Crédits : sériesmania



écrit le 09/04/2010 à 11:00
par Emmanuelle Sardou

FESTIVAL - SÉRIES MANIA : Bored to Death et Dexter au programme...

Grand écart hier au Forum des Images. A 16h30, projection des deux premiers épisodes de Bored to Death, série autobiographique ultra new-yorkaise, à l'inspiration allenienne totalement assumée. A 18h30, rencontre avec Clyde Phillipps, le show-runner de Dexter, qui quitte la série après 4 ans de bons et loyaux services... 

 

Bored to Death, pas tant que ça finalement

 

 

Il y a des titres qui tuent. Bored to Death, "mort d'ennui", par exemple. Pourtant, il serait dommage de se fier aux apparences. Bored to Death, dont la saison 1 est diffusée sur Orange Cinénovo (HBO 2009), raconte l'histoire d'un jeune écrivain en panne, qui se fait larguer par sa copine au début du premier épisode parce qu'il fume trop d'herbe et boit trop de vin blanc. Pour s'en remettre et se stimuler l'imagination, il s'inspire de Raymond Chandler et passe une petite annonce sur internet, offrant ses services de détective privé amateur...

 

Les enquêtes ne sont jamais que des prétextes à une peinture de la société new-yorkaise et des affres existentielles dans lesquelles se débattent les habitants de la Pomme... enfin, les hommes surtout. Jonathan Ames, le héros, s'appelle comme son auteur. La dimension autobiographique du récit est revendiquée, et rejoint les formes explorées par Woody Allen dans son cinéma. De Woody Allen, Jonathan Ames (héros et auteur, donc), tient ses névroses, son statut de "juif new-yorkais qui se déteste", son nombrilisme, son côté intello et malingre, velléitaire, qui drague tout ce qui bouge et se prend régulièrement des rateaux, et un art certain des dialogues...

Suzanne : je te quitte parce que tu n'as pas arrêté de fumer de l'herbe. C'était pourtant notre deal.

Jonathan : Mais c'est bon pour la santé ! On en donne aux cancéreux ! 

Suzanne : tu n'as pas de cancer ! 

Jonathan : pas encore !...

 

Dans cette série burlesque et mélancolique, le héros, interprété par Jason Schwartzman (égérie de Wes Anderson) a donc tout de Woody, sauf les lunettes et les cheveux. Ceux-ci, longs, bruns et plats, évoquent plus John Cale, époque Velvet Underground... Il a comme meilleur ami et confident un artiste qui dessine sa vie sur son blog et tente de sauver son couple du désert sexuel, (Zach Galifiniakis). Il est par ailleurs le factotum et souffre-douleur d'un grand éditeur, interprété par le grand Ted Danson (formidable Arthur Frobisher dans Damages), qui semble s'amuser comme un fou dans ce rôle de patron camé, alcoolique, obsédé sexuel et imbu de sa personne : "je ne suis plus ce que j'étais. J'assume. On appelle ça l'humilité".

 

 

 

 

Darkly Dreaming Dexter

Le dernier épisode de la saison 4 de Dexter a pulvérisé le 13 décembre 2009, tous les records d’audience de Showtime depuis dix ans. Ils étaient plus de 2,6 millions de téléspectateurs à le suivre , selon The Hollywood Reporter.

 

Hier, à 18h30, la salle 500 du Forum des images est quasi comble pour la rencontre avec Clyde Phillips. Ça impressionne. Quand le show-runner, inquiet de "spoiler" sa série, demande qui dans la salle a vu les quatre saisons, 95% des mains se lèvent. Pas la mienne, je n'ai pas encore accroché à ce séduisant et finalement pas si immoral que ça serial-killer. 

