Crédits : sériesmania



écrit le 08/04/2010 à 10:00
par Sardou & Solignac

FESTIVAL - "Text is god" (et Hagaï Levi est son prophète)

Du 6 au 11 Avril, au Forum des Images, se déroule la saison 1 de SERIES MANIA, le festival des séries télé. Au programme, des séries du monde, des tables rondes, des conférences. Scénaristes.biz est déjà accro. Hier soir, d'un côté une soirée sur Fais pas ci, fais pas ça, de l'autre, Be Tipul (Israël) et son adaptation américaine In Treatment, en présence d'Hagaï Levi, créateur de la série. 

Si on avait été totalement sérieux et journalistiques, on se serait partagé le travail pour un compte-rendu exhaustif des projections et des débats, mais on venait d'arriver, et on s'est, comme qui dirait, précipités sur la première salle ouverte.

Bon, Fais pas ci, Fais pas ça, on ne vous apprendra rien, c'est une bonne série française de 26 ' brillamment passée en 52', que vous pouvez suivre sur France TV (comme quoi, on dit du mal, mais parfois ils font des trucs bien).

Par contre, Be Tipul, si vous n'étiez pas à Aix  l'année dernière pour Scénaristes en Série, si vous n'êtes pas abonné à Orange Cinéma Séries, ou si vous l'êtes et que vous avez raté les deux premières saisons de In Treatment avec le renversant Gabriel Byrne, ça ne vous dit rien. Et pourtant... En Analyse, que l'infâme Franck Berreta assassina ici en deux lignes, est une série passionnante, intelligente, brillante, bouleversante. 

Hagaï Levi, son créateur, explique que l'idée lui est venue après une de ces innombrables soirées passées à se plaindre avec ses amis de ce qu'"il n'y a rien à voir la la télé". Entré pour la première fois à l'âge de 10 ans dans le cabinet d'un thérapeute, et considérant que "c'est un des endroits les plus intéressants qui existent", Levi s'est dit que le sujet (la thérapie) valait bien qu'on en fasse une série. Puis est venue l'idée de la structure : du lundi au jeudi, le thérapeute reçoit un client différent, et le vendredi, il voit lui même sa thérapeute (son "contrôleur"). Soit cinq lignes d'intrigue à suivre pendant neuf semaines de traitement... 

Une patiente en plein transfert érotique, une gymnaste adolescente avec deux bras dans le plâtre, un militaire pilote d'avion suicidaire, un couple qui se déchire autour d'un avortement, et le thérapeute, marié, deux enfants, dont la vie tombe en morceaux, et que l'on découvre aussi démuni et aveugle que ses patients, et aussi résistant aux conseils de sa thérapeute qu'ils le sont avec lui...

 

 

Une femme qui pleure. Un homme qui ne décroche pas de son téléphone. C'est fait, pour ainsi dire, avec rien.  Champ, une femme qui pleure. Contre-champ, un homme qui la regarde, touché. Plan d'ensemble. Elle sur un canapé, lui dans un fauteuil. Elle parle. Il écoute. Ça dure 26 minutes, et ça vous scotche littéralement, même dans une salle de cinéma. C'est universel. De l'intimité du cabinet du psy, à l'universalité des passions humaines. La première saison (sur Hot 3, en 2005) fait un tabac en Israël, tant auprès du public que de la communauté psy. Hagaï Levi commence à recevoir "des coups de fils étranges, venant même des Etats-Unis, ils voulaient racheter le format, adapter la série"... Les américains sont les premiers à frapper, mais aujourd'hui, c'est 14 pays qui ont, ou vont faire, leur adaptation de Be Tipul.

Ce n'est pas un rêve qui devient réalité, parce que je n'aurais jamais rêvé un truc pareil...

Ce qui semble toucher le plus Levi dans le succès de sa série, c'est le succès des valeurs qu'elle développe et qu'elle défend : la vérité, le calme, l'aide, l'entraide... Et l'espoir que le monde a autre chose à offrir que la violence, les cris et la fureur. (Good luck!)

Les programmateurs du festival ont eu la bonne idée de nous montrer la première semaine de la première saison, en passant de la version originale à son adaptation américaine (sur HBO). Episode 1 : Israël. Episodes 2-3-4 : Etats-Unis. Episode 5 : retour en Israël. Les visages et la langue changent, mais l'histoire, les enjeux, la dynamique de la séance sont les mêmes. A peine la version US a-t-elle modifié le personnage du pilote de chasse - fils d'un survivant de la Shoah dans la version originale, il devient afro-américain dans la version US. Mais cette première saison, pour laquelle il a été engagé comme producteur exécutif et consulté sur le casting, les décors, le choix des réalisateurs, est  plus de l'ordre d'une traduction quasi-littérale que d'une adaptation. Dans la saison 2, la version américaine s'est libérée, allant jusqu'à changer carrément des personnages et des intrigues.  

Interrogé sur la liberté de ton de la série (le pilote - genre de demi-dieu en Israël - y est clairement dépeint comme un assassin), Levi répond qu'en Israël, la liberté laissée aux auteurs est totale (enfin, sur cette chaîne-là : les décideurs pensent comme l'auteur, et la série ne changera pas la vision du monde des autres, puisqu'ils ne la regarderont pas)... Quant à  l'organisation de l'écriture, Hagaï Levi a écrit et réalisé les deux premiers épisodes pour vendre son projet, puis il a engagé 5 scénaristes, qui suivent chacun un personnage. Levi dans la position du show runner, réécrit chaque texte pour unifier l'ensemble, et particulièrement l'évolution du personnage principal. Aujourd'hui, Hagaï Levi travaille à l'écriture de la 3ème saison américaine - la série originale n'en compte que deux. 

 

Bien entendu, le public s'est interrogé sur le fait que la France n'a pas sa version de Be Tipul / In Treatement (alors que les Pays-Bas, le Portugal, le Québec, le Mexique, la Serbie, la Roumanie, la Pologne, la Hongrie, la Grèce, l'Allemagne, l'Argentine... c'est fait). Hagaï Levi le regrette: pour lui, "La France aurait dû être le premier pays à l'adapter, à cause de votre relation aux mots, à la langue"... Interrogé à ce sujet, un responsable de télévision nous a répondu "Ce n'est pas pour nous. On n'a pas de Gabriel Byrne en France, et aucun réalisateur capable de manier le champ-contre-champ avec la virtuosité nécessaire". Et pas un décideur pour y croire, non plus... 

 

Dans ce genre d'endroit, il y a du vrai public, qui parfois pose des questions comme : "Est-ce que les acteurs improvisent les dialogues? Parce que ça a l'air tellement vrai!". Gentiment mais définitivement, Hagaï Levi répond "ils n'improvisent JAMAIS. Pour moi, le texte c'est Dieu."

 

Be Tipul - Israël 2005

créateur : Hagaï Levi, avec Nir Bergman et Ori Sivan

avec Assi Dayan (Reuven Dagan)

In Treatment - USA 2008

avec Gabriel Byrne (Paul Weston), Dianne Wiest (Gina)


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