Ex: France Télévisions | Guilde | Cannes | Formation
CRITIQUE - Festival Israélien : des films, des coups de cœur, des critiques
Retrouvez nos critiques de films du Festival Israélien 2010 sur les nouveaux longs-métrages : Phobidilia (Prix du Public), Adam Ressuscité, Eli et Ben, La Mère de Valentina, À 5 heures de Paris (projeté à la cérémonie d'ouverture). Sur la sélection Best-Of : Made in Israël, Desperado Square, Beaufort, Les Sept Jours et My Father My Lord.
Lire notre compte-rendu Festival Israélien 2010
Nouveaux longs-métrages
Phobidilia : un huis clos post-traumatique
Prix du Public, Phobidilia est le premier long-métrage des frères Paz, qui sont comparés aux frères Cohen en Israël. Les réalisateurs, diplômés de la faculté de cinéma de l’université de Tel-Aviv se sont initiés avec des clips vidéo et des publicités pour la télévision avant d’entamer leur carrière cinématographique. Leur père, Jonathan Paz – cinéaste – a présenté Eskimos en Galilée dans la section Best-Of.
Phobidilia est un huis clos post-traumatique, aux tendances cyberpunks, adapté du roman éponyme de l’écrivain et scénariste Izhar Har-Lev, avec lequel ils ont collaboré un temps avant de prendre leur liberté sur le scénario. L’histoire est centrée sur le personnage de Regev, qui après avoir subi un traumatisme émotionnel dans un lieu public, décide de s’enfermer définitivement chez lui. Pour continuer à vivre, il utilise toute la technologie moderne : le sexe par internet, l’alimentation et les achats par livraison et le divertissement par la télévision. Mais sa vie prend une toute autre tournure lorsqu’une jeune enquêtrice – Daniela - pour une émission de télévision débarque chez lui et que l’agent immobilier de l’immeuble – Grumps - lui annonce que son appartement est sur le point d’être vendu…
Les réalisateurs réussissent à créer une certaine tension solidement tenue, et l’interprétation en force de l’acteur Ofer Shechter, connu du public israélien au travers des séries et programmes télévisés, nous plonge dans son agoraphobie et son enfermement. Les frères Paz posent un regard critique sur les technologies modernes, qui poussent de plus en plus l’individu à se défaire de la vie sociale, se limitant à ce qui lui est nécessaire pour survivre. Ainsi pour Regev, le temps et le vivre ne sont plus. Hélas, le scénario part un peu dans tous les sens et entremêle plusieurs sujets sans forcément créer de liens. La ligne directrice a tendance à se perdre, à se retrouver, puis à se perdre de nouveau… Et l’agoraphobie est hélas traitée en surface. Les réalisateurs évitent les symptômes qui caractérisent ce trouble cognitif (vertiges, sueurs, souffle coupé, vision floutée) lorsque l’individu sort de son refuge.
Le face à face entre l’enfermement personnel de Regev, dans cette maison tout confort, et celui de Grumps, rescapé des camps de la mort, qui a dû se cacher et s’enfermer pendant des jours, des nuits, des mois dans des lieux sinistres qu’il n’a pas choisis, est clairement défini. Par ce biais, les cinéastes soulignent le consentement du personnage à cette claustration « luxueuse» (internet, téléphone et télévision). Grumps, effet de miroir du protagoniste, le pousse à sortir, par tous les subterfuges possibles. Ces deux personnages enclenchent alors une spirale infernale de dégringolade dans un délire à deux. De Requiem for a Dream à Fight Club, de La Plage à Stars Wars, les références cinématographiques sont omniprésentes et nombreuses dans ce film. En parallèle, Daniela pénètre par hasard dans son univers. Au travers de cette histoire d’amour, elle incarne la vie qu’il a eue, et qu’il doit retrouver.
Les frères Paz placent la femme au centre du personnage de Regev : sa mère (à l’origine de son traumatisme), Jessica (son idéal de femme virtuelle) et Daniela (sa réalité et son avenir avec ses défauts). Les deux personnages qui gravitent autour de lui déstabilisent l’ordre qu’il a bâti dans cette bulle idyllique et vont peu à peu l’entraîner malgré eux dans un cauchemar sans fin.