 

La rencontre est animée par Pierre Langlais, qui mène fort bien son affaire. Dexter, série au succès international, est née de l'adaptation d'un roman de Jeff Lindsay, "Darkly Dreaming Dexter" (2004). Showtime cherchait à l'époque une série "émotionnelle, dangereuse, authentique"... Clyde Phillips arrive sur la série dès le deuxième épisode, pour être show-runner, autrement dit "faire arriver les trains à l'heure", engager et gérer une équipe d'environ 200 personnes, faire écrire la série, choisir les décors, faire le casting, choisir les réalisateurs et faire rentrer tout ça dans le budget. Il y réussit si bien que la chaîne, au vu des résultats, décide de baisser le budget de 11% et d'enlever un jour de tournage par épisode pour la 2ème saison... 

 

Après ce tour d'horizon de ses fonctions, Phillips entre dans le vif de Dexter, et la question que tout le monde se pose. Comment créer autant d'empathie (et donc de succès) autour du personnage d'un serial killer ? La réponse est claire, nette, précise : "Faites-le parler à la première personne". La clé de l'empathie, ici, c'est la voix off. "Qui au monde a moins d'interlocuteur, de confident, qu'un serial-killer ? Personne. Avec la voix off, le public devient le confident de Dexter, un lien se crée, on a peur pour lui...". Et puis ce personnage a aussi un sacré sens de l'humour, ce qui ne gâte rien. L'identification viendrait aussi de la "part d'ombre" que chacun porte en soi, et qu'on retrouve, portée à l'extrême, chez Dexter. 

 

Par ailleurs, Phillips réfute l'appellation "d'anti héros". Pour lui, Dexter est un héros, voir un super-héros, comme Batman. "Il est très attentif à qui il tue, il a un code très strict". Ses actions sont répréhensibles... Mais elles sont dramatiquement très puissantes, et c'est ça qui est important. 

                                                

 

Et un jour, Dexter commence à sentir quelque chose...

Pour les afficionados qui connaissent le générique par coeur, Phillips donne un indice : la cafetière à piston, avec les petites bulles qui remontent, est une métaphore des émotions qui commencent à poindre chez le personnage. Dexter fait tout pour être normal. Ça fait d'ailleurs partie de son "code", qui peut se résumer en deux points : 1/ Se fondre dans le décor, 2/ Ne pas se faire prendre. Bien sûr, la série a besoin que le héros évolue, le public est content pour lui lorsqu'il arrive à une certaine forme de "normalité". Et puis, Dexter n'est pas tout à fait mauvais, il y a du bon en lui, contrairement au personnage de Lila Tournay (saison 2) qui elle, incarne le mal absolu. Par contre, il est impossible que Dexter devienne totalement "humain", car dans ce cas, la douleur le submergerait. Mais plus il avance, plus le chemin devient étroit... 

"Si on fait ça on est baisés ! Alors faisons-le !

Sinon on ne fait qu'une série télé de plus..."

 

En dehors des coupes budgétaires sus-mentionnées, Showtime s'est manifestement très bien comportée avec sa série et ses auteurs. Alors que ceux-ci s'interrogeaient sur l'opportunité de faire tuer un innocent par Dexter (confronté ainsi à la "faute ultime" : ne pas respecter son propre code), la chaîne les a poussés à le faire, en leur disant, je cite "vous vous comportez comme si vous aviez une note que vous n'avez jamais eue! Alors allez-y!". L'équipe d'écriture est composé de huit auteurs (dont Philipps). Il reconnaît que l'écriture est extrêmement complexe sur ce type de série, le plus difficile étant de "garder le ton". Il se sépare en moyenne d'un seul auteur par saison - parce que ça ne va pas. Le défi est de faire en sorte que le personnage soit constamment sur le point de se faire prendre. "Si on fait ça on est baisés ! Alors faisons-le ! Sinon on ne fait qu'une série télé de plus..."

 

Clyde Phillips quitte la série pour passer plus de temps avec sa famille, dans le Connecticut. Chip Johannessen, co-producteur de 24, a accepté de lui succéder. 

Finalement, je me dis que je vais peut-être me mettre à Dexter... 


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