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SERIES TV - ARTE réussit à faire Fortunes
Arte, qui nous avait impressionnés l’an dernier avec La journée de la jupe, et plus récemment avec Les Invincibles, continue sur sa lancée. Extension d’un unitaire diffusé fin 2008, sa nouvelle série Fortunes, présentée en avant-première à Séries Mania, au Forum des images, s’annonce comme une comédie réussie qui taille un short aux préjugés.

Résumé de l’épisode précédent
En décembre 2008, Arte avait diffusé Fortunes, une comédie sentimentale de 90 minutes produite par Terence Films. Aux commandes : Stéphane Meunier (qui avait notamment réalisé le documentaire Les Yeux dans les Bleus en 1998, ainsi que la série très originale Ma Terminale sur M6 (26 X 26'), et plusieurs saisons de la série ado Foudre pour France 2) et la scénariste Alix Delaporte.
Le personnage principal, Brahim (joué par Salim Kechiouche), avait pour but de se démerder coûte que coûte pour ouvrir une agence immobilière, avec l’aide de ses potes Driss et Mike. A la fois pour faire fortune et pour que son père, musulman pratiquant, soit fier de lui.
Brahim sortait avec Hélèna (jouée par Alexia Portal), en secret parce que la jeune femme était catholique et d’origine portugaise. Et puis une grossesse non désirée est survenue, forçant le jeune couple à choisir entre avorter en douce ou avouer leur relation et risquer le clash entre leurs deux familles.
Cet unitaire avait remporté en 2008 les prix du meilleur premier script de fiction au Prix Europa de Berlin et celui du meilleur film francophone TV5Monde au festival International Cinéma Tous Écrans de Genève. Un an et demi après, ce pilote de 90 minutes a donné naissance à une série de 8 x 46 minutes, tournée principalement à Tours, avec le concours de la région Centre, ainsi qu’à Beyrouth au Liban.
Spoiling des deux premiers épisodes de la série
Brahim et Héléna ont officialisé leur situation : ils ont emménagé ensemble, se sont mariés et sont les heureux parents d’un petit garçon. Mais les deux belles-familles se disputent maintenant sur un autre sujet délicat : faut-il baptiser ou circoncire le bambin.
Brahim est devenu son propre patron et a enfin ouvert sa propre agence : Martel Immobilier (tu parles, Charles…). Brahim, son frère, leurs amis Idriss et Mike (récemment sorti de prison) font équipe sur un gros coup.
Le tuyau : une source bien informée leur a soufflé que plusieurs hectares de champs appartenant à un fermier célibataire vont devenir constructibles. Leur plan : racheter les champs au fermier, raser sa ferme, bâtir des immeubles à la place et empocher trente fois la mise.
Patatras : le fermier (joué par Jackie Berroyer, qui faisait également un beau-père dépassé dans l'autre série d'ARTE, Les Invincibles) est timbré, marié, et exigeant quant au devenir de sa ferme. Il ne vendra qu’à qui lui plait. De plus, la bande des quatre découvre qu’ils ont des concurrents sur le coup, des Chinois. Et puis le tuyau est peut-être un peu crevé…
Le premier épisode débute en nous montrant les quatre zigotos qui veulent coincer l’auteur du tuyau. Dans une rue animée, Brahim et son frère sont postés debout, tandis que Mike et Idriss planquent dans une voiture en stationnement. Premier dialogue entre Mike le playboy gitan et Idriss, le rebeu légèrement benêt, en substance et de mémoire : « si tu veux déglinguer de la bourgeoise, bousculer du brushing faire couler le rimmel, va falloir perdre ton accent ».
Idriss proteste, Mike lui demande de dire « Nicolas Sarkozy est président de la République ». Idriss prononce « NicOulas ». Mike lui fait répéter une autre phrase et conclut « t’as vraiment un accent ». Idriss change de sujet : l’auteur du tuyau, « le bâtard », a intérêt de se montrer. Mike le félicite : Idriss a un accent mais « bâtard », il l’a bien prononcé…
Le fric, c’est chic
Le générique résume le projet d’ascension sociale de Brahim et ses amis : à des vues aériennes de rues et de bâtiments HLM succèdent des immeubles situés en front de mer, au raz d’une plage exotique qui pourrait se trouver au Brésil. Puis les quatre personnages apparaissent en petit et en bas à gauche de l’écran, sur fond d’immenses billets de cinq cent euros. Le mot « Fortunes » apparaît en haut à droite, les deux lettres « or » scintillant comme le métal du même nom.
Réalisation nerveuse et soignée, dialogues qui frappent vite et fort, on est rapidement conquis par les aventures et déboires du quarteron de winners. Entre l’unitaire et la série, on est passé d’une comédie sentimentale à un climat de buddy movie. De l’aveu du producteur Bertrand Cohen, on comprendra au fil de la série que ces personnages veulent faire fortune, comme plein de gens, mais sont en fait mus par l’amour.
La série comporte des références assumées à d’autres films, notamment Reservoir Dogs, dont la scène de torture a été détournée avec humour. D’ailleurs, l’humour féroce déglinguant clichés communautaires et racistes est toujours présent.
Par exemple, Brahim avoue à Idriss qu’il a des problèmes pour diriger des ouvriers portugais sur un chantier. Pour Idriss, c’est pas étonnant : les Gesh ne sont pas comme Brahim et lui, en plus leur femmes sont poilues. Silence et gros yeux de Brahim : Idriss se rappelle un peu tard que Brahim est précisément marié à une portugaise, Héléna. Idriss tente se rattraper : « sauf Héléna et toute sa famille, bien sûr…». Brahim tente vainement de lui expliquer que Gesh, c’est pas sympa. Idriss voudrait-il qu’on le traite de bicot ? Incompréhension totale d’Idriss et éclats de rires dans la salle.
Au-delà des dialogues savoureux, de personnages bien caractérisés et de situations pas mal trouvées, l’intrigue de ce début de série est construite autour de flashbacks qui expliquent la situation de départ et pourquoi Brahim et ses amis sont en planque.
En fin d’épisode, des flashforwards en forme de teaser cliffhanger ont donné aux spectateurs présents au Forum des Images l’envie de s’écrier : « ouimézalors, y s’passe quoi ensuite ? ».
Côté bande-son, il y a une dosse massive de soul et de R & B (attention, soul old school comme dans Otis Redding, pas comme dans musique soûlante d’Otis l’ascenseur). Plusieurs thèmes récurrents vient d’ailleurs ponctuer les moments forts de l’histoire.
Le développement a duré un an et 7 personnes ont travaillé sur le scénario : cinq auteurs dont Alix Delaporte, plus Roman Turlure et Bertrand Cohen à la direction littéraire.
Alix Delaporte a expliqué que Fortunes n’est pas parti d’une volonté de représentation sociale, mais d'une histoire d'amour entre deux communautés : « on avait surtout envie de partir dans une idée de comédie romantique. Justement, en s'enlevant l'engagement d’une certaine cause, en s’enlevant cette pression-là, en étant dans des choses d'humour et d'amour, on est plus libre et on touche plus précisément les choses. C'est une liberté que l'on a rarement ».
Pour le moment, la date de diffusion précise n’est pas encore connue, François Sauvagnargues a parlé de septembre ou d’octobre 2010. Vivement que cette série soit visible parce qu’elle s’annonce méchamment bien, woulah !
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