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DECRYPTAGE - Le Bal des Actrices : radiographie de l’état d’actrice
Le Bal des Actrices de Maïwenn Le Besco est une mise en abyme jubilatoire ! Il obtint un vif succès public et critique lors de sa sortie en janvier 2009, cumulant plus de 300 000 entrées France avec une petite centaine de copies en circulation, et valut à Joey Starr une citation lors de la 35ème cérémonie des César. Rencontre avec la scénariste et réalisatrice hors norme, adepte du mockumentary.
Ce film, au budget de 2,5 millions d’euros, est intelligent, drôle, léger, touchant, rock, acerbe, très coloré et n’épargne aucun personnage. Selon Maïwenn « la vie tend toujours une perche et nous donne l’opportunité de reconnaître notre talent ».
La preuve ! C’est la troisième nomination après celles du très Festenien Pardonnez-moi aux César 2007 (Meilleur Espoir Féminin et Meilleur Premier Film).
L’idée de faire un long-métrage sur les actrices est présente dans son esprit depuis toujours : « si je n’avais pas eu une mère obsédée par le désir de faire de moi une actrice, je serais devenue réalisatrice plus tôt. Dès que j’ai eu le déclic, j’ai su ce que je voulais montrer. J’ai toujours été fascinée par les films et les pièces de théâtre qui traitent de la mise en abyme. J’ai d’ailleurs une collection importante : La Nuit Américaine de Truffaut, Ca Tourne à Manhattan de Tom DiCillo, Qu’est-il Arrivé à Baby Jane ? de Robert Aldrich, Frances de Graeme Clifford et Sois Belle et Tais-toi de Delphine Seyrig, un documentaire de 1981 très approfondi sur les actrices ».
Pourtant, quand on lui demande comment elle pense être perçue dans la profession, elle répond de sa moue boudeuse : « Je traîne la réputation de quelqu’un qui vole son statut. Les gens ne réalisent pas à quel point je travaille et j’écris mes scénarios. Je ne suis pas non plus manipulatrice avec mes acteurs. Cette réputation d’hystérique provient du tournage sur Haute Tension d’Alexandre Aja. Mais tant que je peux faire ce que je veux, peu importent les rumeurs ! Le respect et le soutien, je les reçois des réalisateurs et des acteurs essentiellement».
Alors comment se déroule son travail scénaristique ?

Une écriture instinctive
Lorsque Maïwenn démarre un scénario, elle n’a pas de règle préétablie. Pardonnez-moi est né dans un traitement de 20 pages. Le Bal des Actrices a pris corps dans un séquencier où elle résume chaque scène, souvent en une phrase, avec ou sans dialogue, jusqu’à ce que se forme le squelette. Une fois que tout est sur papier, elle approfondit scène par scène. A ses yeux, le désir s’envole si l’écriture prend trop de temps. Elle privilégie une réflexion à l’instinct et fait passer l’histoire au second plan : « le sujet, on s’en fout. Ce qui prime, c’est la manière de le dire et de le montrer. Philippe Caubère disait « L’art, ce n’est pas l’idée, mais la forme et la manière ».
L’idée de la comédie musicale a vu le jour dès l’écriture en février 2007. La fusion avec le documentaire donne une dimension fictionnelle et place ainsi le film entre rêve et réalité, où chaque actrice chante ses désirs profonds : « la première version du scénario montrait une réalisatrice (moi) qui veut faire un film en cherchant son rôle principal. Au début du tournage, chacune des actrices me plante pour des raisons personnelles. Cette version était redondante, mais cette étape m’a permis de trouver l’idée du faux documentaire. M’écrire un rôle de tête à claques fait partie de la règle de base morale, à partir du moment où je choisis de prendre un ton très réaliste et de mettre les pieds dans le plat. Il est très dangereux de se filmer avec amour. C’est important la distance lorsqu’on réalise ».
Maïwenn a travaillé avec des consultants comme Vanessa Portal, qui l’a aidée à mettre ses idées sur papier, et le scénariste et réalisateur Bernard Jeanjean, présent deux ou trois fois, pour lui permettre de rebondir et la bousculer sur la structure, la narration et le propos des actrices.
Dialogues : un espace de liberté… cadré
Maïwenn l’annonce clairement « inutile de les apprendre par cœur ». Elle ne se voit pas comme un auteur qui fait des effets de style dans l’écriture. Même rédigé sur papier, rien n’est verrouillé : « je ne suis pas Bertrand Blier. Je comprends qu’il demande à ces comédiens d’apprendre leur texte par cœur. Chaque mot est au microscope. Lorsque je jouais, j’avalais du texte et dépensais 50% de mon énergie dans la mémoire. Ce que je veux sur mes films, c’est voir les comédiennes utiliser 100% de leur énergie sur le plateau à écouter leur partenaire et à vivre la scène. Ce qui m’intéresse, c’est sentir la vérité et obtenir à la fin le propos sur la pellicule ».

