Crédits : Disney



écrit le 03/04/2010 à 17:00
par Anne de Beauvillé

CINÉMA - Alice in Wonderland, pas wonderful

Sur le papier, l’association Lewis Carroll-Tim Burton semble couler de source. Les deux auteurs partagent un goût pour les héros en marge et les univers loufoques et bizarres. D’un point de vue visuel, le pari est réussi : couleurs psychédéliques, 3D correcte, personnages en images de synthèse plus vrais que nature, un enchantement visuel soutenu par une technologie parfaitement maîtrisée. Quid du scénario ? Bien trop sage à mon goût…

La nouvelle Alice

Dans le film de Burton, Alice a grandi: la jeune fille de 19 ans est en âge de se marier. Distraite et rêveuse, elle est perturbée par des rêves de lapin habillé et de chat souriant qu’elle ne cesse de faire depuis l’enfance. Orpheline de père, on la destine à Halish, un lord laid, répugnant même, et terriblement ennuyeux. Lors d’une garden-party organisée en son honneur, le pitoyable Halish demande donc la main d’Alice devant toute la bonne bourgeoisie victorienne. Alors qu’elle doit donner sa réponse, Alice détale et suit un étrange lapin blanc qui la conduit à Underland. Elle découvre alors un univers parallèle, peuplé de personnages étranges, vivant sous le joug d’une reine Rouge à grosse tête, dont le principal hobby est la décapitation.
Alice a la lourde charge de tuer le Jabberwocky lors du « jour Frabieux ». En venant à bout de ce dragon, la jeune fille permettra à la reine Blanche, sœur lumineuse de la méchante reine Rouge, de coiffer à nouveau la couronne de ce monde fantastique.



« Es-tu la vraie Alice ? »…

Mais la rêveuse Alice ne semble pas du tout disposée à accomplir son destin et la question de savoir si elle est la «vraie» Alice revient comme un leitmotiv tout au long du film. C’est qu’Alice ne sait pas encore qui elle est elle-même… Les rebondissements de l’histoire et les rencontres que fait  l’héroïne la conduiront à affirmer sa personnalité. «Tu as le choix» lui répète la reine Blanche, tout droit sortie d’une publicité aseptisée (interprétation très drôle d’Anne Hathaway au demeurant). On a donc affaire à un récit initiatique autour de la difficulté de grandir et d’affirmer ses propres choix.

Mais le personnage d’Alice n’est pas très convaincant : plutôt passive, un peu absente, elle donne presque l’impression de s’ennuyer. Peut-être est-ce dû à l’interprétation de Mia Wasikowska - pourtant saisissante dans la première saison de In Treatment, où elle incarne une adolescente perturbée. Quoiqu’il en soit, Alice ne nous embarque pas dans une aventure qu'elle est elle-même réticente à suivre. Un personnage principal peu motivé et par conséquent peu motivant.


Un récit trop lisse malgré des personnages déjantés.

Certes le spectateur est ébloui par la qualité visuelle de Underland. Les costumes extravagants contribuent pleinement à l’originalité des personnages (mention spéciale pour le chapeau du chapelier qui devient presque un personnage tant il est travaillé et mouvant).
Côté interprétation, le jeu des deux sœurs reines est superbe de drôlerie. Johnny Depp campe, avec tout le talent qu’on lui connaît, un chapelier fou oui, mais aussi mélancolique et terriblement attachant.
C’est l’histoire, trop plate, trop lisse, qui vient instaurer l’ennui chez les plus âgés des spectateurs. Une bonne interprétation, des costumes réussis, une image impressionnante ne comblent pas le vide d’une histoire prévisible, aux rebondissements artificiels.

Les personnages, surtout celui d’Alice, manquent cruellement de complexité, de profondeur. Ils sont réduits à leur apparence impressionnante et à leurs caractères univoque (cruauté de la reine rouge, douceur de la reine blanche, opportunisme du valet, folie du lièvre etc).

La relation conflictuelle entre les deux sœurs aurait pu être approfondie, tout comme les liens entre les «gentils », ou encore la personnalité du Chapelier fou. Plutôt que de le faire danser dans une scène qui tombe à l’eau, on aurait mieux fait de lui donner un peu de profondeur psychologique… Tant de pistes à explorer qui auraient pu rendre l’histoire passionnante, c’est vraiment dommage.

Une fin ratée

Alice a appris, grâce à son aventure, à affirmer sa personnalité. Elle est devenue adulte. De retour parmi les siens, elle ose dire leurs quatre vérités à ses proches mais... la scène est complètement artificielle, incongrue, beaucoup trop explicative, et manque cruellement de nuances… D’autant plus qu’Alice s’affirme en femme libre, se dégageant du carcan victorien de sa condition pour … inaugurer le commerce avec la Chine ! Une « happy end » poussive qui laisse un sentiment de gâchis au sortir de la projection.

Un Tim Burton aseptisé

On s’attendait de la part de Burton à plus de cynisme, de gothique, voire de morbide. Il semble que sa collaboration avec Disney ait entamé sa créativité. Toujours aussi imaginatif visuellement, il tombe dans le consensus mielleux  du point de vue de la narration. Il réussit haut la main à donner vie à un univers mythique... en apparence, car il échoue à incarner ses personnages. Contrairement à Alice, le cinéaste donne l’impression avec ce film de ne pas avoir assumé complètement sa personnalité…

Alice au Pays des Merveilles (Alice in Wonderland)
Réalisation : Tim Burton
Scénario : Linda Woolverton
Avec : Mia Wasikowska, Jonny Depp, Helena Bonham Carter, Anne Hathaway.
Sortie : le 24 mars 2010


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