Première œuvre au budget établi à l’économie, Phobidilia soulève le problème du repli de l’individu dans une société contemporaine de plus en plus renfermée sur elle-même. La réalisation pêchue - entre plans variés, flash-back, voix off, scènes oniriques et délires - rythmée par une musique électronique au cachet plutôt nineties, nous transporte pendant 1h25 et nous fait comprendre que pour vivre heureux, vivons dehors... ND
Eli et Ben : portrait convenu d’un préadolescent
Eli et Ben de Ori Ravid concourait cette année pour le prix du public du festival. L’intrigue se focalise sur les relations entre Eli, un gamin un peu turbulent et attachant, dont le père Ben (Lior Ashkenazi), éminent architecte de Tel-Aviv, est accusé de malversations en tous genres. Eli est alors confronté à une figure paternelle qu’il ne comprend plus et aux affres de la transition de l’enfance à l’adolescence.
Ce premier film est malheureusement assez maladroit. Les clichés sur l’adolescence sont légion et le jeune acteur qui interprète Eli n’arrive pas à nous faire oublier la banalité des scènes qui composent le scénario.
Les personnages, en dehors des deux rôles-titres, ne sont pas assez développés et le potentiel dramaturgique des scènes qui les impliquent s’en voit régulièrement affaibli. C’est dommage, car avec plus d’originalité et des traits plus ambigus pour caractériser les personnages, le film aurait pu décoller. MC
La Mère de Valentina : inquiétante étrangeté
Adapté d’une nouvelle de la romancière Savyon Liebrecht, dont les écrits connaissent un grand succès en Israël, La mère de Valentina (réalisé par Arik Lubetzky et Matti Harari) raconte le destin de Paula, rescapée polonaise de l’holocauste qui, à l’hiver de sa vie, se voit délaissée par sa famille dans un appartement d’une ville israélienne sans âme. Un jour, elle embauche comme employée de maison Valentina, une jeune polonaise fraîchement débarquée en Israël pour gagner un peu d’argent. Au contact de la jeune femme, Paula va peu à peu se replonger dans les souvenirs de sa jeunesse en Pologne pendant la Seconde Guerre mondiale…
Il serait dommage de révéler plus d’éléments concernant l’intrigue de La mère de Valentina, car l’intérêt du film réside principalement dans le déroulement assez inattendu et plutôt dérangeant de l’histoire. Le film n’est pourtant qu’une demi réussite. Même si les personnages sont bien campés par les interprètes principales (qui réussissent avec brio, à en faire ressortir la complexité psychologique), l’intrigue avance trop par à-coups et la fluidité qui aurait amplifié la sensation de malaise diffusé jusqu’à la fin du film, n’émerge jamais de l’ensemble.
Autre point négatif : la musique essaie trop souvent d’orchestrer de manière poussive les sensations que le spectateur est « censé » éprouver. Mais malgré ces écarts, le sujet, glaçant, reste intéressant. MC
À Cinq Heures de Paris : Tel-Aviv sur un air de Joe Dassin
Cette comédie romantique, réalisée en 2008 par Leon Prudovsky (dont c’est le premier long-métrage au cinéma) est une
très bonne surprise. La peinture douce-amère du quotidien de ce chauffeur de taxi, cousin israélien de Woody Allen et fan de Joe Dassin, est plutôt drôle et construite sans temps mort. Yigal est divorcé et pas très habile lorsqu’il s’agit de séduire une femme. Sa situation ne s’arrange pas lorsqu’il tombe amoureux de Lina, la prof de musique de son fils, une jeune femme douce, mélancolique et… mariée ! Malgré les obstacles, une tendre complicité va quand même s’installer entre Lina et Yigal.
Ce qui fait la force de ce film c’est sa simplicité. Sans artifice, juste avec des personnages bien construits et attachants, l’intrigue avance au rythme des questionnements et du ressenti des protagonistes. L’absence de mièvrerie et de sentimentalisme, voulue par le réalisateur et son co-scénariste Erez Kav-el, rompt avec la tradition de certaines comédies américaines qui font la part belle à l’effusion des sentiments et aux dialogues qui n’en finissent pas. Dans À Cinq Heures de Paris, l’émotion naît des regards ambigus et du frôlement involontaire entre deux mains. Ça fait plutôt plaisir au spectateur de voir qu’il n’est pas pris pour un idiot.
En plus, de tous les films de la sélection, c’est celui qui semble donner l’image la plus réaliste du Tel-Aviv d’aujourd’hui. Bonne nouvelle ! Ce film sort dans les salles françaises en juillet. À voir en dégustant un bon cône glacé, pour se détendre. MC
Loin d’Éden : un thriller décevant

Annoncé comme un des temps forts du festival (depuis Quantum of Solace, un film d’action avec Olga Kurylenko, ça fait tout de suite très chic), Loin d’Éden est pourtant le film le moins convaincant de la sélection. L’histoire de cette tueuse à gages russe basée à Tel-Aviv, qui essaie tant bien que mal de s’extirper de ce monde sans pitié avec l’aide de sa voisine, une femme battue, est peu crédible et mal scénarisée.