Scénario Le Bal des Actrices de Maïwenn (p67-68)
Composition sur mesure des personnages
Pour valider son projet, la réalisatrice est allée voir chaque actrice, sans rien leur proposer à lire, en exposant son idée du film et des chansons qui parleraient de toutes les palettes du métier. A celles qui étaient d’accord, elle donnait sa vision du personnage. Parfois, elle voulait travailler avec elles sans les avoir imaginées dans un rôle.
Ce fut le cas pour Karine Viard, conquise par Pardonnez-moi : « l’idée des fausses vérités lui a plu immédiatement. Elle m’a fait part de sa panique de parler anglais que j’ai ensuite développée. Jeanne Balibar a l’image d’une actrice intello. Je lui ai demandé si elle accepterait de laisser croire qu’elle aime tourner dans des films tels Camping. Et elle a dit oui. Mon écriture est devenue très vite sur mesure. Charlotte Rampling évoque l’intelligence et la distance avec ce métier. Elle est l’actrice qui refuse de se prêter au jeu du documentaire. Elle a d’ailleurs été très dure à convaincre dans la réalité. Avant d’avoir l’accord de Romane Bohringer, je me suis tournée vers de véritables actrices has been. J’avais écrit ce rôle notamment pour Mathilda May, qui était d’accord mais pas sous son nom. Je trouvais ridicule que toutes jouent « vrai » sauf l’actrice has been. J’ai réécrit le personnage pour Romane.
Estelle Lefébure incarne un ex mannequin qui lutte pour être considérée comme une actrice. Je trouvais marrant que mon personnage, assez méprisant, qui fait les pages des Inrocks et les 4ème de couv de Libé, en tombe un peu amoureux ou soit tenté de l’embrasser, via un gage. Je voulais me moquer des personnes populaires, qui véhiculent des images un peu ringardes. Mon personnage l’accepte quand même dans le film aux conditions du producteur. Finalement, je découvre quelqu’un de touchant, de sincère et qui a des cicatrices. C’est du pur snobisme d’étiquette parisien ! Muriel Robin incarne une comédienne de théâtre à qui on demande sans arrêt d’être le clown de service. Elle m’en a fait part et j’ai pu travailler sur cette piste. Linh-Dan Pham évoque le rapport avec ses parents qui ne sont pas fiers de son métier. Tout comme son personnage, elle a fait une école de marketing avant de revenir à sa première passion. Mélanie Doutey interprète l’actrice qui a rencontré le succès très vite. Elle ne sait plus où elle en est. Elle en devient d’ailleurs méprisante. Julie Depardieu représente l’actrice qui joue systématiquement des rôles de mères alors qu’elle n’arrive pas à avoir d’enfant elle-même, tout en sachant que dans la vie, elle n’en veut pas. Karole Rocher joue le rôle d’une actrice débutante. Elle est à vif. Quant à Marina Foïs, elle incarne l’actrice obsédée par son physique et la volonté de rester jeune ».
Au départ, Joey Starr devait écrire uniquement un duo musical avec Charlotte Rampling. C’est à force de le voir travailler que Maïwenn a eu envie de le filmer. Sa nomination aux César fut importante car les producteurs ne croyaient pas à ce choix : « j’ai dû lui faire faire plusieurs essais et rassurer tout le monde, surtout les assurances car Joey a une réputation d’instable. Résultat : Tout le monde l’a trouvé génial ! La nomination a été la cerise sur le gâteau. Que les personnes avec qui je travaille reconnaissent que j’avais raison, c’est une chose, mais que 4000 votants l’approuvent également, c’est dément ! ». Tout comme Yvan Attal, Bertrand Blier, dont Les Acteurs est sorti en 2000, a été difficile à convaincre, mais il a accepté le rôle après avoir vu Pardonnez-moi.

