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DVD DE PALMA DE NIRO HITCHCOCK VOYEURISME TÉLÉRÉALITÉ - Hi, Mom! de Brian de Palma : souriez, vous êtes filmés !
Sorti en 1970, Hi, Mom! est le cinquième film réalisé par Brian De Palma. C’est aussi la seule suite dans sa filmographie : Hi, Mom ! forme en effet un dyptique avec Greetings, sorti en 1968. Un vétéran du Vietnam, joué par Robert De Niro, tente de réaliser un film porno en espionnant ses voisins d'en face puis participe à un spectacle théâtral qui bascule dans la guerrilla urbaine.
Dans Greetings, trois jeunes tentaient de se faire réformer pour ne pas être envoyés au Vietnam. L’un d’entre eux, Jon Rubin, joué par Robert De Niro, avait choisi de se faire passer pour un va-t-en-guerre borderline. Ce film, réalisé pour quelques dizaines de milliers de dollars, a rapporté beaucoup d’argent, et même un Ours d’Argent au festival du film de Berlin en 1969. De Palma s’est donc laissé convaincre de faire une suite.
Dans Hi, Mom!, on retrouve Jon Rubin qui n’a pas échappé à la conscription et a finalement bien fait son service au Vietnam. De retour à New York, Jon emménage dans un appartement miteux de Greenwich Village pour observer l’immeuble d’en face : une tour de béton gris comptant 270 fenêtres. A l’aide d’un télescope, d’un appareil photo et d’une caméra super 8, Jon épie les habitants les plus intéressants : des secrétaires, un étudiant révolutionnaire, des hippies, un playboy, une femme au foyer vivant avec son mari et deux enfants.

Le projet de Jon est de filmer ses voisins d’en face pour réaliser un film érotique d’un genre qu’il baptise « art voyeur ». Jon réussit à convaincre un producteur de films pornos, Joseph Banner, (joué par Allen Garfield), de le financer de lui fournir des téléobjectifs pour sa caméra. N’arrivant pas à obtenir des images satisfaisantes, Jon monte un stratagème pour rencontrer et séduire une jeune femme habitant l’immeuble d’en face : Judy Bishop (jouée par Jennifer Salt). Jon Rubin sera acteur de son propre film.

Jon s’intéresse aussi à « Be Black Baby », un spectacle théâtral organisé par des militants voulant faire comprendre aux WASP ce que c’est que d’être noir en Amérique. Lorsque « Be Black Baby » recherche des candidats à un rôle de policier, Jon Rubin décide de participer à l’audition. Le spectacle dérapera vite dans la violence.
Hi, Mom! est intéressant à plus d’un titre. On y retrouve la fascination de De Palma pour le travail de Hitchcock, et notamment Fenêtre sur cour. Le projet d’« art voyeur » de l’apprenti réalisateur joué par De Niro montre combien De Palma s’amuse à expérimenter.

Pour nous mettre dans la position du voyeur joué par De Niro, Il filme les fenêtres des gens espionnés avec un faux split screen comportant les encarts et la croix au milieu d’un objectif de caméra. Il saisit des scènes de la vie quotidienne avec le petit cadre sur fond noir d’une caméra super 8. Certaines séquences sont filmées en accéléré, ce qui leur donne un petit air guilleret de slapstick bien sympathique.
La partie consacrée à « Be Black, Baby » est nettement plus sombre, et pas uniquement parce qu’elle est filmée en noir et blanc, caméra à l’épaule. On voit d’abord un reportage de la National Intellectual Television. Dans l’ovale caractéristique d’un écran TV, les militants noirs de la troupe de théâtre interpellent des passants blancs dans la rue avec des questions dérangeantes comme « savez-vous ce que c’est d’être noir ? » ou « avez-vous des voisins noirs ?». Le commerçant blanc d’une friperie et un vendeur noir qui harangue les clients depuis le trottoir en prennent aussi pour leur grade. Non seulement les échanges sont virulents, mais des saynètes se déroulent au second plan, d’où un décalage comique et troublant.

C’est déboussolant, on ne sait plus très bien si l’on est dans une fiction ou dans la réalité : les spectateurs blancs qui participent à « Be Black, Baby » sont graduellement maltraités puis humiliés par les militants-comédiens. Comme cela se passe sous couvert d’une performance artistique et d’une immersion dans la conditions des noirs américains, on a le sentiment de basculer d’une caméra cachée bon enfant à une téléréalité sadique.
C’est là le tour de force qu’accomplit Brian De Palma. Avec un air faussement brouillon, Hi, Mom! témoigne de cette fin des années 60 marquée par la contestation de la condition des noirs américains, de l’engagement au Vietnam, et de la société de consommation. Le projet d’art voyeur et le spectacle « Be Black, Baby », en plus d’être une certaine vision du Flower Power et du Black Power, nous interrogent sur notre position de voyeurs.
Hi, Mom! annonce la carrière d’un grand cinéaste mais aussi d’un grand acteur. Quand De Niro s’intéresse à « Be Black, Baby », se ballade soudain en veste de treillis ou joue un flic brutal lors de son audition de flic, on pense immédiatement à Taxi Driver que Scorcese réalisera quelques années plus tard.
Hi, Mom! prophétise aussi la téléréalité et les média de demain : lors du générique de début, Jeffrey Lesser chante en effet que « si un jour, on vous dit de sortir en sortant de votre bain, mettez vous contre le mur, affrontez ma caméra nu, il n’y a rien d’autre à faire sauf dire « bonjour, maman ».

Les Bonus
Ce DVD s’accompagne de deux bonus intéressants. Le premier documentaire, réalisé et monté par Nicolas Ripoche, est une préface de Samuel Blumenfeld, auteur avec Laurent Vachaud d’un livre d’entretiens avec Brian de Palma. Cette préface nous apprend comment le film a été un mélange de préparation et d’improvisation. Par exemple, si De Palma a choisi ses angles de vue avec minutie, De Niro et Jennifer Salt ont en partie improvisé certaines de leurs scènes et en ont coécrit les dialogues, quelques heures seulement avant de tourner.
Le deuxième documentaire, intitulé « percevoir décevoir » et réalisé par Jean Douchet, est consacré aux techniques (composition, cadrage) et aux thèmes (le voyeurisme, la libération sexuelle, la violence) développés par De Palma dans Hi, Mom! et dans ses autres films.
Il vous faudra fouiner un peu pour découvrir un troisième bonus : une postface de Samuel Blumenfeld qui vous dévoilera les relations secrètes entre Hi, Mom! et Taxi Driver.
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