Ex: France Télévisions | Guilde | Cannes | Formation
FRANCE TÉLÉVISIONS - Tout au long de l'année nous faisons des offres à la pelle.
Après Vincent Meslet, Jean-Pierre Guérin, producteur et président de l'USPA, répond à Scénaristes.biz sur les conditions de l'appel d'offres.
Scenaristes.biz : Trouvez-vous cet appel d’offre bienvenu ?
Jean-Pierre Guérin : Tout d’abord, si je peux exprimer un sentiment personnel, je n’ai jamais aimé les appels d’offres, parce que j’ai souvent l’impression qu’ils sont truqués d’avance. Il est clair que le service public subit de fortes influences politiques, ce qui n’est pas le cas du privé, et je ne vois pas pourquoi nous devrions répondre à un appel alors que tout au long de l’année nous leur faisons des offres à la pelle surtout en matière de polar.
SBiz : Selon vous tout serait joué d’avance ?
JPG : Je ne sais pas, mais les délais sont incroyablement courts, livrer pour le 15 juillet un projet de polar en douze épisodes avec la V1 dialoguée, les arches, les synopsis, l’étude financière, ça me paraît impossible, à moins qu’ils aient déjà choisi les séries qu’ils produiront. Cela dit, l’USPA a demandé de repousser la date limite à septembre et il semblerait que Vincent Meslet soit d’accord. Je pense qu’il est de bonne foi, après des mois d’incertitude il adresse le message clair aux producteurs et aux auteurs que la machine reprend.
SBiz : Il est peut-être aussi un peu en campagne?
JPG : C’est possible, il est dans une position difficile, il doit redonner un nouvel élan, transformer la machine à dire non en machine à dire oui.
SBiz : Cet appel d’offre a la particularité de demander un important travail aux auteurs, comment cela va-t-il être financé?
JPG : A l’USPA nous sommes nombreux à penser que par souci d’indépendance, nous devons beaucoup plus travailler les projets avec les auteurs avant de les présenter aux diffuseurs. Quand nous signons avec eux une convention d’écriture au stade du synopsis, il y a un plus grand risque de formatage. C’est pour cela que depuis quelques temps nous négocions avec le CNC pour dégager du COSIP afin de financer les écritures en dehors des chaînes.
SBiz : Comment fonctionne le COSIP ?
JPG : Le COSIP, ou compte de soutien, est une somme versée au producteur au moment de la diffusion de l’œuvre (pour 90’ diffusé, le producteur touche 190 000 euros). Ce que nous avons proposé au CNC, c’est que les producteurs puissent utiliser une partie de leur compte de soutien pour faire du développement avec les auteurs, et que les sommes ainsi dépensées soient régénérées même si les projets ne sont pas retenus par le diffuseur. Cette négociation ne portait pas que sur le service public, nous souhaiterions faire de même sur les chaînes privées. Les diffuseurs ont trop souvent l’impression qu’ils sont les seuls créateurs du programme. En se donnant la possibilité de mieux travailler nos projets en amont, nous renforcerons le rôle et l’indépendance des créateurs. Les diffuseurs ne sont pas des producteurs, ils ont trop souvent tendance à l’oublier.
SBiz : Mais concrètement comment cela va-t-il se passer, que toucheront les auteurs s’ils répondent à cet appel d’offre ?
JPG : Pour le polar par exemple, sur une V1 dialoguée plus les arches sur 12 épisodes il faudrait dégager entre 40 et 50 000 euros pour les auteurs, dont 20 ou 25 000 seraient pris sur le compte de soutien de chaque producteur.
SBiz : Ce qui veut dire que les producteurs accepteraient de prendre un risque sur leurs fonds propres ? Seuls les grands groupes peuvent le faire.
JPG : Il est évident que ce sont les grands groupes qui s’en sortiront le mieux. Il faut peut-être changer notre façon de travailler, entrer en coproduction avec d’autres sociétés. Je l’ai souvent fait, comme récemment avec Calt, et cela marche très bien. Cependant je ne voudrais pas que ce soit mal interprété par certains producteurs, ce qui est important c’est de trouver des solutions pour mieux financer les projets au stade de l’écriture avant la commande de la chaîne.
SBiz : En lançant cet appel d’offre, France Télévisions répond donc à une demande des producteurs ?
JPG : Vincent Meslet est allé plus vite que la musique. Quand l’appel d’offre a été lancé nous étions encore en train de travailler avec le CNC sur l’utilisation du compte de soutien pour la recherche et le développement. Il faudrait, pour bien faire, que le CNC permette à chaque producteur de consacrer plus d’argent de son compte de soutien au développement en général, et pas seulement dans le cadre d’un appel d’offres. Cette négociation est en cours.
SBiz : Tout a été fait une fois de plus dans l’urgence et sans concertation suffisante ?
JPG : Peut-être, mais il faut aussi voir les aspects positifs. Avec cet appel d’offre, France Télévisions souhaite s’engager sur des séries longues, commande de la comédie, des programmes innovants de seconde partie de soirée.
SBiz : Ils parlent aussi de raccourcir les délais entre la commande du programme et sa diffusion ?
JPG : Oui, ils parlent de flux tendu, quoique le flux est tendu pour rendre les premiers textes, mais très détendu ensuite puisqu’ils n’envisagent de tourner les premiers pilotes que fin 2011. Vont-ils mettre à nouveau plus de temps à lire que les auteurs à écrire ? Après ce que nous venons de vivre, cet appel d’offre ne doit par tourner à la catastrophe, et devenir une source de conflit entre les petites et les grosses maisons de production, ni entre les auteurs et les producteurs. Nous négocions avec France Télévisions, Vincent Meslet n’est pas contre l’idée de mettre en production 3 séries policières au lieu de 2 comme c’était initialement prévu. Je pense que le CNC ne nous lâchera pas sur l’histoire du compte de soutien. Nous devons travailler tous ensemble pour l’indépendance et le renouvellement de la création.
Contactez-nous
Copyright 2009-2010 - Tous droits réservés