Un compositeur pour chaque actrice
Maïwenn souhaitait que chaque actrice ait un univers chanté et chorégraphié différent. Elle a réussi à créer des mariages atypiques : Joey Starr/Charlotte Rampling, Benjamin Biolay/Mélanie Doutey, Nina Morato/Jeanne Balibar/Muriel Robin, Marc Lavoine/Linh Dan Pham, Holden/Romane Bohringer et AnaIs/Karine Viard. Elle a donné des directives aux compositeurs, comme des listes de mots caractéristiques pour les différentes chansons, entraînant des allers-retours permanents. Fan du compositeur Gabriel Yared (La Cité des Anges, 37/2 le matin, L’Amant, Le Patient Anglais, Le Talentueux Mr Ripley), elle a voulu faire passer dans la bande originale cette idée « de mélancolie qu’il installe divinement dans ses musiques ».

Une mise en scène intime
L’intrigue principale repose sur le couple, les histoires qui lui sont arrivées nourrissent la plupart des personnages, le tout est filmé d’une manière intime : « je pense que ce qui anime une actrice, c’est l’amour. C’est son moteur principal. Une actrice, c’est la féminité, les femmes et leurs excès. Et les spectatrices ont besoin de s’identifier à elle. Je n’ai pas fait beaucoup de films en tant qu’actrice, mais j’ai des souvenirs très précis de mes manques. Ma plus belle expérience est avec Lelouch. Sa façon de diriger les acteurs est jubilatoire. La relation doit être proche de ça. Je ne crois pas en une relation perverse et manipulatrice, je pense qu’on doit aimer les acteurs. Après, le débat s’engage. Certains réalisateurs se demandent pourquoi on devrait traiter les acteurs comme des rois, c’est un métier comme un autre… ».

Ses projets
Maïwenn développe actuellement son prochain film, au budget de 5 millions d’euros, chronique de la vie des policiers de la brigade des mineurs. L’écriture du scénario, coécrit avec Emmanuelle Bercot (Clément) est terminée. Le tournage devrait débuter cet été pour débarquer sur les écrans en 2011. Karine Viard, Nicolas Briançon, Karole Rocher, Marina Foïs seront de nouveau à l’affiche : « ce film est pour moi un challenge. Dans Clément, Emmanuelle Bercot incarne une fille qui tombe amoureuse d’un garçon de 13 ans. C’est un rôle qu’on aime et auquel on s’attache. J’ai envie de suivre ce chemin car je ne peux pas jouer sans arrêt les têtes à claques, capricieuse et méchante… ».
En savoir plus sur Maïwenn
En 2003, elle monte son premier spectacle autobiographique, Le Pois Chiche, où elle évoque son enfance et particulièrement la pression d’une mère sur sa fille qui veut faire d’elle une star. Elle interprète elle-même tous les
personnages : des parents aux frères et sœurs jusqu’à son agent. Le succès arrive très vite. Elle joue presque tous les soirs à guichet fermé, sans production et sans publicité. Un producteur lui propose d’adapter son spectacle. I’m an Actrice devient alors son premier court-métrage : « J’étais paniquée à l’idée de faire comme les autres réalisateurs. Je faisais tout, mes dialogues, mes découpages. Mon premier assistant m’avait montré le découpage de Rappeneau. C’était un travail de fourmi où chaque plan était découpé à la virgule près. J’ai voulu faire comme lui ». En parallèle, Maïwenn tourne entre autres dans l’Été Meurtrier, La Gamine, Haute Tension ainsi que Les Parisiens et Le Courage d’Aimer de Claude Lelouch.
En retrouvant des cassettes de son enfance, elle s’est rendue compte qu’elle aimait filmer : « mon court-métrage était encore trop brouillon à l’époque. Pardonnez-moi m’a donné envie de faire un film avec cet esprit : cassette, super 8, journal intime, un peu fouillis, documentaire. Je l’ai écrit seule et tourné en 17 jours avec un budget de 265 000 euros. A sa sortie, mes rapports avec ma famille n’ont pas changé. Ma mère m’a envoyé un mail didactique comme un professeur de la Femis, mais pas de retour d’une mère à sa fille. Mon père était en Inde à cette période. Je lui ai donné le DVD à son retour. Je n’ai eu aucune nouvelle. Le succès et la reconnaissance, je les ai eus du métier, des spectateurs et des personnes que j’ai aidées. J’ai participé à de nombreux débats sur les enfants battus et la maltraitance. Le film a porté ses fruits et les retombées m’ont fait du bien et m’ont donné confiance pour après ».
Puis en 2009 est sorti Le Bal des Actrices...
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