur les chapeaux de roues avec un générique enlevé, coloré, rythmé. Aucun doute, la cible est clairement identifiée : M6 vise le d’jeun. Mais attention, pas n’importe quel jeune. Le cadre trentenaire actif et un chouilla nostalgique de ses années lycées.

C’est après le générique que tout cela coince ! Avec des premières images un brin caricaturales qui laissent envisager le pire. Jusqu’à l’arrivée fracassante de Victoire Bonnot. On ne peut pas dire que les conseils de classes enchantent cette CPE gouailleuse et revendicative. On ne peut pas dire non plus que depuis sa mutation, voilà à peine trois mois, elle l’aie jouée discrète. Le terrain est miné, Victoire ne manque pas d’ennemis !

Tout ça est bien gentil, mais a quand même du mal à démarrer. On s’attarde sur le quota de photocopies, l’absentéisme des profs, tout un ensemble de poncifs, semble-t--il obligatoires, afin de bien nous camper le décor. Et quand ça patine un peu, histoire de détendre l’atmosphère on passe aux amourettes de la fille de la CPE, qui, si on a plus de 12 ans et demi sont d’un ennui mortel !
Bref, résumons, l’action (enfin quand elle arrive !) se déroule dans un lycée où non, la vie n’est pas toute rose, toute rose…

Copie bâclée ?
Quand on entre donc enfin dans le vif du sujet, c’est pour aborder les cas particuliers de deux élèves. L’une se prostitue et développe vraisemblablement un penchant certain pour la mythomanie, l’autre est accro au jeu. Deux sujets finalement peu traités en fiction.
Ce n’est donc pas un problème d’originalité ou de manques d’idées. Mais ces deux lignes d’intrigue sont tellement parallèles qu’elles donnent l’impression d’avoir été écrites pour deux épisodes séparés, puis réunies pour tenir le rythme d’un pilote en 90’.


Et c’est bien ce qui constitue le principal problème de ce pilote. Victoire Bonnot manque cruellement de rythme. Tout semble artificiel, tiré jusqu’à la corde. Les intrigues n’avancent que grâce aux coups d’éclat de l’héroïne qui – au passage - se fout de la crédibilité et des lois. J’en passe et des meilleures, mais Victoire Bonnot, afin de "pilonner" son message, n’hésite pas à empoisonner un élève, se battre avec son père, faire chanter un gamin afin qu’il joue les Sherlocks pour son compte… Bref tout ça est loin, très loin d’être cohérent. Et surtout reste collé au sol… Englué.

Prix d’interprétation
Et pourtant on aurait tellement envie que ça décolle ! Car en contrepartie les dialoguistes ne sont pas manchots. Exemple : « Une bagarre entre amis, c’est pas antinomique ça ? » Les répliques, fines, font souvent mouche. Et ne sont jamais de trop. Ce sont elles qui relancent les intrigues, donnent du rythme, du souffle.

Des bonnes répliques servies en plus par de très bons comédiens. Inutile de tergiverser sur la question que tout le monde se posait, oui, Valérie Damidot a une palette de jeu au moins aussi lumineuse et pétillante que sa palette de peinture dans D§Co, l’émission dont elle est l’animatrice phare.

Les dialoguistes ne sont pas manchots !


Elle qui déclarait, avant diffusion, dans la presse, vouloir faire de Victoire Bonnot une Joëlle Mazar (Pause café, Pause tendresse, l’assistante sociale des années 80 incarnée par Véronique Jeannot) des temps modernes n’en est pas bien loin. Dans l’esprit en tout cas. Son héroïne est vraiment attachante, sensible, gaie, drôle et même de mauvaise foi…

Le personnage, là encore, à l’instar des dialogues, est bien construit. Victoire Bonnot a un passé. Et même mieux que ça, un passif ! Qui, en plus n’est pas jeté en bloc à la figure du spectateur, mais savamment distillé au cours de l’épisode

Alors oui, dommage, vraiment dommage que le scénario ne casse pas trois pattes à un canard. Car pour servir le jeu musclé de Valérie Damidot, les intrigues mériteraient de l’être d’avantage.
L’élève Victoire Bonnot décroche donc les encouragements du jury pour ses belles qualités de jeu. Mais attention de ne pas rester sur ses acquis !


Victoire Bonnot est une série produite par VAB production et réalisée par Philippe Dajoux.
Et une fois encore, créditer les scénaristes se révèle compliqué, puisque même le site officiel de M6 ne propose pas leurs noms...!

Heureusement, Google est notre ami...

Scénario : Laurent Vachaud & Sydney Gallonde ! Ouf l'honneur est sauf.


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