écrit le 12/03/2010 à 20:00
par Christelle Dupays

CINÉMA - Pièce Montée ou l'ennui de noces

Si Pièce montée, œuvre de Jérôme Soubeyrand et Denys Granier-Deferre, réussit une chose, c’est à recréer l’ennui qui vient souvent poindre dans un mariage (nous parlons de la cérémonie, pas de ce qui suit, comme dirait Guitry). Cet ennui de milieu de soirée, quand on ne sait plus trop quels clichés évoquer avec ses voisins d’un soir. Mais qu’il est encore bien trop tôt pour s’échapper… La pièce est consistante, mais pas très bien montée et nous laisse sur notre faim...

Ecrit par Jérôme Soubeyrand (Tout pour plaire, de Cecile Telerman) et réalisé par Denys Granier-Deferre (bon réalisateur télé, par exemple 93 rue Lauriston, Ambre a disparu), Pièce montée semblait pourtant réunir tous les ingrédients d’un film réussi. Une idée (enfin deux !) ultra-classiques, mais plutôt bonnes, le mariage et les secrets de famille (ou vice-versa) et surtout un superbe casting promettait de donner du goût à la recette. Pourtant, le résultat est un peu fade.

Avec ce film, nous devenons les témoins du mariage de Bérengère et Vincent, jeunes « bo-bo », très chics, très propres sur eux. Très petits bourgeois. Tout s’annonce pour le mieux. La mère du marié déteste sa belle-fille, la mère de la mariée est au comble du stress, et la grand-mère a imposé que la cérémonie se déroule dans un coin paumé du bordelais, pour la plus grande joie des invités, pas franchement ravis de cette journée à la campagne.
Bref, clichés à gogo, fanfreluches, chapeaux à plumes et vieilles rancoeurs sont de sortie ! Et l’amour bien sûr. Ah l’amour…

Qui arrive toujours sans crier gare ! Car si vous vous attendez à ce que Pièce montée vous raconte l’histoire des deux jeunes tourtereaux, c’est peine perdue ! Non, c’est l’amour caché et oublié de Madeleine et Victor qui va rejaillir au grand jour. Bon Victor est le prêtre qui célèbre la cérémonie et Madeleine est une pimpante grand-mère, et alors ?
Les deux personnages, interprétés par Danielle Darrieux et Jean-Pierre Marielle, sont bourrés de charme. Mais ça ne suffit malheureusement pas à nous séduire totalement.


Un réel talent pour croquer les personnages
Le problème, c’est que, même en témoin attentif de ce mariage, on a du mal à déterminer le vrai sujet du film. On a l’impression que les auteurs veulent nous raconter deux histoires, celle d’un couple de minots face à un couple de personnes âgées, posées là comme pour obtenir un effet miroir qui malheureusement ne se reflète pas. On est touché par chacun des personnages, mais pas par ces personnages ensemble. Tout ça s’emboîte mal. L’expérience des uns ne sert pas celle des autres. Ou si peu.

C’est d’autant plus dommage que l’on doit reconnaître que Jérôme Soubeyrand et Denys Granier-Deferre ont un réel talent pour « croquer » des personnages. Les couples incarnés par Julie Depardieu et Hélène Fillières et Christophe Alévêque et Léa Drucker ont vraiment du corps, une respiration, une construction. Les petits travers de la société s’incarnent en eux. On ressent leurs doutes, leur désarroi, voire même de la tendresse pour eux.

Il n’en est pas de même pour les situations. Celles-ci se télescopent un peu à la manière de ficelles que l’on tire. Toutes plus grosses les unes que les autres. Imaginez deux secondes, vous êtes le marié et vous découvrez à la table du banquet un petit mot plié sous votre serviette, vous prévenant que votre femme vous trompe ! Vous êtes pour le moins contrarié. Vous vous mettez à sa recherche et vous tombez… sur votre ex qui est désormais la compagne de votre frère.
Bon comme vous avez cinq minutes à perdre, vous vous arrêtez pour vous excuser de tout le mal que vous avez pu lui faire. Touchée, celle-ci vous dépose un chaste baiser sur la joue. C’est, bien entendu, ce moment que choisit votre fiancée pour débarquer… Avant de repartir, sans dire un mot.Vexée. Méprisante, elle vous annonce qu’elle veut divorcer (après 3 heures de mariage !) avant de disparaître à nouveau. Bon, vous finirez par la retrouver en fin de nuit, après une ou deux péripéties supplémentaires et non des moindres.

Parce que pendant ce temps, dans le jardin, les papys roucoulent. Et Mr le curé découvre qu’il a en fait marié sa petite-fille. Mais si, mais si… Le voilà le terrible secret de famille. Que Mamy, qui s’est tue pendant 50 ans, s’empresse d’aller annoncer aux convives, entre la poire et le fromage. Histoire de perturber encore un peu plus la situation !

Et nous, pauvres spectateurs de nous demander à quoi tout cela peut bien servir. Puisque visiblement, ce secret était tellement bien gardé qu’il n’inquiétait personne. Et que donc personne ne cherchait à le connaître. Résultat : une séquence qui tombe comme un cheveu sur la soupe.


Un discours, un discours, un discours !
Sans compter que Jérôme Soubeyrand et Denys Granier-Deferre sont visiblement plus à l’aise avec l’ironie des histoires d’amours qui finissent mal (en général !) plutôt qu’avec la valse à mille temps des vieux amants.

Les dialogues, bien que pris en charge par d’excellents comédiens, sonnent parfois faux. Enfin, plus exactement, ils sont inégaux. Autant, les répliques du curé râleur sont drôles, autant celles de l’amant transi sont caricaturales et mièvres. Presque dégoulinantes, à tel point qu’elles donnent plus à sourire qu’elles n’amènent à une émotion.

Là encore, on aurait souhaité tellement plus. Mais on aurait dû se méfier. La première séquence était prémonitoire. En livrant sa pièce montée, le pâtissier la laisse tomber au sol. Elle se disloque. Et ne doit son salut qu’à un savant rafistolage à base de caramel.


A l’image du film. Pièce Montée est en réalité un colmatage un peu maladroit. Un assemblage de plusieurs lignes d’histoires qui se frôlent plus qu’elles ne se croisent vraiment, arrosées de dialogues un peu trop sirupeux.

Pourtant, et c’est tout le paradoxe, tant bien que mal on est resté jusqu’au bout de cette histoire. Jusqu’à la fin de ce mariage. On s’est attaché à ces convives de quelques heures. On ne les déteste pas non, simplement, comme le film, on est passé à côté.


Pièce Montée
Scénario : Jérôme Soubeyrand
Adaptation et dialogues : Jérôme Soubeyrand et Denys Granier-Deferre
Réalisation : Denys Granier-Deferre
Avec Clémence Poésy, Jérémie Renier, Jean-Pierre Marielle et Danielle Darrieux.


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