écrit le 16/03/2010 à 02:00
par Frédéric Davoust

CINÉMA - Les chèvres du Pentagone de Grant Heslov : Hippies... de chèvre

Grant Heslov signe une adaptation du roman de Jon Ronson : The Men Who Stare the Goat, littéralement : Les hommes qui fixent les chèvres, une farce teintée d'autodérision tenue brillamment par un George Clooney en pleine forme malgré un scénario décevant qui finit par se prendre un peu trop au sérieux.

Bob Wilton (Ewan Mcgregor fat à souhait) est un petit journaliste médiocre travaillant pour un journal minable dans une petite ville tranquille. Au détour d'une interview d'un drôle du gus qui s'amuse à tuer du regard des hamsters il apprend que l'armée américaine a mis en place un programme de recherche pour développer un régiment composé de médiums et d'hurluberlus dotés de pouvoirs paranormaux : des nouveaux supers guerriers, des Jedis. Bien sûr il n'y croit guère, même si l'homme lui apporte quelques preuves et un nom : Lyn Cassady, un puissant télépathe capable de tuer une chèvre rien qu'en la regardant. De retour à son journal, un incident va faire basculer sa vie. Son collègue obèse meurt brutalement d'une crise cardiaque faisant prendre conscience à chacun de la fragilité de la vie humaine. Sa femme le quitte pour le boss du journal, le laissant seul et désespéré. Il décide alors de partir en Irak couvrir la première guerre du Golfe. A son hôtel de Koweit City, il fait la connaissance de Lyn Cassady (Georges Clooney), LE Lyn Cassady capable de tuer les chèvres d'un simple regard (on sent le gros Deus ex Machina !)  Il lui colle aux basques et les deux hommes partent en "mission" en Irak. Lyn Cassady lui révèle alors les secrets de ce régiment un peu particulier.

 

Le film est assez difficile à résumer, mais nous ne sommes pas loin des Frères Coen et de leur humour si particulier. Ce qui n'est pas un hasard vu que le réalisateur a produit deux opus des Coen. Les flash-backs, l'abattage de Georges Clooney et de Jeff Bridges fonctionnent plutôt bien. Les comédiens s'éclatent (surtout sur les murs) et partagent généreusement leur plaisir avec le spectateur. Heureusement, car le seul scénario aurait plutôt tendance à perdre le spectateur en cours de route.

Le plus gros défaut du scénario est de ne pas tenir une ligne claire, à aucun moment on ne sait où il va : d'un côté il y a Bob Wilton qui ne se remet pas du départ de sa femme et cherche le scoop pour espérer la retrouver. Pour cela il suit un inconnu pensant que c'est lui qui lui apportera ce qu'il attend. De l'autre il y a l'histoire de ce régiment de joyeux drilles un peu barrés et des recherches de l'armée américaine sur le paranormal. Cette intrigue concernant la création, l'enrôlement, l'entraînement du régiment, est de loin la plus drôle du film. Uniquement construit en flash-backs, on sent le réalisateur plus convaincu, le rythme est soutenu. les flash-backs sont bien amenés, toujours en lien avec le temps du récit. Ces retours en arrière ont un autre intérêt : rythmer la traversée du désert et éviter le ventre mou de la complication dramatique.

Mais voilà, le périple des deux hommes dans le désert irakien traîne en longueur et le récit s'enlise, les flash-backs se font moins fréquents, jusqu'à complètement disparaître. Le film perd alors son rythme, et le spectateur son sens de l'humour.

 

 

Mais jusqu'où ils vont aller ?

Une question que le spectateur ne devrait pas se poser, et pourtant elle m'a taraudé un bon bout de temps. Un brin lassé par les répétitions, les flash-backs, les pitreries de Clooney, je voulais savoir où le film allait nous emmener. Et c'est là que le bât blesse, la dernière partie n'est vraiment pas à la hauteur. Lyn et Bob retrouvent l'équipe de bras cassés vieillissante. Bob prend conscience de ses pouvoirs, et repart vers sa vie avec une mission. C'est un peu léger, et surtout très gros dans la mesure où le film se prend un peu au sérieux.
Le réalisateur croit-il en ce qu'il raconte ? Croit-il vraiment que l'armée américaine est capable de former un régiment de supers soldats dotés de pouvoirs paranormaux ? On aurait préféré qu'il reste dans la farce, malheureusement, la dernière image du film ne laisse aucun doute : il y  croit.

Un abus de Comics peut sérieusement nuire à la bonne tenue d'un film, à moins de jouer de la dérision jusqu'au bout !

 

 

Les Chèvres du Pentagone de Grant Heslov

Scénario : Peter Straughan d'après Jon Ronson

Avec : George Clooney, Ewan McGregor, Jeff Bridges, Kevin Spacey et Stephen Lang.


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