Beaucoup d’incohérences dans le scénario empêchent le spectateur d'entrer dans le film. Les scènes d’action sont montées à la hache. La mise en scène, qui s’inspire de certains films de Brian de Palma (L’Impasse notamment), souffre énormément de la comparaison avec la virtuosité du cinéaste new-yorkais. On assiste aussi à une avalanche de violence gratuite.
Bref, la liste pourrait continuer… mais, à quoi sert de tirer sur une ambulance ? La seule chose à retenir si ce film venait à sortir sur les écrans français : il faut l’éviter. MC
Adam Ressuscité : de la survie à la vie
Le scénariste et réalisateur Paul Schrader (American Gigolo, La Féline), très connu pour avoir écrit les scénarios de
Taxi Driver, Raging Bull, La dernière Tentation du Christ, A tombeau ouvert de Martin Scorsese, a présenté Adam Ressuscité, écrit par Noah Stollman, d’après le roman de Yoram Kaniuk. Ce film était l’un des plus attendus du Festival.
1961, Adam Stein (Jeff Goldblum) est un patient d’une institution mentale dans le désert du Neguev en Israël pour les survivants de l’Holocauste. Dans les années 30, il était impresario de cabaret, propriétaire d’un cirque, magicien, musicien, adoré du public et des nazis, jusqu’à ce qu’il soit envoyé dans un camp de concentration et confronté au commandant Klein (Willem Dafoe). Pour survivre, il devient « le chien » de ce nazi, l’amusant et le distrayant, alors que sa femme et sa fille sont envoyées à la mort.
Le synopsis annonce déjà un film excessivement difficile, même si on part presque confiant par rapport à la filmographie du cinéaste. Car comment appréhender sur plus d’une heure, un thème aussi rageant, humiliant, atroce… ? Et pourtant, sans être en accord sur tout, dans ce scénario complexe et sans concession, construit comme une sorte de puzzle, alimenté de flash-back non chronologiques, Schrader nous parle d’apprendre à se relever, à revenir à la vie, à lutter contre les humiliations subies pour guérir de l’impossible !
On retrouve l’univers de Schrader, décalé, déstabilisant et à l’humour entre deux eaux, qui nous oblige à réfléchir quant à la force de l’être humain de pouvoir renaître, recouvrer l’estime de soi, se relever – au sens propre comme au sens figuré - et à marcher sur ses deux jambes vers une nouvelle vie. ND
Sélection Best-Of
Made in Israël : la balade surréaliste du réalisateur de Valse avec Bachir
Mondialement connu depuis le succès de Valse avec Bachir en 2008 (César du meilleur film étranger en 2009), Ari Folman jouit aussi d’une filmographie antérieure à son plus gros succès. Dans le cadre de sa sélection Best of regroupant quelques réussites du cinéma israélien, le festival nous proposait cette année de découvrir le second film d’Ari Folman, qui narre l’épopée surréaliste d’une poignée de tueurs à gages lancés sur les routes du Golan pour capturer un ancien criminel nazi !
À pitch évocateur, film totalement barré ! Ce sont d’ailleurs les premières qualités de ce film : il déborde d’énergie, d’inventivité, d’humour (noir) et d’espièglerie. D’un point de vue scénaristique, on peut reconnaître à Folman un vrai sens du rythme. La structure du film n’est jamais prévisible et la balade infernale qu’il inflige à ses personnages n’hésite pas à sombrer un peu plus dans le loufoque à chaque plan, jusqu’à la scène finale étonnamment forte et évocatrice. Les personnages ne sont pas en reste : surprenants, drôles et franchement attachants, ils sont portés par des interprètes inspirés qui contribuent grandement à la réussite de Made in Israël.
On a donc du mal à comprendre pourquoi ce film – presque vieux de dix ans ! – n’a jamais été distribué en France. MC
Beaufort : l’enfermement des soldats
Le festival du cinéma israélien était aussi l’occasion de (re)découvrir Beaufort, un film de guerre réalisé en 2007
par Joseph Cedar, et récompensé pendant l’édition 2008 du festival de Berlin par un Ours d’argent (meilleure réalisation). Le film est une chronique du quotidien de soldats stationnés dans une forteresse croisée du Liban, nommée Beaufort. Les ruines du château, prises par Tsahal au début de la guerre en 1982 suite à un affrontement particulièrement meurtrier, n’a cessé par la suite d’être un symbole fort du conflit opposant les forces israéliennes à l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine). Le film propose de retracer les derniers jours de cette base de l’enfer, juste avant sa libération.
