écrit le 15/03/2010 à 14:00
par Anne de Beauvillé

CINÉMA - "Sans laisser de traces"... Aucun risque !

Entre comédie noire et thriller psychologique, le film oscille et tombe à côté de chacun des genres.
Pourtant, les acteurs sont volontaires et les thèmes abordés intéressants : la culpabilité, la duplicité, le hasard et la chance… Mais le manque cruel de crédibilité de l’intrigue, ajouté aux maladresses du scénario, plombent le film qui passe complètement à côté de son sujet.


Grégoire Vigneron, scénariste de comédies populaires (Prête-moi ta main, Molière, Le Petit Nicolas), passe derrière la caméra et co-écrit Sans laisser de traces avec son ami Laurent Tirard (réalisateur du Petit Nicolas). Changement radical de genre puisque le film se positionne comme un polar angoissant… Malheureusement le virage est loupé.

Étienne Meunier (Benoît Magimel) est un imbuvable businessman richissime qui s’apprête à prendre la direction de la grosse société industrielle appartenant à beau-papa. Femme sobre et chic (Julie Gayet) avec qui il tente en vain de faire un enfant, appartement épuré aux baies vitrées immenses, beaux-parents vouvoyant et légèrement méprisants, Etienne est doté de toute la panoplie de sa condition. Jusqu’à la voiture clinquante, aucun cliché ne manque.
Il croise par hasard Patrick (François-Xavier Demaison) un ancien camarade de classe. À l’opposé d’Etienne, Patrick survit entre petits boulots et passé de délinquant. Contre toute attente, Etienne lui confie très vite le secret de sa réussite. Sa carrière est en effet bâtie sur le détournement d’une formule chimique qui lui permit de faire fortune. Une faute originelle qui culpabilise depuis toujours l’homme d’affaires et l’empêche de savourer pleinement son succès. Les deux compères décident alors d’aller rendre visite à l’inventeur de cette formule pour qu’Etienne puisse lui demander pardon. Le chimiste floué ne s’est jamais remis de son échec et n’accueille pas d’une bonne oreille les regrets d’Etienne. Lorsqu’il tente de faire chanter ce dernier, Patrick a un geste malheureux et la spirale criminelle est déclenchée.


Le personnage de Patrick plus risible qu’inquiétant


La confrontation Magimel/Demaison fait écho à celle de Lucas/Lopez dans Harry, un Ami qui vous Veut du Bien mais tombe complètement à plat. Le personnage de Patrick, pourtant bien défendu par Demaison, ne convainc absolument pas. On le voit venir de loin avec son passé mystérieux, son insistance, sa façon de s’habiller… Par contre, on avait sous-estimé sa profonde bêtise qui a le mérite de nous faire rire mais qui, du même coup, nous sort complètement du film. Trop lourd, trop vulgaire, on ne peut décidément pas croire à un quelconque machiavélisme chez ce personnage. On plaint Etienne de s’être collé un pareil boulet à la patte…


Un scénario bourré de maladresses

Le postulat de départ n’étant pas d’une crédibilité folle, l’histoire est laborieuse du début à la fin. Les rebondissements, souvent provoqués par le personnage de Patrick, manquent de fluidité et s’intègrent mal au récit. Les intrigues secondaires, pourtant basées sur des éléments intéressants de la personnalité d’Etienne (peur d’être doublé au moment de prendre la direction de l’entreprise, difficulté à faire un enfant, fossé des origines sociales entre sa belle famille et lui) sont traitées avec tant de maladresse qu’encore une fois, on rit au détriment du film.


Heureusement, le récit ménage tant bien que mal un certain suspens jusqu’au retournement final qui déçoit.

On pense à Match Point de Woody Allen mais alors en beaucoup, beaucoup moins subtil.


Un air de déjà-vu et un manque de crédibilité criant nous empêche d’adhérer à l’histoire malgré le personnage d’Etienne qui gagne en complexité tout au long du film. Benoît Magimel l’interprète avec subtilité et l’on ne sait plus si on doit le détester, le prendre en pitié ou souhaiter qu’il s’en sorte.
Un polar raté donc, au scénario fantasque et aux rebondissements risibles. Dommage car de bonnes pistes existaient, bien que déjà exploitées dans d’autres films.


 


Sans Laisser de Traces
Réalisation : Grégoire Vigneron
Scénario : Grégoire Vigneron et Laurent Tirard
Avec : Benoît Magimel, François-Xavier Demaison, Julie Gayet, Léa Seydoux.
 


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