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CINÉMA - L'Arnacoeur ou comment faire passer de l'eau de rose pour un cru millésimé !
Sur le papier (glacé) L’Arnacoeur avait tout, ou presque, pour séduire. Sur la toile c’est une autre histoire. Celle d'une bluette trop mièvre et trop sucrée…
Disons le tout de suite, je n’ai rien contre la guimauve. Statistiquement parlant, je fais même partie du cœur de cible parfait d’amateur de guimauve au pays des Bisounours. Mais attention de bonne guimauve. Pas de chamallow tout mou et tout collant à l’image de cet Arnacoeur.
Manque de consistance
Tout commençait pourtant bien. Les dix premières minutes sont même très drôles, vraiment drôles, le réalisateur prenant un malin plaisir à détourner tous les codes des romances de cinéma. Et dans son fauteuil, la main comme suspendue sur le pot de pop-corn, on se dit : « Chouette, enfin un cinéaste qui ne me prend pas pour une imbécile ! » Mais les bonnes choses ne durent qu’un temps !
Une fois installé le métier de notre Arnacoeur de Romain Duris, soit aider des jeunes femmes malheureuses à s’affranchir de leur boulet de mari, l’histoire s’enlise, avant même de commencer vraiment, pour finir là où elle doit de toute façon finir.
Bien sûr, je sais, et j’accepte même par contrat tacite, en allant voir une romance qu’il y a de très très fortes chances que les deux héros finissent tourtereaux, qu’ils se marient, aient beaucoup d’enfants et tout le toutim. Je m’en réjouis même ! Parce que ce que j’aime voir c’est le chemin qui mène à ce happy end, plus il est tortueux plus je jubile sur mon siège. Là. J’ai fini par sagement manger tout mon pop-corn. On s’occupe comme on peut… Mais revenons à l’histoire.
Alex a une mission de taille, séduire Vanessa Paradis, alias Juliette, oenologue chieuse et follement amoureuse d’un milliardaire humanitaire. Alex, comme de bien entendu, est criblé de dettes (de quoi au juste ?) et n’a donc pas le choix de dire non. Il relève le défi. Direction Monaco ! Belles images, belles voitures, belles musiques, beaux cadres, beau placement de publicité à l'écran et bla et bla et bla.
On baille un peu, se dandine sur son siège, s’ennuie poliment de ce long enchaînement de situations classiques à souhait. Pourtant un peu de surprise n’aurait pas nui au feu du romantisme. Et là, rien, même pas une toute petite étincelle…
Héros charismatiques ?
Sauf dans les yeux des deux héros, Vanessa Paradis et Romain Duris, qui, il faut bien le reconnaître sont mignons tout plein. Ceci dit, leurs personnages sont tellement peu caractérisés, qu’heureusement que le charisme des comédiens parvient à sauver les rôles. Les amateurs du tandem Paradis/Duris ont ici de quoi se réjouir.
Les autres trouveront du réconfort auprès des seconds rôles. A mon sens le vrai point fort du film. Julie Ferrier est impeccable de lucidité-loufoque, Helena Noguerra est jouissive et François Damiens est drôlement belge. A eux trois, ils réussissent régulièrement à tirer le film vers le haut, vers une vraie comédie, presque burlesque, loin du romantisme doucereux du reste de l’histoire.
L’autre bonne idée est d’avoir tenté d’exploiter la nostalgie Dirty Dancing. Dirty Dancing, toutes les midinettes trentenaires ont un jour rêvé d’un rendez-vous avec Patrick Swayze (ou un autre) qui se terminerait de façon aussi torride que LA scène du lac !
Dommage alors que l’idée ait avorté dans l’œuf, car hormis une ou deux séquences, très enlevées, le parallèle est à peine effleuré. Reste la musique… Heureusement…
A bout de souffle
Heureusement, car pour le reste, si l’Arnacoeur ne manque pas de rythme, il manque cruellement de souffle. Et c’est bien plus grave. Le scénario ne développe jamais cette « épopée » qui régit tout bon film (américain ou non) dit « à l’eau de rose ». Tout est prévisible et arrive toujours, toujours, toujours, quand on s’y attend. Juste à point nommé. Et ça c’est énervant. Bien réglé, mais énervant. Et surtout pas franchement créatif.
Démonstration, la demoiselle Juiette adore George Mickaël, kiffe Dirty Dancing donc et surtout le roquefort. Notre Roméo de pacotille, pour la séduire suit sa feuille de route point par point, une bouchée de roquefort, trois pas de danse, quelques notes de Georges… Bien sûr Vanessa-Juliette est au paradis. Séduite. Et définitivement conquise quand il lui avoue n’avoir jamais dansé sur du roquefort et mangé du Georges Mickaël… Ou l’inverse finalement. Tout ça a bien peu d’importance.
Ce qui est plus ennuyeux, c’est que cette sensation de facilité diluée perdure de bout en bout du film. A chaque fois que les scénaristes, car ils sont trois, ont besoin d’un tour de passe passe, eh bien tana : magie… Ils sortent du chapeau une nouvelle révélation, un nouveau personnage (et je pense là à l'irritante scène du détournement de jet par beaux-parents interposés), sans crier gare et surtout sans préparation aucune. Et ce qui peut être séduisant une fois devient lassant à la longue. Plutôt que de jouer la complicité avec les spectateurs, les scénaristes ont clairement décidé de lui faire avaler toutes les couleuvres possibles. L'eau de rose oui, l'eau sucrée non !
Mystère et boule de gomme
C’est là un autre problème du film. Il manque vraiment de mystère. Ce qui est pour le moins paradoxal puisque le scénario passe son temps à omettre de nous expliquer les situations. A les survoler plutôt que les installer.
Je m’explique. Le personnage du père nous est d’abord vendu comme un mafieux. On se dit donc qu’il doit avoir de bonnes raisons d’interdire ce mariage, qu’il a des infos croustillantes sur ce futur gendre, que peut-être même l’amoureux de sa fille pourrait être un salaud ! Que nenni… Sa fille ne doit pas l’épouser car il a peur qu’elle ne s’éclate pas avec lui ! Merci papa, jolie intention…
Qui ne suffit pas à dramatiser cette situation. Parce que finalement moi, spectatrice, je me moque bien que Juliette quitte un gentil benêt pour en épouser un autre… Je ne suis pas touchée par elle. Pour ça il aurait fallu que je la voie dupée, en danger, que je tremble avec elle, ou pour elle… Et là oui, j’aurais croisé les doigts pour qu’elle tombe dans les filets de l’Arnacoeur. Et j’y serai probablement tombée moi aussi…

L’Arnacoeur
Scénario : Laurent Zeitoun, Jeremy Doner et Yoann Gromb.
Réalisation : Pascal Chaumeil
Avec : Vanessa Paradis, Romain Duris, Julie Ferrier, François Damiens et Helena Noguerra.
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