Beaufort a été un véritable succès en Israël au moment de sa sortie. Film le plus cher de l’histoire du cinéma israélien, son point de vue est résolument réaliste et propose une description psychologique très affûtée de l’état d’esprit de ces soldats livrés à eux-mêmes… et au bon vouloir d’une poignée de dirigeants désespérément belliqueux. À l’instar d’Oliver Stone qui, revenu du Viêt-Nam, avait dénoncé l’absurdité de la guerre avec Platoon, Joseph Cedar a lui-même « séjourné » à Beaufort et éprouvé le besoin de raconter cette expérience. On le ressent dans la construction du scénario, qui alterne des scènes particulièrement nerveuses et tendues avec d’autres, plus mélancoliques et contemplatives. En ce sens, le film retranscrit efficacement le ressenti des soldats, des hommes jeunes et anxieux, susceptibles de faire des erreurs qui, lors d’une guerre, ne pardonnent pas.
Beaufort est un film de guerre fort et nécessaire, à ranger du côté des classiques qui tendent vers la philosophie, comme Full Metal Jacket ou La Ligne Rouge. MC
Les Sept Jours : règlements de compte et veillée funèbre
Précédée d’une table ronde sur la place du Séfarade dans le cinéma israélien (en présence de l’actrice-réalisatrice Ronit Elkabetz), la projection des Sept Jours a été l’un des temps forts du festival. Ce film, co-réalisé par Ronit Elkabetz et son frère Shlomi Elkabetz en 2007, plonge le spectateur au cœur des secrets d’une famille de juifs séfarades en Israël.
Alors que l’un d’entre eux vient de mourir, la famille Ohaion se réunit pour la veillée funèbre de sept jours qui, selon la tradition religieuse des juifs orientaux, suit l’inhumation du défunt. Mais les pensées de la famille ne sont pas toujours portées sur la mémoire du mort. Ces sept jours de promiscuité provoquent plutôt un relent des mesquineries, tensions et rancoeurs qui sclérosent insidieusement les rapports entre les membres de cette famille.
Les Sept Jours est un film pesant, qui dérange dès les premières images et qui ne lâche plus le spectateur, même lorsque le générique de fin apparaît. En ce sens, c'est un tour de force : difficile de détourner les yeux de ce spectacle à la fois malsain et salvateur. Les situations et les enjeux s’apparentent parfois aux scénarios des soaps américains mais étrangement, le film réussit à éviter tous les écueils qui peuvent rendre insupportable le visionnage de ce genre de programmes.
Presque toutes les scènes du film sont des plans-séquences fixes. Ce procédé audacieux libère adroitement le jeu des acteurs et annonce le refus des réalisateurs de favoriser le point de vue de certains personnages : vous serez cette famille dans son intégralité, ou vous ne serez rien.
Même si la mise en place de l’histoire est trop elliptique (il est difficile pour le spectateur de comprendre les liens familiaux des personnages pendant les premières vingt minutes du film) le visionnage des Sept Jours peut se justifier uniquement par l’une des scènes finales, qui est un sommet du huis clos. L’interprétation très juste des acteurs (Ronit Elkabetz, Simon Abkarian, Éliette Abécassis pour ne citer que les plus connus) est aussi un argument de taille. MC
Desperado Square : rafraîchissant mélange des cultures
Ce film du réalisateur Benny Torati (qui a lui aussi pris part au débat sur la place du Séfarade dans le
cinéma israélien) a été réalisé en 2001 avec vraisemblablement peu de moyens mais beaucoup d’intelligence. À l’instar des Sept Jours, Desperado Square aborde les thèmes de la famille et des secrets. L’action se déroule dans un village délabré aux portes de Tel-Aviv où les habitants mènent une existence tranquille et plutôt oisive. Le calme du quotidien est pourtant rompu lors de la commémoration du décès d’un membre de la communauté, Morris Mendevon. En effet, le frère de Morris, Avram, choisit cet événement pour réintégrer le village après une longue absence et par la même occasion, crever les abcès qui enveniment les rapports dans sa propre famille. Nissim, le fils de Morris, cherche quant à lui à rouvrir les portes du cinéma de son père, fermé depuis trente ans. Cette entreprise mobilise l’attention de tout le village, car cet établissement était, dans le temps, le poumon culturel du village et le seul moyen de rassembler les foules.
Même si le scénario n’est pas révolutionnaire et que la trame reste assez prévisible, il émane de ce film un charme qui doit beaucoup à son mélange subtil entre drame et comédie. Les références à la musique grecque et au cinéma de Bollywood, qui émaillent les scènes du film, contribuent aussi à faire de cette œuvre a priori communautaire, un joyeux pot-pourri coloré et franchement amusant. De plus, Desperado Square est une ode à la tolérance, un film qui croit fermement que le monde est plus beau lorsqu’il prône le mélange des cultures et l’acceptation de l’autre. Et ça, dans un pays au contexte politique trouble, c’est déjà une réussite, même si elle reste globalement fictive. MC
My Father, My Lord

My Father, My Lord est le premier long-métrage, écrit et réalisé par David Volach. Bouleversant, universel, intimiste, poétique, feutré, ce film pose un regard à la fois tendre, dramatique et acerbe sur la communauté ultra-orthodoxe en général et, en particulier sur le triangle père, fils et Dieu. Métaphore dure et douce-amère, tirée d’un fragment de la vie personnelle du cinéaste. David Volach a été élevé avec ses 19 frères et sœurs dans la plus extrême et stricte tradition religieuse juive à Jérusalem. À l’âge de 22 ans, il décide de rompre avec cette vie et se réfugie dans l’art en étudiant le cinéma à Tel-Aviv pour se reconstruire une identité. Aujourd’hui, c’est un homme laïc.
My Father, My Lord raconte l’histoire du couple Rabbi Abraham, incarné par Assi Dayan (fils de Moshé Dayan) et Esther, qui ont un fils unique, Menahem, en passe de faire sa bar-mitsvah. Ce jeune garçon calme et obéissant suit comme son ombre les pas de son père, voué corps et âme à l’étude de la Torah et à la loi juive. Toutefois, son esprit est ailleurs, tourné vers le monde, la nature et les animaux qui l’entourent. C’est au cours de vacances d’été au bord de la Mer Morte que la foi du Rabbi Abraham est brutalement mise à l’épreuve…
David Volach a compris comment s’emparer de sa caméra et des règles de narration scénaristique, qui consistent à ne pas dire, mais à montrer, exprimer, filtrer, sous-entendre, ressentir et révéler. C’est ce qui fait la force de cette première œuvre, basée sur une structure linéaire de scénario de 76 minutes en trois parties. Le film s’ouvre sur le visage en larmes et caché par deux piles de livres, de Rabbi Abraham, puis passe sur une autre séquence, où l’on découvre celui de Menahem dans une salle de bain. Par ce retour arrière dès les premières minutes, le cinéaste informe le spectateur qu’un incident dramatique s’est produit. L’usage du gros plan et le langage du silence, des regards et des sentiments nous immergent en profondeur dans ce monde cloisonné où tout est Dieu. Le réalisateur met en exergue avec force cette dualité constante adoration/répulsion, dans laquelle on pourrait voir, de prime abord, une vision dénonciatrice simple et directe de sa propre séparation avec la foi. Mais elle n’est qu’un des thèmes fondateurs.
Volach soulève des questions et distille des messages forts tout au long du film. Dans la première partie, on assiste au déroulement de la vie de cette famille dans un quartier ultra-orthodoxe de Jérusalem. Le cinéaste évoque l’obédience religieuse comme seule vérité et existence dans ce monde, la transmission au disciple, le sacré et le profane ou le rejet de toute forme d’idolâtrie, l’amour centré sur un fils, la distance silencieuse entre ce père, voué à Dieu, et son fils, curieux du monde extérieur... En défiant Dieu et la Nature au bord de la Mer Morte dans le second acte, Volach dévie la tension du triangle père, fils et Dieu et installe un conflit bouleversant entre le père, Dieu et la Nature, qui instaure également des droits inaliénables. Par ce biais, le cinéaste énonce la renaissance, autre thème fondateur, qui renvoie le reflet de sa propre vie. Toutefois, ce père reste toujours absorbé par ses prières et ne prête pas la moindre attention à la douleur de son épouse (sentiment de culpabilité d’une mère séparée de son enfant le temps d’un instant). Mais un soir de shabbat, le silence se brise inévitablement par un cri impossible à contenir davantage. Volach oblige son personnage à se placer face à lui-même dans le dernier acte. C’est ainsi que le rabbin Abraham, les larmes aux yeux, face au pupitre vide où est inscrit le nom de son fils, est incapable de prononcer un mot de plus…
Dans le cinéma israélien, la majorité des films traitent de sujets laïcs et peu nous plongent dans l’univers des juifs orthodoxes. On peut citer dans les plus connus Kadosh d’Amos Gitaï, Tu n’aimeras point de Haïm Tabakman, My Father My Lord de David Volach, Tehilim de Raphaël Nadjari… ND
Contactez-nous
Copyright 2009-2010 - Tous droits réservés